‹ Shakespeare (volume 2)Chapitre 53 sur 112 · I. King Richard the second, act. v, se · texte numérisé non relu

I. King Richard the second, act. v, se

caractère en vue d'une théorie, il le développe d'après les données que lui fournit Thistoire. Il accepte certains événements dont il n'a pas trouvé la clef, il les expose avec fidélité , sans chercher à les rattacher, je ne dirai pas à un principe /fondamental , mais même à un type qu'il aurait choisi. Il ne nous dit pas, par exemple, il ne nous laisse même pas deviner pourquoi Bolingbroke, au commencementde l'action, a provoqué le duc de Norfolk et il-ne nous apprend pas quel est celui des deux combattants qui lui paraît avoir raison. Ce caractère politique est 'une énigme, répond M. Gervinus ; attendez, vous en trouverez la solution au dernier acte de Henri 1 V. Sans doute la fin de l'œuvre nous révèle quelques mystères curieux, mais elle ne jette aucun jour sur certains détails que le poète n'a pas inventés, qu'il n'était pas libre de choisir, et qu'il présente en historien, sans les commenter ni les approfondir. Il fait ici ce qu'il a fait souvent dans ses comédies. Quand un fait lui est donné, et qu'il ne sait ni ne devine pourquoi il s'est passé, il le prend , l'enregistre, comme un renseignement authentique, et ne s'inquiète de le mettre d'accord ni avec les caractères ni avec les situations. Il aime, en général, à découvrir la logique des événements, mais il ne s'abstient pas de les raconter quand elle lui échappe.

N'oublions pas, en lisant ses drames historiques, qu'il suit la chronique, comme il a suivi ailleurs les nouvelles italiennes, et que son imagination, enchaînée par la réalité , ne peut combiner librement et savamment toutes les parties de l'œuvre , comme le croit la critique allemande. Il n'a pas été le maître d'expliquer toutes les actions de Bolingbroke , car il y en a qui sont inexplicables. Ce qui est vrai et ce que M. Gervinus remarque

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avec raison, c'est que ce caractère de roi politique est un des plus intéressants et des plus profonds qu'ait tracés Shakspeare.

Il en a mis en relief toutes les ^andes qualités; maïs il n'en a pas non plus, il faut le dire, dissimulé les défauts. Ce penseur, qui croît à la supériorité du mérite ftur la naissance et qui se platt à montrer qu'il est juste qu'un prince incapable soit remplacé par un prince habile , convient en même temps qu'un tel résultat ne «^obtient pas sans quelque perfidie et sans violence.

L'abdicaticm forcée et Thumiliation publique de Richard II ne sont que le prélude d'un acte sanglant qui doit être commis au profit de Henri lY. Le nouveau roi n'est pas sûr de «a couronne tant que vivra l'ancien ; il ne Teut cependant pas le tuer, mais il laisse tomber avec intention une de ces paroles qui donnent la mort quand -elles sont recueillies par un séide. « Ne trouverai-je pas un ami qui me délivrera de cette crainte vivante? » s'est-il écrié devant Exton. E&ton comprend ce que désire son maître et va poignarder Richard. Voilà les firuits ordinaires de l'ambition, pour lesquels le mérite même n'est pas une excuse suffisante. On aspire au pouvoir, on est digne d'y arriver, et, quand on s'en est emparé, on s'en sert bien, mais il a fallu laisser sur sa route quelques victimes, et, quoi qu'on fasse , la fin ne justifie pas les moyens. L'ambitieux lui-même le sent et en souffre, s'il a l'âme généreuse,

Aussi, Shakspeare, qui a donné, après tout, à Bolingbroke de grands sentiments, lui attribue-t-il des remords et une sorte de tristesse qui pèse sur toute sa vie depuis l'assassinat de Richard. Il a souhaité le meurtre sans

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l'ordonner, et , une fois qu'il est accompli, il en a horreur. « Exton , je ne te remercie pas. Ta main fatale a commis un acte dont la honte planera sur ma tête et sur cette terre illustre. » Et comme Extôn répond : « Sire, c'est d'après le désir exprimé par vous-même que j'ai agi, » il ajoute : « Ceux qui ont besoin du poison n'aiment pas pour cela le poison , et je ne t'aime pas non plus. Vivant , je souhaitais sa mort ; assassiné , je Faime et je hais le meurtrier * . » Depuis c^ temps , Henri IV exerce noblement l'activité de son esprit, il remplit, avec une conscience sévère, ses devoirs de roi, mais il a perdu le bonheur. Il a désiré le pouvoir, mais il est puni d'avoir voulu l'acquérir, même au prix du crime, par les soucis que lui causent les souvenirs du passé et les inquiétudes du présent. Sa physionomie naturellement grave s'assombrit chaque jour davantage, et porte l'empreinte des vives préoccupations qui l'assiègent. Il a un fils dont la vie déréglée l'inquiète ; il voit se former autour de lui une coalition des barons anglais, qui, après l'avoir porté au trône , ne sont pas contents des récompenses qu'ils ont obtenues. Il voudrait faire une croisade, afin de se laver de ses fautes ; mais chaque fois qu'il veut partir, des obstacles imprévus le retiennent et il consume son existence en luttes stériles ou en projets qui ne se réalisent pas.

L'état moral de cette âme troublée est peint par le poète dans un de ces monologues qui lui servent à nous faire pénétrer jusqu'au fond de la conscience humaine. Henri IV accablé de fatigue et de soucis ne peut dormir et il invoque le sommeil : « Combien de milliers de mes

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