‹ Shakespeare (volume 2)Chapitre 32 sur 112 · M 8HASS»BARE · texte numérisé non relu

M 8HASS»BARE

de la partie laphis éclairée de la aaiîaii. Je Teux bien, ea efiéi, qu'elles lui soient commîmes a?ee d'aotres ; mais, ee qui lui appartient eu propre» c'est le choix des motifii. sur lesquels repose la bmme opinioQ qu'il a de sob pays. Là où la plupart ne fioMt que répéter ks lieux ccMSinnms du patriotîsBié qui se transmettent de génération eu g^ nération et y entretiennent tous les préjugés de l'orgueil national, Shakspeare étudie les fints historiques, les commente, en tire des conclusions raiacnmées et n'arrive â l'admiration que parla réflexion et la science.

n est loin de tout savoir. Se» informations mômes sont souvent inexactes et incomplètes, quoi qu'en ait dit ScMé^ gd. Il commet plus d'une errrar de détail et plus d'un anachronisme; seulement il en sait assez pour saisir le sens général des événements et pour comprendre le cn^

ractère de chaque époque. Après lui, la critique historique a fait des progrès ; elle a fouillé les archives locales et elle en a tiré des documents dont on ne soupçonnait pas l'existence au seizième siècle; mais en corrigeant les fautes du poète, elle n'a pas révisé ses jugements. Bile a, au contraire, donné des preuves nouvelles de sa pénétration qui parait d'autant plus admirable qu'il est moins instruit. Il y a en Angleterre des hommes d'État ipii ont puisé leurs premières notions d'histoire dans les pièces de Shakspeare. Marlborough et Chatham avouaient que son théâtre avait été l'école de leur jeunesse.

Sans doute la lumière historique qui édaire l'intelligence du poète viait de son génie ; mais elle vient aussi du temps où il a vécu et des circonstances favorables au milieu desquelles s'est formé le théâtre. Sous le règne glorieux d'ÉKsabetb, quand un pouvon* respecté au dedans et redouté au dehors développait la prospérité de

DnAMU HiyrouQUEs. 127

TAnglderre, quand les guerres étaîeot heureuses» la paix féconde et que les découyertes des marins anglais éteo:* daie&t leur empire sur les mers, les es{mts étaimt plus touehés qu'à aucune époque de ce qui intéressait la gloire nationale^ ei la grand^ir du présent» qui avait été préparée par les succès antérieurs, augmeotait chez les Anglais le sentiment é^ si Tîf de ce qu'ils deyaient au eourage de leurs pères. La confiance absoiue que témoigne Shakq>eare dans les destinées de sa patrie, et la sâ^éniié avec laqudle il décrit les orages qu'elle a tra- Tersé&y scmtun indice de la sécurité profonde dcMit elle fouit pendant ^u'il écrit. Cet enthousiasme patriotique, sans mâange de tristesse et sans prévision des vicissitudes possibles delà fortune, ne convientlqu'aux peuples beoreux qui sont si coniaits de l'heure présente, que TaEvoiir ne leur offre que des espérances.

L'esprit qui anime les drames historiques nous révèle une tiHB de jdufi la p»faile eonformité de ia pensée du poète avec les idées de ses contemporains. H sait à qud aaditoire il s'adresse, et quelles cordes il faut Caire vibrer pour enciter son émc^on. Les sujets qu'il a choisis em^ brassait les périodes les plus importante» de l'histoire d'Angleterre et se relient entre eux comme celIesH^i. Si l'on exeepte le roi Jeom,. qm est ime œuvre isolée, les. autres drames fcument un vaste ejrcle, depuis le règne de Richard II jusqu'à cdui de Henri VIII. Le règne de Henri VU manque^ il est vrai > à ceÉ ensemble; mais la lacune qui an résulte est en partie comblée par le rôle que joue le comte de Richesund danà Ricbcard IIL Nous le laissons couronné , à la fin de la pièce, nous aasistoQs à scffi triomphe, et, sans nous arrêter aux événements ultérieurs de sa vie» nous trouvons son fils monté

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sur le trône dans Henri Vlll. Le trait d'union est court, mais il existe.

