‹ Shakespeare (volume 2)Chapitre 56 sur 112 · Second part ofkîng Henry IV y act. iv, ac · texte numérisé non relu

Second part ofkîng Henry IV y act. iv, ac

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broke^ c'est cette alliance d'ua esprit méditatif, qui R*est pas dupe de Tapparenee des ehoses et qui tend sans cesse à des conclusions philosophiques, et d'une infeiigable activité qui, connaissant tous les obstacle» et Finutilité des efforts, n'en poursuit paâ b&oûis sa route, sans faillir. Le même hommie est rarement un penseur et un homme d'action. Bolingbroke ne cesse pas d'agir en roi,, quand il pense en philosophe ; il soutient son rôle jusqu'au bout, et il pourrait dire à son filây. coname Auguste : « N'ai-je pas bien joué la comédie? »

L'énigme de sa vie ne se devine que dans les entreti^is où il fait une sorte de confession» générale, pour l'instruction de son successeur. Il a^^cMie qu'il a sans cesse veillé sur *ses acti<His, qu'il n'a jaunis cédé à un entraînement irréfléchiv et que, de propos déUbéré, il a tenu la conduite qu'il croyait la plua propre à lui eonciliet la faveur populaire. Il a vécuf en politique savant et prévoyant. Il ne prodiguait pas sa présence, il ne se mêlait pas, comme le prince Qenri, aux compagnies vulgaires. « Je ne me montrais que rai^ement, dit-il à son fils; aussi à peine faisais~je un pas que ma présence, comme celle d'une comète, excitait l'attention générale. Les pères disaient à leurs enfants : Le voilà I — Où est-il? répondaient ceux-ci. Lequel est Bolingbroke? Et alors je faisais voir une politesse si exquise, une humilité si profonde que je me conciliais l'attachement de tous et que le: peuple me saluait de ses acclamati<Hiâ, même en présence du roi couronné. C'est ainsi que je conservais» à ma personne l'attrait de la nauveauté. Ma présence, comme une robe pontificale^ ne s'offrait jamais aux regards sans exciter l'admiration. Ma grandeur, n'apparaissant qu'à de rares- intervalles, avait tout l'éelat d'un

jour de fête, et sa rareté même faisait sa solennité ^ » Voilà le secret de la fortune de Bolingbroke.

n s*explique mieux encore, à son lit de mort, où il lègue à son fils une couronne chèrement achetée, en y ajoutant des conseils politiques.

« Le ciel sait, mon fils, lui dit-il, par quels sentiers, par quelles voies détournées et tortueuses je suis arrivé à la couronne; et je sais moi-même combien elle a pesé lourdement sur ma tête. Sur la tienne, elle descendra plus paisible, plus honorée, plus affermie, car toute la souillure de l'usurpation entre avec moi dans la tombe. Elle ne semblait en moi qu'un honneur, arraché d'une main violente; et j'avais là beaucoup de témoins vivants pour attester que je l'avais gagnée par leur secours; ce qui amenait des querelles journalières, du sang versé et des atteintes à la paix apparente. Ces audaces inquiétantes, tu vois avec quels périls je les ai conjurées, car tout mon règne n'a été que la représentation de ce drame ; et maintenant ma mort change l'état des choses. Car ce que moi j'avais acquis te revient d'une manière plus légitime. Tu portes la couronne par droit de succession. Cependant, bien que tu sois plus en sûreté que je ne pouvais l'être, tu ne l'es pas encore assez, parce que les blessures sont récentes, et que tes amis, ceux dont tu dois faire tes amis, n'ont perdu que depuis peu leurs dards et leurs dents. Ce sont ceux dont les œuvres cruelles ont commencé mon élévation, et par lesquels je pouvais bien avoir à craindre d'être renversé. Pour éviter cela, j'ai détruit les uns et j'avais maintenant le projet d'en conduire beaucoup d'autres en terre sainte,

l,^ Fini pari of king Henry IV, acl. m, se* 2.

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de peur que le repos et la tranquillité ne leur fissent regarder de trop près ma situation. C*est pourquoi, mon Henri, prends la résolution d'occuper par des guerres étrangères les esprits inconstants, afin que cette activité» se portant loin d'ici, puisse détruire le souvenir du passé '. »

Ce discours du roi mourant renferme le programme du règne qui finit et celui du règne qui commence. Henri IV est arrivé au trône et s*y est maintenu par Fhabileté de sa politique. II ne reste plus à son fils qu'à légitimer l'usurpation par la gloire des armes.

