‹ Shakespeare (volume 2)Chapitre 68 sur 112 · Romio et Juiktte, acf. nr le. U · texte numérisé non relu

Romio et Juiktte, acf. nr le. U

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formations, ii ne songe ni à dire adieu à ses parents ni à Toir frère Laurent, pour obtenir de lui quelques détails sur la mort de son amante. Il ne s'étonne pas que cette j jeune femme, qu'il a laissée pleine de vie, ait été si brus^ 1 quement frappée. Il accepte, sans commentaires^ le fait» | tel qu'on le lui apprend, et il en tire avec la logique de la passion une conclusion fatale. Son raisonnement est rapide comme la pensée. « Elle est morte, donc je dois mourir. » H ne se présente pas à son esprit d'autre idée que celle-là. U se tuerait immédiatement, si Juliette avait été enterrée à Hantoue, où il se trouve. 11 ne diffère son suicide que du temps nécessaire pour aller de Mantoue à Vérone, au tombeau de son amante. Les joies violentes sont suivies de ces désespoirs profonds qui ne veulent pas de consolations et qui se portent tout de suite aux résolutions extrêmes.

Juliette, dont le caractère est aussi passionné que celui de Roméo, n'agit pas autrement que lui. Dès qu'elle le voit étendu sans vie, à côté d'elle, elle n'a qu'un désir, celui de le suivre, et elle se poignarde. Shakspeare a peint, en poète qui connaît les orages de la jeunesse et de l'amour, ces sentiments exaltés, ces ardeurs brûlantes, ces actions précipitées, ces jouissances et ces douleurs infinies qui composent le tissu de son drame. Mais il n'a pas été seulement le peintre de la passion; il en a été le juge, et c'est là peut-être le trait le plus remarquable de son génie. Il n'y a rien, en effet, de plus difiScile que de s'identifier, d'un côté, avec des personnages passionnés, tandis que de l'autre on réserve toute sa liberté d'observation et qu'on analyse de sang-froid, en spectateur impartial, les événements qu'on vient de raconter avec émotion. U semble partager toutes les illusions et tout

Fenthousiasme des amants, et néanmoins, au moment où il exprime en traits de feu les agitations de leurs âmes, il jette sur leur conduite le regard calme du philosophe. La philosophie du frère Laurent n'est pas autre chose que le jugement que porte le poète sur le fond de la tragédie. Quand il parle, on croit entendre les réflexions que Fauteur se fait lui-même, à haute voix, en composant son œuvre. Sous le costume du moine, Shakspeare nous livre les résultats de Texpérience personnelle qu'il a déjà acquise et les opinions que lui a suggérées le spectacle du monde. Il a déjà étudié avec sagacité la nature humaine; il en connaît les faiblesses, les penchants contradictoires, les désirs impatients, les témérités accompagnées de longs espoirs, et suivies de profonds découragements, les infortunes ou imméritées ou provoquées par des fautes; il sait que l'homme se trompe souvent; il le sait, et néanmoins cette science de la vie ne lui a rien enlevé ni de son indulgence ni de sa sympathie pour ses semblables. Il sourit de leurs folies, il s'irrite de leurs défaillances et il leur rappelle quelquefois sévèrement leurs devoirs ; mais, en même temps, il est plein de com- ^ passion pour eux, il leur tend une main secourable, et tout en leur adressant de sages conseils il travaille à adoucir leur sort. 11 n'est plus ni aussi jeune ni aussi passionné qu'eux; mais il aime la jeunesse, il excuse la passion, et son cœur toujours généreux prend facilement le parti de ceux que sa raison condamne.

Shakspeare reconnaît ici, comme il l'a fait dans ses comédies, la puissance victorieuse de l'amour; il en raille avec finesse l'aveuglement, il en blâme les excès ; mais il n'essaye point de le combattre, il le croit plus fort que tous les raisonnements, et voyant qu'il n'y a au-

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cun moyen de le détruire, il ne cherche qu^à en atténuer les fâcheux effets, en le mettant sous la protection de la loi et de la règle. Le moine se défie des illusions de Roméo ; il accueille avec étonnement et arec inquiétude ht confidence de sa passion ; il Ta Taîssé amoureux de Roh> saline et fl le retrouve épris de Juliette. « Quei change* ment es<^ce là, lui dit-il? Quoi! cette Rosaline taoït aimée, fas-tu donc sitôt oubfiéet 0 jeunes gens, ce n'est pas dans le cœur, mais dans les yeux qu'est ^otre amour I » Le frère Lainrent a dH le mot vrai de la situ»» tion. n éprouve la surprise que doit ressentir tout homme raisonnable, en voyant la brusque métamorphose da jeune Montaîgu. Il juge, au nom du poète, la conduite de son ami, comme le fera le public. Sa fein ressemble à celle du chceur qui rappelle, au railiea des péripéties de la tragédie grecque, les principes de la sagesse éternelle. Elle domine le tumulte des passions et elle se fait entendre, dans tous les mom^its décisife, avec une httposante autorité. Elle résume chaque érénemesrt en peu de mots et elle en fait sortûr la leçon qu'il comporte. « Aime modérément, mon fifls, dit le moine à Roméo» quand il vient de Fimir à Juliette et qu'il est témoin de ses transports de joie ; e^est le moyen d'aimer longtemps. Les bonheurs violents ont une fin violente et meurent au sein de leur triomphe, pareils au feu et à la p<»idre qui consument ce qtf ils touchent V »

Frère Laurent continue à moraliser et il Bi trouve de fréquentes occasions. C'est chez lui que Roméo va se réfugier, quand on Ta banni de Vérone. Le moine a besoin de toute son énergie et de tout son bon sens pour

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