En composant ses pièces historiques , Shakspeare n*a pas suivi l'ordre chronologique : ce qui nous indique assez qu'il ne travaillait pas sur des matériaux préparés de longue main, et qu'il ne faut pas demander à ses œuvres l'unité absolue qu'y découvrent, à force de subtilités, quelques commentateurs. S'il s'était attaché à une idée unique dans le domaine de l'histoire , et s'il avait voulu en démontrer la vérité au théâtre, il l'aurait annoncée, en peignant les époques les plus anciennes, et développée ensuite , en arrivant aux temps modernes. C'est le contraire qu'il a fait; car il a commencé par Henri VI et écrit Richard fly immédiatement après Atehard III . Ce qui ne veut pas dire qu'il n'y a pas de suite dans ses conceptions. Cette suite se retrouve , à condition qu'on ne l'étende pas à toutes les parties, qu'on n'en fasse point un caractère général et qu'on distingue nettement les époques.

n y a, à vrai dire, dans le théâtre historique de Shakspeare , deux cycles distincts , composés chacun de quatre pièces ; ces deux tétralogies ont été composées dans un ordre opposé à celui de la chronologie , par conséquent elles ne se tiennent pas entre elles; mais les drames qu'elles renfermant se suivent rigoureusement , se complètent les uns par les autres et forment un tout bien ordonné. Le poète étudie d'une part l'histoire de la maison*de Lancastre, et de l'autre celle de la maison d'Tork. Les trois parties de Henri VI, consacrées aux guerres fameuses de la Rose rouge et de la Rose bhnehej appartiennent, nous l'avons vu, à la première période de sa vie. Nous n'avons point à y revenir ici.<

Elles ne sont d'ailleurs que la préparation de Richard II/, avec lequel nous entrons dans la deuxième période. Cette pièce qui termine la trilogie de Benri VI, à laquelle elle est très-supérieure , nous révèle pour la première fois toute la puissance du génie tragique de Shakspeare et tout le parti qu'un esprit si original peut tirer de l'histoire. Elle annonce, comme les comédies dont nous, avons parlé , que la jeunesse du poète tire à sa fin et qu'il possède déjà la force de l'ftge mûr. Elle fut écrite en 1593. Shakspeare avait alors vingt-neuf ans.

A partir de ce moment, il partage son temps entre la comédie et le drame historique, et en même temps que Tout est bien qui finit bien et le Marchand de Venise^ il compose l'admirable tétralogie qui commence par Richard II et qui se termine par Henri V. Richard II suit de très-près Richard III. Les deux parties de Henri IV sont de 4 596 au plus tôt, et de'4 598 au plus tard ; Henri K, de 4599. Le roi Jean, qui est à coup sûr de 4598, s'intercale dans l'histoire de la dynastie de Lancastre, sans l'interrompre. Toutes ces pièces rentrent dans la deuxième période de la vie de Shakspeare, qui s'étend de 4594 environ à 4598-99. Henri VIII, qui parut en 4603 ou 4604, appartient, par cette date, à une autre période; mais nous ne le séparerons pas du groupe des pièces historiques auxquelles il se rattache naturellement, qu'il continue et avec lequel il offre des caractères communs.

Jfous avons donc à juger sept drames historiques, trop connus pour être analysés en détail, mais dont il importe de signaler les principaux traits.

Ce n'est plus ici la vie privée de l'homme que Shakspeare étudie, comme dans ses pièces comiques. Il place l'humanité sur un plus grand théâtre, il la met aux prises