Si Shakspeare a étudié profondément le caractère de Bolingbroke, il a tracé avec une préférence marquée e portrait de Henri Y, dont il a fait la figure la plus importante et la plus complète de ses drames historiques, peu^-étre même de tout son théâtre. C'est dans ce rôle que les critiques allemands retrouvent le mieux la physionomie vraie de Shakspeare, son goût pour le plaisir, ses habitudes simples, son mépris de l'opinion, et ses nobles instincts. S'il y a, disent-ils, un des personnages dramatiques du poète qui lui ressemble, c'est assurément celui-ci. Il comprend également les deux faces de la vie humaine, la gaieté insouciante de la jeunesse et l'activité de l'âge mûr. Le prince est naturellement enjoué comme Shakspeare; comme lui aussi, il ne

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garde pas toajotrrs le ton comique, il n*est pas sans cesse diaposé à rire, et il sait an besoin redevenir sérieux.

Il commence sa vie par quelques années de dissipation etde folie; il'vit,.av«c de joyeux compagnons, à la taverne, a s'as6ocie aux plus mauvais sujets de Londres, il partage leurs divertissements profanes et quelquefois trfesréprëhensibles ; il leur permet de détrousser les passants, et toi-même, pour s'amuser, il Tole les voleurs. Il arme la familiarité des mœurs bourgeoises, le laisser aller des • épicuriens, qui ont le talent de bien vivre, l'esprit léger et pétillant qui circule le soir parmi les convives attablés, les propos plaisants que se renvoient comme avec une raquette les interlocuteurs échauffés par le vin, les espiègleries et la maliœ qui assaisonnent les entretiens des jeunes gens et les tours qu'ils se jouent entre eux.

Les scènes où Benri se livre à toifte sa Terve , avec Poins et Falstaff, nous font penser aux escarmouches spirituelles de Sha^speare avec Ben Jonson , Beaumont et Fletcher, au club de la Sirène. Le poète a dû retrouver dans ses souvenirs ou dans ses impressions récentes plus d'un trait qui nous amuse. ïl avait peut-être luimême mystifié un garçon de taverne ridicule, comme le fait le prince de Galles ; il s'était peut-être aussi, comme lui, déguisé en domestique , pour se moquer incognito d'un de ses amis. Seulement , dans ces heures d'épanchement, il avait peut-être plus d'abandon qu'il n'en laisse à son héros ; non qu'il rfait peint avec naturel la vie joyeuse de Henri V; mais au moment même où il le met en scène, en copiant exactement la nature, il lui attribue des projets arrêtés d'avance et beaucoup d'arrière-pensées philosophiques et politiques qui suppri-

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m£ni chez Ini le cs^rice , la fantaisie et , ce qui £ût le charme de la jeunesse , les mouveiuents spontanés de rimagiuation. Lorsque le prince fait une foUe, le poète a soin de nous prévenir qull fait intérieureniâiit ses réserves, et qu'il y a de la sagesse jusque dans le désordjpe de sa conduite. J'aimerais mieux un caractère pluâ ardent qui céderait à rentralnement des passions, au lieu de s'observer lui-même et de se fixer d'avance une limite qu^il ne doit pas dépasser» ce qui ne l'efiapécherait pas de se corriger plus tard et de se mûrir, avec les amatées, par l'expérience de la vie. Henri nous parait moins plaisant et moins naturel que nous ne l'avioiifi cru d'abord lorsqu'il dit , en quittant ses compagnons : « Je vous-, cœmais tous et Je i^ux bien» pour un moment» me prêter à Êivoriser les folies de votre désœuvrement. En cela, j'imiterai le soleil qui permet quelquefois aux nuages^ jaloux de dérober sa splendeur, afin que Tabs^ice sgoute encore au charme de sa vue. Si tous les jours de* l'samée étaient des jours de fête, les jeux seraient aussi ennuyeux que le travail; maismoins ils arriveat souvent». plus ils sont désirés. Ainsi, lorsque je renoncerai à la> vie déréglée que je mène, plus je serai supérieur à ceque j'ai fait espérer , plus je tromperai agréablement] l'attente publique. >

Ce calcul est bien savant pour un jeune débauché et» si le prince le fait, outre que ses folies nous intéressent moins, elles ont moins d'excuses : quand on se connaît et qu'on se juge si bien» on est tenu de se corriger. Le jeune homme qn' entraîne la fougue de son âge songe vaguement à changer de vie; il sait bien que celle qu'il mène ne durera pas toujours, et il «itrevoit des joui*s plus^ calmes dans un lointain obscur. Mais quel est celui qui»

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tout en fte livrant à ses passions, se propose de s*en faire honneur plus tard par le contraste du passé et du présent, et d*6n tirer parti pour sa gloire future T

