‹ Shakespeare (volume 2)Chapitre 82 sur 112 · JULES CÉSAR · texte numérisé non relu

JULES CÉSAR

Dans Coriolan^ le poète a suivi scrupuleusement Plutarque dont il a même copié les erreurs historiques. Dans Jules César y il rassemble des éléments que Técrivain grec a dispersés dans les Vies de César et de Brutus. Là encore il fait du peuple un acteur du drame, mais sans lui attribuer ni la même importance, ni les mêmes qualités qu'au temps de Caius Harcius. Il ne le considère plus comme un personnage indépeûdant et agissant par lui-même, il ne l'étudié que dans ses rapports avec l'action principale et il nous présente, en le mettant sur la scène, le miroir fidèle des sentiments qui agitaient Rome pendant le règne et après la mort du dictateur. Sur ce fond mobile des impressions populaires se détachent, comme dans Plutarque, les physionomies diverses des conjurés : Cassius,orgueill6ux et impatient de toute espèce de joug; Casca , qui sous une apparence de froideur cache une âme patriotique; Ligarius, qui a été personnellement offensé par César, et qui, quoique malade, prend part au complot afin de se venger ; Décimus Brutus , qui abuse de la confiance que lui témoigne le héros pour le faire sortir de sa demeure malgré les instances de Calphurnia , et qui le décide à se rendre au sénat où les assassins l'attendent.

Nous retrouvons dans Skakspeare les hésitations que

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le biographe anck» jurâte k Bratiia et mésm k& noyeiis (^ont se sert Cassius pour le décider, comme de Im fiNUpe des reproches sur son inertie et de lui adresser des billets anonymes qu'on dépose sur le siège du préteur ou qu'on attache à la statue de Pompée et à celle de son aïeul, le premier Brutus. Dans la pièce, aussi bien que dans rbistoire, ce qui porte les conjurés aux dernières résolutions, c'est le désir que laisse percer César de recei^cÂr la «ouraotte^ et }m twâati^ fuè &îl Asàmm en public pour la lui offrir. I» eMftpirtttioB éclate par d^ causes toi«t à ùàk htalociquet que le |Méte s'est bovsé à reproduire. Il peii^t, en «uiYant tonjowra d'aussi ptès^ le ti^te srec» la pr^Eniki^ aisemblée des oenqpirateiivs ohes BrutttSt )ea prédieliûDiS siitts4rea 9m sont £iites à Césur» et que celuH» méptise, les effi^rta iû liiéteur Artémiddire pour arriver jusqu'à l», la aoène du meustre el toutes les oofiséquettoes qu'elle eiktraiae^ la barangae de Bnttus au peuple» l'onison funèbre du dietatenr pfonoaoée pn Autoiae, l'énLOttoa peftulaire que ce dtseonrs produit el le soulëvemeRi qui oblige Bnitus et Cassius & fiiir.

Après ayoir tiré de la vie de César les trois premiefs act^ de la pièea» il tire les deux derniers de la vie de Brutus. n nous trasisportâ à l'anaée des tépuMicaim, il met en dialogue cette discussion orageuse des deux confurés quePlutarque a racontée; il fait apparaître, sous la forme du dlctateiur, le mauvais geste de Brutus,* puis it nous présente les différents épisodes de la bataille de Pbilippes, la victoire imprudente de Brutus, d<Mit les soldats se dispersent pour piller» à Vautre ailela défaite de Cassius qui, ne recevant aucune nouvelle de son ami, le croit vaincu aussi et se tue pour ne pas lui survivre, enfin la manœuvre babile par laquelle Antoine se porte

au secours cf Qertare et enrdoppe Bruttrs 4 sûu tour. Celui-ci se çrerce de soti êpèe, et la tragédie finit -avec sa vie.