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avec les éTénemeiits politiques dont elle est la cause, I» complice on la victime; sous les faits accomplis , îl devine rinfiaence des passions humaines, et derrière les^ personnages dont il trace le portrait , ^ands seigneurs^ ou rois, 3 nous montre, au fond du tableau, le peuple qui attend son bonheur ou son malheur des actions dé ceux qui le gouvernent. H embrasse donc un phis vasteespace, et rétendue delTrorizon quTl contemple élargît le cadre de ses conceptions. Mais l'histoire, en agrandissant pour lui te domaine de Fobservation , rétrécit cehii de Fimagination. ERè faftache à la réalité, eRe lui enlève le droit de grouper les matériaux du drame au gré de sa fitntaisie, elle hiî indique de grandes Kgnes qu'il doit suivre, et lorsque son esprit voudrait s'en écarter, elle lui impose des documents et des dates qui Fenchaînent Cette contrainte, du reste, n'a rien que de salutaire. Elle pourrait conduire à la sécheresse un poète moins fécond que Shalspeare. Chez hii, au contraire, il y a un excès d'abondance .qui a besoin d'être corrigé et que la nécessité de respecter la vérité historique corrige; noik pas que Shakspeare se pique, comme nous Pavons dit, d'être toujours exact ; il est souvent mal informé. Mais^ il tient toujours compte de ce qu^il sait, et dans les limites de sa science, il est aussi scrupuleux qu'un historien. Quand il prenait ses sujets dans les nouvelles italiennes, ou dans les vieilles pièces anglaises, il pouvait librement intervertir Tordre des faits , en inventer de nouveaux et apporter au texte primitif tous les changements que lui suggérait son imagination. Ici, il est impossible de placer un événement avant celui qui Fa précédé ou après celui qui Ta suivi , de le supprimer, s'il est important, ou de le grossir, s'il n'a aucune signiilcà—

DRAMBft BiSTMIQIJES. 131

à la duvmifoe. Shakfipeare aime fnp la vérité fomt r^mèmvttre ées foutes ée ea genxt. U D'aUèie donc potat las ùiÉ» avânés €É coanus de toas. Il les xespeete d'autant aftîeuK qa'il'Be tieat pai à intenter les reseorts de riab%«e àruoaiMfae, qu'il lai ast phis eonaaade de se servir de nalédaui taat préparés, et que» méaiie quand il avaitja &eulté de laBsnier le tissu da draaie, il n'en usait presque jafliai&. Soa iasa^iaattoii ae s'euree pas sur cette partie pareaseat ^itârieare de Feravre, au mérite de laqueUe il n*attadie, d*aillears« aucaae importance. H coaeenive toote son atteatioa» ooa sur les fails eux-mêmes t mais sur les ruppotU qa'U peut déeouvrif entre les &it8 et les passions bumaiaes. Chercher dans les aentiments de Tliomme la cause de ses actions et expliquer les vicissitodes de Tbistoire par le déyeloppe* ment des oaraetfeies, td est son but principal.

Quelle que soit la donnée primitive d'une pièce , il Facoepte volontiers, sans être tenté de la modifier, parce qu'il espère mettre les pansées de ses persoonsiges d'ac*cord avec les événements dont ils sont les acteurs, et ne laisser au hasard que la part inévitable qui lui revient d^ms les affisdres de ce monde. Il s'appuie toujours sur le principe moral que nous avons si^^alé dans ses o&uvres précédentes, à savoir, que l'homme fait lu^méme sa destinée plus qu'il ne la subit, et que si son bonheur et son malheur dépendent quelquefois de la fortune, il les prépare plus souvent par son initiative individuelle.

Seuleaxient, dans les drames historiques, aux coasidérations purem^it morales s'ajoutent les idées politiques. L'homme d'État n'a pas seulement des devoirs à remplir envers lui-même , et sa resp<msahilité ne se borne p^ à

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sa personne. Tout ce qu'il fait intéresse la nation à la«quelle il appartient et des milliers de destinées sont suspendues à la sienne. Aussi ne faut-il pas le juger comme un simple particulier et ne lui demander que des vertus privées. C*est ce qui explique . pourquoi le poète traite sévèrement les princes faibles, qui, quoique bons, n'ont pas l'énergie nécessaire pour gouverner leurs sujets, et pour garder, d'une main ferme, le pouvoir dont ils sont les dépositaires. Il les trouve , en gé-» néral, maltraités par les événements, et, sans essayer de les défendre contre les arrêts de l'histoire, il montre, au contraire, que leurs bonnes qualités ne pouvaient pas les sauver et que l'infortune qui les accable n'est que la punition inévitable de leurs fautes ou de leur incapacité. Si on ne songeait pas à ce double point de vue, auquel se place l'écrivain, on pourrait croire, en lisant les pièces historiques, qu'il y est moins attentif que dans le reste de ses œuvres à la moralité de la fable. On s'étonnerait, par exemple, qu'il ne prtt pas la défense de Richard II et de Henri VI contre le sort qui les frappe, et qu'il eût choisi des sujets qui amènent nécessairement les souffrances et la chute du prince légitime, en même temps que le triomphe de l'usurpateur. Dans les drames non historiques , il a soin , au contraire , de punir toujours le coupable, de sauver l'innocent, s'il le peut, et, s'il ne le peut pas, du moins de défendre sa mémoire. Hais ici, Richard II et Henri VI ne sont pas innocents, quoiqu'ils le paraissent, si on n'exige d'eux que les vertus d'un simple particulier ; inoffensifs, comme hommes, ils sont coupables comme princes, parce qu'ils n'ont pas rempli les devoirs de la royauté , et Shakspeare les abandonne à toutes les rigueurs de la fortune, en vertu

d'une loi diffârente de celle qu*il applique aux citoyens ordinaires.

