‹ Shakespeare (volume 2)Chapitre 6 sur 112 · PRÉFACE. XIII · texte numérisé non relu

PRÉFACE. XIII

yinus lui-même, dont les études sont si consciencieuses sur tout le reste, parle de nous comme si nous n'avions pas changé depuis le dix -huitième siècle, et s'escrime inutilement contre des idées qui sont mortes chez nous avec Tancien régime, n se fût épargné la peine de relever les nombreuses hérésies que renferme la lettre adressée par Yoltaire à TAcadémie, à propos de îa traduction de Le Tourneur , s'il avait bien voulu lire la leçon que M. Yillemain a consacrée à cette question dans son Cours de littérature. Il y aurait appris qu'il ne faut pas prendre pour un jugement définitif un accès de colère, et surtout que depuis un demi-siècle personne, en France, ne compare Shakspeare à un Gille couvert de haillons.

Puisque l'opinion redevient favorable à la critique française en Angleterre, et même en Allemagne où on l'a si longtemps et si injustement accusée de ne pas comprendre le théâtre anglais, le moment n'est-il pas bien choisi pour publier en France une étude complète des œuvres de Shakspeare ? Le seul reproche qu'on puisse encore nous faire à l'étranger, c'est de nous en être tenus sur ce sujet à des considérations générales ou à l'analyse particuUère de certaines pièces. Peut-être aussi sommesnous restés trop indifférents aux grands travaux des Allemands qui renferment tant de vues neuves et profondes pour qui sait les découvrir sous l'obscurité d'un langage abstrait. M. Philarète Cbasles, l'homme de

XIT PRÉFACE.

France qui connaît le mieux ce que publie la critique étrangère, nous a mis au courant de tout ce qu'elle avait produit, jusqu'à Tépoque où il à écrit ses savantes et spirituelles Etudes sur Shakspeare. Mais, depuis lors , des ouvrages importants ont paru ; ils éclaircissent plus d'une question relative à Shakspeare, ils mettent en lumière des parties trop négligées de son œuvre et ils rattachent plus étroitement son théâtre à celui de ses contemporains. Profitons donc de ce qu'ils nous ont appris. Les critiques, qui viennent après les autres, n'ayant point l'avantage de la nouveauté ont du moins celui d'être plus avancés au point de départ. La science de leurs prédécesseurs doit être pour eux comme une marée montante dont chaque flot les porte plus avant sur le rivage. Mais elle ne les conduit jamais que jusqu'à un point déterminé, après lequel il faut qu'ils mcurcheàt eux-mêmes.

Il serait iniftilé dé parler encore une fois de Shakspeare pour s'en tenir aux opinions toutes faites. Ceux qui osent le jiiè^r doivent surtout exprimer les impres^ sions sincères qu'ils ont ressenties en le lisant, et former leur jugement, ùon pôîtrt d'après des théories acceptées, mais d'après la comparaison de ses œuvres avec le sentiment du beau idéal que chacun porte en soi. D'ailleurs, un livre ressemble à un tableau. Ony cherche, sous l'intérêt du sujet, quelque grand qu'il soit, la main de l'auteur, même obscur.

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