Shakspeare fait ici, par exception , ce que la critique allemande croit qu'il fait toujours. Il prête à un de ses personnages des intentions très -raffinées, et, sous la légèreté apparente d*une intrigue comique, il cache de profondes combinaisons. Je ne verrai pas là, du reste, avec quelques critiques, le résultat d'un art achevé ; j'y vois au contraire un procédé maladroit. Le poète qui doit nous faire assister à la conversion du héros et qui le conduira , sous nos yeux , des égarements de la jeunesse aux fortes pensées de la virilité, ne trouve qu'un moyen d'expliquer ce changement, c'est de supposer qu'il est déjà arrêté dans l'esprit du prince et que celuici, au moment même où il commet le plus de fautes, est décidé à s'amender. C'est la seule transition par laquelle Shakspeare sache rattacher l'un à l'autre les deux rôles si différents qu'il fait jouer au même personnage. Je crois que Racine aurait été plus habile. 11 n'aurait pas dépouillé le héros de sa candeur, pour lui attribuer une politique savante , mais il aurait montré l'influence insensible qu'exercent sur une nature jeune et frivole le spectacle des événements, l'importance d'un devoir à remplir et la menace d'une redoutable responsabilité ; il aurait prouvé sans peine que le même homme qui, en Tabsence de toute occupation sérieuse , aime le plaisir avec passion, peut, si les circonstances lui imposent une obligation inattendue , trouver la force et la vertu de s'y soumettre. Il aurait ainsi conservé l'unité du caractère, sans en altérer la simplicité. Shakspeare a tout sacrifié à l'unité. Il la conserve du reste admira-

blement, et fl a d'autant plus de mérite à le faire qu'il nous présente jusqu'au bout, dans le rôle de Henri V, deux aspects différents d'un même esprit, d'une part une modestie et une bonhcunie bourgeoises, et de l'autre, toutes les qualités du capitaine et du politique.

En associant la vulgarité à l'héroïsme, Shakspeare, dit M. Gervinus , développe la même idée que dans le Mar^ chand de Venise; il démontre combien la réalité l'emporte sur l'apparence et quelle injustice on commet quand on juge les hommes, non d'après ce qu'ils sont, mais d'après ce qu'ils paraissent être. Si l'on prenait Henri Y pour un épicurien sans mérite, ^n se tromperait, car il y a en lui l'étoffe d'un grand homme. Dans le Marchand de Venise ^ le roi du monde, c'est l'argent, et les personnages intéressants sont ceux qui le méprisent, Antonio, Bassanio et Portia. Shylock^ qui l'adore, est un méchant. Ici, dans une société guerrière et chevaleresque, c'est l'opinion qui gouverne, et chacun la flatte pour 'obtenir une renommée brillante. Henri y est indifférent , il ne cherche pas à éblouir ]a foule , et il tient plus à posséder réellement les qualités d'un prince qu*à les montrer*.

n y a du vrai dans ces réflexions, mais tout n'y est pas vrai. Henri ne méprise pas autant l'opinion que le croit le critique allemand; il la considère, au contraire, comme une puissance et il a soin de nous dire que, s'il ne la courtise pas dans sa jeunesse, c'est afin de lui arracher de plus grands applaudissements dans son âge mûr. Il ne cache pas ses folies et il ne s'inquiète pas de ce qu'en pense le vulgaire, mais il veut être un jour d'autant plus estimé et admiré qu'il l'a été moins d'abord.

I • Gervinus, Shakspearc, tome U.

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Ce qui est admirable dans la conception de ce carac* tère, tel que Ta compris Shakspeare, ce n'est pas tant le développement d'une thèse sur l'opposition de la réalité et de Tapparence, que le parfait équilibre qui s'y maintient sans cesse entre des qualités opposées, entre le goût des plaisirs faciles^ la gaieté familière, la simplicité des habitudes, et la profondeur des pensées jointe à la noblesse des sentiments. Dans quelque situation que se trouve le prince Henri, il y paraît toujours à son ai&e, et son langage, aussi bien que sa conduite, s'approprie sans efforts aux circonstances. Au sortir d'une scène comique où il s'est égayé, aux dépens de Falstaff, il entre dans le palais de son père et il répond aux réprimandesque lui fait le roi avec une dignité aussi naturelle que la verve plaisante qu'il déployait tout à Theure. « Ne me jugfôE pas si mal, dit-il. Percy me payera tous ces reproches. Un jour viendra où, à la suite d'un combat glorieux^ j'oserai vous dire que je suis votre fils. » En effet, dès qu'il est question de défendre les droits paternels contre des rebelles, il rencmce à ses plaisirs et il agit en prince. On le voit à cheval, aux premières lueurs du jour, rassembler les soldats qu'il commande, les encourager par son exemple, supporter, comme le dernier d'entre eux, les plus rudes fatigues de la campagne et conserver toujours sur son visage une sérénité fière qui inspire la confiance. Un de ses ennemis, qui l'aperçoit à la tête de ses cavaliers, le compare à un Mercure ailé.