Ce souci constant de la] moralité que nous remarquons chez le poète , et cette indifférence qu'il témoigne pour Tagencement de l'intrigue dramatique nous apprennent que dans Fes histoires comme ailleurs il ne faut chercher que rétude des caractères. Ce sont, en effet» les caractères qui expliquent les actions » les actions qui produisent les faits, et, lorsqu'on étudie les sentiments des principaux personnages, on remonte, ayec eux, aux sources premières du drame.

Dans le vaste cadre de ses pièces historiques, Shakspeare rassemble bien des types divers. Cependant, au sein même de cette variété , il est possible d'établir des divisions générales et de rattacher chaque caractère à une famille déterminée. Nous y distinguerons surtout cinq espèces de personnages: les femmes, les enfants, le peuple, Taristocratie et les rois.

Les femmes et les enfants doivent nous occuper d'abord. Ce sont de tous les personnages les moins politiques, ceux par conséquent qui se rapprochent le plus des conditions de la vie privée que Shakspeare a peinte dans ses comédies. Us servent de transition natu* relie entre l'œuvre comique et l'œuvre historique du poète, et même au milieu des grands événements qui les entourent; ils gardent encore quelque chose de la familiarité des mœurs bourgeoises. L'amour ne joue presque aucun rôle dans les événements que retrace le poète.

4 Si SffAKSPEAIIB.

Aussi renoncd-t^ complètement au stget fayori de ses pièces comiques qui peignent surtout les émotions des cœurs tendres. Ce ne sont pas des femmes amoureuses qu'il mel en scène, mais des femmes dont la destinée est d^ fixée 9 qm sont enchafkiées par les liens du rang élevé qn'elles occupent et par les obligations de leur naissance autant que par le souci des affections domestiques. Ce sont, en général, des rrînes et des princesses qui ont à remplir, à cAté des devoirs que leur impos^la rojfauté, ceux de mère et d*épouse. A défkut des passions de la jeunesse libre et simple, il leur reste encore les sentiments éminemment tragiques de Tamour maternel ou de Tamour conjugal.

La tragédie historique n'est pas destinée & peindre le bonheur. La plupart des héroïnes de Shakspeare sont malheureuses , et c'est leur maHieur qui fait la beauté de leur caractère. L'une, comme la duchesse de Glocester, dans Richard II j pleure son mari assassiné, et poursuit vainement la vengeance de sa mort ; l'autre, comme Elisabeth, dans Richard II J, voit mourir son époux dans la force de l'âge et survit à ses fils égorgés. La duchesse d'York se jette aux genoux de Henri IV, pour obtenir la grâce de son fils, le doc dTAumale, qui a conspiré contre le roi, et pendant qa^elle exprime toutes les angoisses de son cœur de mère, elle a la douleur d'entendre le père ém coapi4>te dem»id^ qu^îl soit condamné sans pitié. Shakspeare excelle à peindre ces situations fortes où tous les ressorts de l'&me sont tendus, où la sensibilité exôitée au plus haut degré éclate en sanglots et en paroles entrecoupées.

J^mes et vieilles, les femmes de ses drames historiques éprouvent toutes les extrémités de la soufirance.

Destinées à TÎvre après avoir perdu ceux qu'elles aiment, elles ne peuvent ni se consoler ni oublier. Elles ne ressentent pas, comme les hommes, les joies de l'ambition et de Tactivité guerrière. L'élévation de leur rang ne fait queles exposer à des chutes plus douloureuses et, quelle que soit Tissue des discordes civiles, elles en sont les plus tristes victimes.

