CHAPITRE CINQUIÈME
Troisième période de la Tie de Sbakspeare. — Prédominance de l^élé- DMot tragique nr VHémmi endette dans lontM ses etneapUona. — Tragédies. — Bornéo et JulUUe. — Othello, — Dernières pièces dTamour. — Le roi Lear, Caractère épique de cette œuvre. — Mac^ heth. — * te merrolknx dans le draiM.-— Bamiet et la crittqne aOemaiida. — Hamlet est-il le personsage préféré de Slialupeare? — Timon d'Athènes. — Comparaison des caractères dUamlet et de nmen afae eëM do -pofSU*
Nous sommes arrivés à la troisième période de la yie du poète. C*est alors qu*il a composé celles de ses œuvres qui sont le plus connues en France. Son génie s'y écarte de la comédie, qui tient une si grande place dans la seconde période, et se tourne de préférence vers la tragédie. Sauf Bornéo et Juliette^ tous ses drames tragiques sont postérieurs, â 1600. Nous avons rattaché à dessein à la seconde période trois comédies qui furent écrites à la limite des deux époques, de h 599 à \ 600 : ce sont Comme il vous plaira, Ce que vous voudrez et Beaucoup de peine pour rien. Elles y appartiennent de toutes façons, un peu par la date, mais surtout par la nature des sujets qui y sont traités et par le ton d'enjouement qui y règne. Depuis lors, Shakspearen'a plus retrouvé la gaieté légère qui est un des traits de «a jeunesse, et même lorsqu'il
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pteisante, même dans des pièces où reparaît réiàment
comique, le fond est toujours sérieux, la réflexion a des teintes plus grayes, et sans dégénérer ni en mélane^ie, ni en tristesse, elle touche plus sourent aux problèmes les plus importants de la destinée humaine. C'est là le résultat de l'expérience de la vie, peut-être de quelque malheur que nous ne connaissons pas, ou simplement l'efiet de l'âge qui , en mûrissant les idées , tempère la verve des natures les plus gaies.
Les tragédies de Shakspeare ont été chesL nous la prin* cipde cause de sa popularité ; c'est par là qu*il a été c<Hinu du public français; ce sont là surtout les pièces que, depuis Voltaire, nous lisons, nous imitons et nous commentons. Pour beaucoup d'esprits, même qui se piquent de science et de curiosité littéraires, il semble que tout Shakspeare soit là. Le gros du- publie ne veut voir en lui que l'auteur d'Othello^ de Macbeth et à'Hamlet. On se taitsur le reste, non par dédain, mais par ignorance. Nous n'avons donc point à compter ici, comme dans les études précédentes , sur la nouveauté relative du sujet. La connaissance qu'on en a généralement nous dispense de longs détails et d'analyses. Il serait ridicule de vouloir disséquer, comme le font quelques critiques, des pièces que tout le monde a entre les mains, a lues ou veut lire. Il faudrait pour cela retrouver le courage avec lequel Ginguené a mis en prose la poésie du JRoland fw^ vieux. Ce qui reste à faire, ce n'est point de revenir sur l'étude détaillée de chaque tragédie, mais de signaler les découvertes que la critique a faites en Angleterre et en Allemagne, les idées justes ou les paradoxes qu'elle a semés, de remettre en lumi^ les grands côtés des principaux caractères et de dégager des commentaires.
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qai tantôt Véclairent et tantôt Tobscurcissent, la physionomie réelle du poëte.
Quand on aborde toutes ces questions, on s'imagine d'abord qu'elles sont résolues et qu'il n'y a plus rien à dire après tant d'écrivains qui se sont occupés du môme sujet. Mais, pour peu qu'on réfléchisse, on s'aperçoit que l'œuvre de la critique ressemble à la toile de Pénélope, qu'elle se défait et se refait sans cèsse^ en partie du moins, et que si, en définitive, elle approche inévitable^ jient du moment où son travail sera terminé, elle ne l'a pas encore atteint. On tombe d'accord avec les commenta^teurs sur certains points; on découvre chez plusieurs d'entre eux des aperçus ingénieux ; on voit briller çà et là dans leurs jugements des étincelles de vérité; on ne la voit nulle part apparaître tout entière, et c'est pour cela qu'on prend la plume.