‹ Shakespeare (volume 2)Chapitre 52 sur 112 · Gervinus, Shakspeare, t. II · texte numérisé non relu

Gervinus, Shakspeare, t. II

Cette situation aboutit en général à une révolution par laquelle le peuple, éclairé sur ses vrais ihtérôts et usant ée son droit d'être l^n gouverné , 'Choisit oelui qu'il croit le plus capable de régner. Cest ainsi que Bolingbroke est élu par la voix populaire. L'attitude des habitants de Londres, quand le roi déchu et le roi nouveau entrent dans la ville, témoigne assez de leur mépris pour le premier et de la eonfianoe que leur inspire le second. C'est oe passage faneuxqtû renferme, au dire deM, Gervinus, la pensée de Shakspeare.

LE DUC b'york.

Le duc, ]e grand Bolingbroke, monté sur un ardent et fougueux coursier, qui sem^blait connaître les pensées ambitieuses de son cavalier, s'avançait d'un pas lent, mais majestueux, pendant que toutes les langues criaient : « Dieu te protège, Bolingbroke I » Vous auriez cru que les fenêtres elles-mêmes parlaient, tant était grande la foule avide des vissages jeunes et vieux qui, à travers les cftiftssis, dardaient leurs regards curieux sur sa personne. Oo eût dit que toutes les murailles, chargées de personnages comme une tapisserie, criaient en même temps : « Que Jésus veille sur toil Sois le bienvenu, Bohngbrokel » Tandis que lui se tournait à droite et à gauche, la tête nue, s'indinant plus bas que le cou de son oxpieilleux coursier, et répondait : « le vous remercie, mes concitoyens, n Et c'est MBÎ qu'il cootî&aait sa route.

LA DUCHESSE b'yORK*

Hélas! Et le malheureux Richard^ comment marchail-il pendant ce temps?

LE DUC d'tobk.

De même qu'au théâtre les yeux des hommes, lorsqu'un acteur aimé du public quitte la scène, ne se portent qu'avec distraction sur celui qui lui succède, et qu'on trouve son babil ennuyeux, de même, et avec plus de mépris encore, les yeux du peuple se chargeaient de dédain à la vue de Richard. Per-

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sonne ne lui criait : « Dieu vous protège I a Aucune bouche joyeuse ne lui souhaitait la bienvenue dans son royaume; mais on jetait de la poussière sur sa tête sacrée; et il la secouait avec une douleur si gracieuse, on voyait si bien sur son visage lutter les pleurs et le sourire, qui témoignaient de sa tristesse et de sa patience, (|ue si Dieu n'avait pas, pour quelque grand projet, endurci le cœur des hommes, ils se seraient par force attendris, et la barbarie elle-même aurait eu pitié de lui^

Le poète est plus sensible que le peuple anglais; il a pitié de Richard II, mais, comme le peuple, il lui préfère Bolingbroke.

Je ne nie pas que la théorie libérale que M. Gervinus attribue à Shakspeare et qui l'entraîne à des considérations politiques sur la révolution de 4848, ne résulte de la pièce de Richard II. Mais elle est bien plus présente à la pensée du critique qu'elle ne l'a jamais été à celle du poôte. Le critique poursuit, en effet, des idées générales, tandis que le poète peint des sentiments. Shakspeare ne se propose pas d'avance de démontrer la supériorité du mérite sur le droit par une argumentation en règle; seulement il touche par le côté historique et tragique à cette grande question, il jette çà et là quelques aperçus lumineux qui l'éclairent, et, si l'on veut rester dans la vérité, il faut dire non pas qu'il a écrit sa pièce pour soutenir une thèse , mais que sa pièce peut être invoquée à l'appui de cette thèse. Le génie poétique ne s'astreint pas à la marche rigoureuse du raisonnement. Il y a cent passages, dans Richard If y qui n'ont aucun rapport avec l'idée qu'y découvre le savant critique.

ShakspSare ne s'explique même pas sur certains faits de la vie de Bolingbroke, et, bien loin d'avoir conçu ce

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