Richard H est précipité du trône. Arec lui tombe la jeune épouse qu'il a négligée dans ses jours de prospérité,et qui, néanmoins, fidèle à ses devoirs, n'a cessé de l'aimer. Elle apprend avec désespoir lanouvelle de l'abdication du roi ; elle se place sur son passage, pendant qu'on le conduit à la Tour, elle demande en vain à partager sa prison, et, après un court embrassement qu'abrège la présence des gardes de Henri IV, elle annonce qu'elle ne pourra pas supporter cette éternelle séparation.

Ce sont aussi des yeuxde femme qui pleurent la mort du brave Hotspur, tué sur le champ de bataille par Henri V. Le héros du Nord laisse une veuve qui a été heureuse et gaie pendant qu'il vivait, mais qui s'enveloppe, après son infortune, dans un long voile de deuil. Sa tristesse cependant est moins amère que celle delà fenmie de Richard II, et le souvenir de la gloire de Percy Jette encore sur sa yie un reflet brillant: Ce n'est point un mari humilié, déchu de son rang et avili par sa faiblesse, qu'elle a perdu. Celui qu'elle aimait est mort en soldat, les armes à la main, comme il a vécu. Ses ennemis ont versé des larmes sur son cadavre, et le retentissement de ses grandes actions dure toujours, comme pour inspirer à lady Percy une résignation digne d'une telle mémoire.

Les mères souffrent plus encore que les épouses quand le malheur s'abat sur la famille, et Shakspeare

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a compris tous les déchirements de Famour maternel, n les a rendus avec vérité dans le rôle de Constance, mère d'Arthur de Bretagne , un des principaux personnages du Roi Jean. Constance est restée veuve avec un fils, héritier légitime de la couronne d'Angleterre ; mais l'oncle d'Arthur, Jean sans Terre , a profité de sa jeunesse pour usurper le pouvoir, et la mère est allée placer son enfant sous la protection du roi de France , qui lui a promis de revendiquer ses droits. En efifet, Philippe-Auguste déclare la guerre à l'usurpateur , et les deux armées ennemies se rencontirent [devant la ville d'Angers. Jusque-là Constance est soutenue par l'espoir de recouvrer l'autorité qu'elle a perdue. Malheureusement la politique dérange ses projets. Au moment d'en venir aux mains, Philippe et Jean s'aperçoivent qu'ils ont tous deux intérêt à faire la paix, qu'il n'y a guère de malheurs plus grands que ceux de la guerre et ils se réconcilient, en cimentant leur nouvelle alliance par le mariage de Blanche de Castille, nièce du roi d'Angleterre, avec le dauphin Louis. A cette nouvelle, Constance éclate. C'est un caractère passionné ; elle n'aime ni ne hait à demi, et elle a dévoué sa vie à l'idée de reconquérir le trône de son fils. Comme les natures ardentes qui se sont attachées à une espérance et qui en ont fait l'unique objet de leurs pensées , elle ne peut croire d'abord à la trahison du roi de France. € C'est impossible, dit -elle au gentilhomme qui lui annonce le premier la réconciliation des deux rois. Cela n'est pas. Tu t'es mal expliqué. Tu as mal entendu. Réfléchis , recommence ton récit. Cela ne saurait être *. » Puis de l'incré-

1« King John, aeU iii> M. 1*

DRAMftS HISTORIQUES. 437

dulité elle passe à Vattendrissement, quand elle regarde Arthur, et à la fureur, quand elle se trbnye en présence de Philippe-Auguste. Elle accable celui-ci des reproches les plus sanglants, en l'accusant d'avoir violé sa foi et abandonné la cause de l'opprimé.