Cette activité guerrière est sérieuse et simple, exempte de toute forfanterie et de vaine ostentation. Ce jeune homme, qui vivait tout à l'heure à la taverne avec d'obscurs compagnons, n'est pas ébloui par l'honneur qui lui est accordé de conduire au combat l'élite de la

chevalerie anglaise; il ne s'exagère pas, pour cela, son propre m^ite et il sait rendre justice à ceux qui ont déjà acquis une renommée glorieuse. Il ne craint pa« Percy, il est même décidé à se battre ainec lui, en combat singulier, mais il admire sa gloire et il lui enyoîe un cartel avec la modestie d'un novice qui Ta attaquer le plus illustre chevalier de son temps. < Dites à votre neveus dit-il à Worcester, que le prince de Galles se joint au reste de l'univers dans les éloges qu'il décerne à Henri Percy. J'en jure par tout ce que j'ai d'espérance, je ne pense pas qu'un gentilhomme plus brave soit aujourd'hui vivant, pour honorer notre époque de ses nobles exploits. »

Sur le champ de bataille, il se multiplie et il se jette partout au plus épais de la mêlée. Ses officiers, qui le voient légèrement blessé, veulent l'arracher au combat: « A Dieu ne plaise, répond-il, qu'une misérable égrati-r gnure éloigne le prince de Galles d'un champ de bataille où les armes des rebelles triomphent dans le eamage ^ > Il sauve la vie à son père qui s'en étonne et qui le soupçonnait de ne pas l'aimer. « Combienils m'ont calomnié, répond le prince, ceux qui ont dit que je soupirais après votre mort ! S'il en était ainsi, je n'avais qu'à laisser faire le bras insolent de Douglas levé sur vous. » Enfin il rencontre le redoutable adversaire qu'il cherche, il se mesure avec Hotspur et il le tue. Cet exploit gonflerait un cœur moins généreux. Pour son coup d'essai, le compagnon de Falstaff et de Peins, l'épicurien de la taverne d*East-Cheap a vaincu un héros. Mais il ne se glorifie pas de sa victoire, il est plus touché de l'inconstance du sort que de son succès, et il prononce sur le cadavre d'Hotspur quelques paroles empreintes d'une pitié doulou-

S2i SHAKSPEARE.

reuse. « Adieu, grand cœurl s'écrie-iril. Ambition mal tissue» combien tu es rétréciel Quand ce cœur contenait une âme, un royaume était pour lui un espace trop étroit ; mais maintenant deux pas de la terre la plus vile lui suffisent. Cette terre qui porte ton cadavre ne porte pas un seul vivant aussi intrépide que toi. Si tu étais encore sensible aux louanges, je ne te témoignerais pas une si grande estime (il détache son écharpe et il en couvre le visage de Percy). Permets que mon écharpe couvre ton visage mutilé. Je me félicite de te rendre, même à toi, ces pieux devoirs d* affection. Adieu et em* porte avec toi ta gloire dans le ciell Que Thumiliation de ta défaite dorme avec toi dans ton tombeau, mais ne soit pas rappelée dans ton épitaphe^ I »

Aucun sentiment de vanité ne suit la victoire de Henri, n n'en parle à personne et il laisserait même, sans regrets, à un autre Thonneur du combat. Falstaff, qui a contrefait le mort pour échapper à Tépée d'Hotspur, se relève quand il voit le héros par terre, lui donne un coup de poignard et l'emporte sur ses épaules, en annonçant que c'est lui-môme qui l'a tué. Henri ne le dément pas ; il lui dit môme tout bas : « Si un mensonge peut t'ôtre bon à quelque chose, je l'habijlerai des meilleurs couleurs que je pourrai trouver. »

C'est ainsi que le poète passe, en développant le caractère du prince, du ton de l'épopée à celui de la comédie. Il multiplie les contrastes et chacun de ces contrastes est une peinture de mœurs. Au retour de la guerre, Henri n'a point perdu ses habitudes bourgeoises ; il n'a du chevalier que le courage et les sentiments élevés ; il est dépourvu d'orgueil et il n'attache aucun prix

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