‹ Shakespeare (volume 2)Chapitre 54 sur 112 · King Richard the second, act. T, «c · texte numérisé non relu

King Richard the second, act. T, «c

plus pauvres sujets dorment en ce moment! 0 sommeil, aimable sommeil, doux soutien de la nature, comment t*ai-je assez efifrayé pour que tu ne veuilles plus fermer mes paupières et plonger mes sens dans Toubli? Pourquoi, sommeil, aimes-tu mieux dormir dans des huttes enfumées,.t* étendre sur des grabats incommodes et trouver le calme au milieu du bourdonnement des insectes nocturnes, plutôt que dans les chambres parfumées des grands , sous des dais magnifiques et bercé par les sons de la plus douce mélodie? Dieu stupide, pourquoi te caches- tu avec les misérables dans des lits nauséabonds, et abandonnes-tu la couche royale, comme si c'était la boîte d'une horloge ou la cloche d'un beffroi?... Peux-tu, 6 sommeil partial ! accorder ton repos au mousse suspendu pendant la tempête au haut du mât, et le refuser au roi pendant la nuit la plus calme et la plus silencieuse, malgré tous les moyens et toutes les ressources dont il dispose? £h bien 1 heureux celui qui se couche sur la dure ! Plus de repos pour la tête qui porte une couronne I... ' » Ce n'est pas là simplement, comme on pourrait le croire au premier abord, une déclamation sur le sommeil. Lorsque Shakspeare développe une idée philosophique, même commune, on sent qu'elle lui est venue de la force de sa réflexion, et que, si elle a été exprimée par d'autres déjà, il l'a néanmoins trouvée seul et rendue avec une sincérité d'émotion qui nous la fait paraître nouvelle.

Bolingbroke n'est pas heureux, quoiqu'il ait atteint le but de son ambition. La possession du trône l'expose à de nombreuses souffrances. Les unes lui. viennent des

!• Second partofking Henry IV, acLlii, 8C. U

événements, les autres, et ce sont les plus foHes, lui viennent de lui-même et de Tamertume de ses propres pensées. Il a d'abord à soutenir une lutte terrible contre les grands seigneurs Son énergie et son activité ne lui font pas défaut en face du danger. Avec autant d* audace et de promptitude qu'il en a mis à poursuivre Richard II, il combat les rebelles, les attaque isolément et les détruit. Douglas, le plus vaillant baron de l'Ecosse, Hotspur, la gloire de l'Angleterre, le Gallois Glendowei^ et Northumberland , chef des Percy, sont successivement vaincus par lui. Mais ces victoires ellesmêmes sont douloureuses et amènent avec elles de tristes souvenirs.

Henri est trop habitué à réfléchir sur les événements pour ne pas s'en retracer toutes les vicissitudes. Plus il pense aux changements dont il a été témoin, plus il est pénétré du néant de la vie humaine. Qu'est-ce que l'ambition et l'amour de la gloire? Qu'est-ce même que les sentiments les plus chers et en apparence les plus solides? L'homme n'est-il pas le jouet du sort, et tout en croyant se gouverner lui-même, n'obéit-il pas à la loi mystérieuse d'une destinée plus forte que lui ? « Si l'on pouvait voir, se dit Bolingbroke, les jeux bizarres du destin et la fortuné remplir de liqueurs diverses la coupe inconstante de la vie, oh ! si cela pouvait se voir, le plus heureux jeune homme, en jetant un regard sur la rouie qui lui reste à parcourir, à l'aspect des périls passés, des chagrins à venir, fermerait le livre et s'assoirait attendant la mort \ » La conclusion de cet homme si actif, qui a été le seul ouvrier de sa fortune, c'est que, si Ton savait, si

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