Un instant , elle peut compter sur un retour de fortune, et elle en accepte l'espoir avçc l'impétuosité habituel^ de ses sentiments. Le roi de France et le roi d'Angleterre se brouillent, à cause de l'intervention du légat du pape qui a excommunié Jean sans Terre. Constance les excite à la guerre et elle a le bonheur de les voir prendre les armes l'un contre l'autre. Mais cette satisfaction passagère n'est qtiele prélude d'une nouvelle et plus cruelle épreuve. Dans la lutte qui s'engage entre les deux armées, les Français sont vaincus , Arthur fait prisonnier et emmené en Angleterre par son oncle. La malheureuse mère voit aussitôt toute l'horreur de sa destinée et, avec la clairvoyance douloureuse de l'amour maternel, elle devine que son fils ne sortira pas vivant de sa prison. Alors sa tête s'égare et sa sensibilité surexcitée la fait parler, tantôt avec une apparence de démence, tantôt, au contraire avec la logique effrayante du désespoir. On l'accuse de folie. < Non, je ne suis pas folle, répond-elle. Plût à Dieu que je le fusse ! car sans doute alors je m'oublierais moi-même. Oh ! si cela se pouvait, de quel chagrin je perdrais le souvenir ! » Puis elle ajoute, dans un accès d'attendrissement qui doit se traduire sur la scène par des larmes et par des sanglots : € Cardinal, je vous ai ent^du dire que nous reverrons et reconnaîtrons nos amis dans le ciel. Si cela est vrai , je reverrai mon fils. Ah I depuis la naissance de Caïn, le premier enfant m&le , jamais il n'est né , parmi les

Ji.

fl38 SBAKSKAfti;»

bommes àe créatiu» plu» gtwàamte qm odui fui hier respirait encore ^ »

Il y a bien, il fiiut l'avotier, dasks le kagage 4gae Shaka* peare prête à oetie mëre iafortuftée, une e&agératian manifeste, des images et desmétaphoce^ qui seheurto&t et quelquefois même des. traits de mauvais geût. Mais comme le poète sait exciter et sen^eiur jusqu'au bout rémotioB tragique 1 Quels accents pathétiques- il tire du fond du cœur de la fevAe , et avec quelle puissance il décrit les ravages qu'y faat la douleur \ B trouve, pom expriflaes Vaneur materuel, des mots sublimes. Il y en a ua surtout qui mérite d'être cité, le té^ du pape^ le eardisai Pandolphe> essaye d& eeneeter Gonstanee: Celles ci l'interrompt tout à coup et s'écrie' : 41 Q me pcfflcy lui qui n'a jamais été père l » N'est-ce pas résumer eu une parole toute la teudresse d'une mère à laq^eUe rian n'est comparable et que ne peuvent compreudjce ceux qui n'ont pokit eu d'eoËuits.^

Mais le caractère âe femme le pUs tragidiue qfm Shakspeareaii tracée c'est cehii de- Marguerite d'Anjou, leuve de Henri VI, dans Sickard UL Cette reine,, autrefois belle et puissante ^ a perdu soceessvvemejat tout eeqivi l'attachait à la vie, son^fls, le prince de Galles y, tué psir les princes d'ïerk, sou amant Sttflb& , a» mari et sa couronne. Elle a atasé de la pi!ospéribé^ tvalû sea devoirs, insulté ses ennemis vaincus,, poignardié le jeune Rutland et présenté au duc d'York un meiuchoèir trempé dans le sang de son fils. Un caractère- plus doux, aooep»» terait le malheur comme wae punition des crimes passés, et s'y résignerait. Marguerite- est étraueèae k ce&

sentiments chrétiens ; elle ne regrette rien de ce qu'elle a fait, elte se considère comme une victime injustement firappée, elle poursuit de sa vengeance ceux qui ont combattu contre elle, et elle ne vit que pour assister à la mine de ses vainqueurs et pour s*'en réjouir. Quoique bannie sous peine de mort, elle revient en Angleterre assister aux luttes intestines de la maison d^ork. Shakspeare personnifie en eHe la Némésis antique ; il hii donne des proportions plus qu'humaines et il la représente comme une sorte d^apparitîon surnaturelle. Elle pâaètre librement dans le palais d'Edouard IV, elle j exhale sa haine en présence de la famîlTe dTork et de ses courtisans. Nul ne songe à Tarréter, quoiqu'elle soit exilée, et eBe en sort sans obstacles , comme elle y est titrée. La méïne baguette magique, qui lui a ouvert une première fois les portes delà demeure royale, les lui ouvre encore quand Edouard est mort et que ses fils ont été assassinés à la tour par Tordre de Richard III. Elle est venue d'abord pour maudire ses ennemis ; elle vient maintenant pour recueillir Tes fruits* de sa malédiction. Semblable à une Furie vengeresse ou à la Fatalité des anciens, elle a annoncé à chacun le sort qui l'attendait. « Que votre roi meure, a-t-eïle dit â toute la cour, qu'il meure, sinon par la guerre, du moins parla débauche, comme le nôtre a péri parle meurtre, pour le faire roi! » El, suivant sa prédiction, Edouard TV s'est éteint, épuisé par les voluptés. « Qu'Edouard, ton fils, a-t-eller dit â fa reine Elisabeth, maintenant prince de Galles, en expiation du trépas de mon fils Edouard, alors prince dé Galles, périsse à la fleur de l'flge, moissonné, comme lui, par une mort violente I » L'enfant qu'elle désignait ainsi à la vengeance céleste a été poignardé. « Rivers et toi,.

4 40 8HAKSPEARB.

Dorset, a-t-elle ajouté, vous étiez présents, et toi aussi, lord Hastings, quand mon fils fut frappé de poignards homicides. Je prie Dieu que nul de vous ne vive jusqu'au jour marqué par la nature, mais que vos jours soient tranchés par quelque accident imprévu *. » En effet, ils sont morts, condamnés par Richard.

Marguerite triomphe, ses vœux cruels ont été exaucés, et elle veut contempler de ses propres yeux les victimes de ses malédictions. Elle rencontre celles qu'elle cherchait, la duchesse d* York, mère d'Edouard IV, et la reine Elisabeth, sa fenmie ; elle les voit plongées dans la douleur et elle entend les plaintes qu'elles exhalent; à son tour elle prend la parole et elle leur dit : « Si la plus ancienne douleur est la plus digne de respect, cédez à la mienne le droit d* aînesse et que mes chagrins aient la prééminence sur les vôtres ! J'avais un Edouard ; un Richard l'a tué. J'avais un Henri ; un Richard l'a tué. Tu avais un Edouard ; un Richard l'a tué. Tu avais un Richard; un Richard Ta tué... 0 Dieu juste, équitable dispensateur, combien je bénis ta justice I — Épouse de Henri, répond avec dignité la vieille duchesse d'York, ne triomphe pas de nos malheurs ! Dieu m'est témoin que mes larmes ont coulé pouf les tiens. — Pardonnez-moi, continue Marguerite, je suis affamée de vengeance, et maintenant qu'elle est sous mes yeux, j'en repais mes regards. » Elle s'enivre alors de la joie delà victoire, elle rappelle tout ce qu'a souffert la famille d'York, en échange de ses propres souffrances, et avec la cruauté implacable d'une haine de femme elle accable de son mépris la reine Elisabeth, qui est montée sur le trônera

!• King Richard the third^ aeU i, se 3.

DRAMBS HISTORIQUES. 4 il

sa place par le meurtre de Henri YI. «. Où est ton époux maintenant? lui dit-dle, où sont tes firèresT où sont tes deux fils? où sont tes joies? qui t'implore? qui s'age* nouille et dit : Dieu sauve la reine? où sont les grands respectueux qui te flattaient? où est la foule qui accom* pagnait tes pas? Rappelle tous ces souyenirs dans ta mémoire et vois ce que tu as maintenant i — 0 toi qui excelles à maudire, répond la malheureuse reine, reste encore un instant et apprends-moi à maudire mes ennemis. — Ne dors pas la nuit et jeûne le jour ; compare ta félicité morte avec tes douleurs vivantes; représente-toi tes enfants plus beaux qu'ils n'étaient et leur meurtrier plus hideux qu'il n'est ; exagère le prix de ce que tu as perdu, pour haïr davantage l'auteur de cette perte ; que ce soient là les pensées qui t'occupent et tu apprendras à maudire * ! »

Shakspeare fait ainsi de Marguerite la personnification d'une idée, encore plus qu'un caractère ; il la charge de représenter le désir delà vengeance, tel qu'il peut s'emparer d'une âme passionnée, à une époque de violence et de luttes sans pitié. Il l'anime de l'esprit sanguinaire qui inspire trop souvent les hommes du moyen âge et qui n'éclate nulle part avec plus de foreur que dans la guerre des deux Roses.

Quand nous ne connaîtrions pas la date de Richard 7/7, la conception de ce rôle d'une Némésis moderne suffirait pour nous faire supposer que la pièce a été écrite dans la jeunesse du poète. Elle est, en effet, de 4593 ; elle succède immédiatement à la dernière partie de Henri VI et elle précède la tétralpgie des Lancastres. Lorsque Shaks-

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