Le sujet manque en app^rètice ffttuîté. îl setnMe que la piètre aurait ûd t^ termïuef «tu troîsîème atte, apt^s là mort de Césrar. Mais Shakspeare 's'*iest lialyitaê dans ses drames ïiistorîques à embrasser de gratids espacfes de tmups et à suivre plutôt îe dévfeloppetucut d'uu caractère que Celui d'une aeftion unique. Ainsi lï fait mouriT Henri ÎV, mi qTaatrième ^cte de la deuîSème partie de ffenri TV, et îl consacre le dernier acte ^ cette tragédie ^ la peinture des sentiments w>uveaux qtïe la possession de la couronne mspîi^ à Henri V. Ici, ce qui a été surtout la cause des teproches qtf on ia adressés au poëte, c'est le titre qtf il a donne à^on œfuvre. €omme la pièce est intitulée Jule^ Vêmr, tm cru watureftement que César en ëtaît le lièros tgt 'on s*est êtomië de le Toir mourir sitôt. Mais, pour peu qu'où y réftédiisse, on verra que c'est Brutus, let won César, qui len e«ft le per^ sonnage principal. Sairs doute te grand nom de €ésar plane sur Faction, même quand il rfest plus vivant; tfeisrt en souvenir de lui qu'Aaatohre et Ortave s^arment contre les conjurés, e* c*est en expiation tîe sa mort tiue ceuxci périssent. 'On peut dire quiB du fond de sa tomtm le dictateur exerce eucore une inSuence décisive sur^es destinées de sa U'âlîon-Èft sur le -sort de ses adversaires. Tel est le motif qui *a d* porter Sh Aspeare à doim^ pour tître au «drame , contre i&on hakitude constante , un nom qui n'est pas celui du héros dunt îl étudie les sentiments.

Orfon l'intitule Èrutm au lieu de intituler Cêmr, et Tou y retrouvera Vunitë qui parait y manquer, c*est-àdîre la seule unité (pïe poursuive le poëte , celle qui

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résulte de l'analyse d'un caractère unique. Ici il s*est évidemment proposé de retracer la période la plus remarquable de la vie du conspirateur depuis le moment de la conspiration jusqu'à sa fin tragique. L'habileté de Sbakspeare consiste à présenter les faits qui lui sont fournis par Plutarque non point comme un simple jeu du hasard, mais comme la conséquence inévitable des passions humaines. Il se sert de l'histoire, il la respecte scrupuleusement, mais il ne voit dans les événements que la part qui y a été prise par les hommes et il les explique par des causes morales. C'est grâce à cette conception première qu'il peut rapporter à un dessein général les nombreux incidents de son drame.

L'unité de Jules César , c'est celle même du caractère de Brutus. La pièce ne renferme rien qui ait été inventé, les faits s'y enchaînent dans un ordre rigoureux qu'il n'était pas permis au poète d'intervertir; et cependant il a donné à son héros une physionomie si vivante et si vraie, il a si bien saisi, parmi les sentiments qui l'animent, les motifs qui le font agir, que les événements tragiques semblent amenés non point ^ar la nécessité de se conformer à Thistoire^ mais par la force ou par la faiblesse, par les. qualités ou par les défauts d'un seul homme. On ne s'aperçoit jamais que Brutus se meuve dans un cercle tracé d'avance d'odil lui est impossible de sortir, tant il parait naturel et libre, tant il reste maître de sa destinée. Quoique nous connaissions la marche certaine que doit suivre la tragédie, une fois qu'il est entré en scène il la refait sous nos yeux et il dirige l'action jusqu'au dénoûment. Il tient entre ses mains son propre sort et celui de César. C'est après une longue délibération, c'est avec précaution et réflexion qu'il

agit. Il dépend de lui que César soit épargné, mais il n'a pas voulu qu'on répargnàt, et il provoque ainsi la guerre civile qui tourne contre la république et contre lui-même.

Ce Brutus n'est pas un personnage de convention^ créé par la fantaisie du dramaturge. Nous retrouvons en lui le héros de Plutarque. Il a eu une éducation virile, il a été élevé par Caton d'Utique, son oncle et son beaupère; il a entendu, depuis son enfance, glorifier la liberté et maudire la tyrannie; il a étudié la philosophie à l'école des Grecs et il fait partie delà secte sévère des stoïciens. C'est un des esprits les plus nobles et les {)lus cultivés de Rome. Cicéron, qui est bon juge, n'estime pas moins son mérite littéraire que sa vertu. Au milieu d'une société divisée par les partis, violente et corrompue, Brutus seul paraît animé de l'amour du bien public ; sans avoir ni accompli de grands exploits à la guerre ni pris une grande part aux événements politiques, il s'est acquis, par son patriotisme et par la pureté de ses mœurs, une popularité incontestable. C'est cette popularité même qui l'oblige en quelque sorte à agir, en le désignant à l'opinion publique comme le vengeur de la liberté.

Si son mérite personnel et les souv^rs glorieux de sa famille n'attiraient pas sur lui les regards, il préférerait la société des philosophes et des beaux esprits aux agitations du Forum et il semble plutôt destiné, par tempérament, à méditer et à écrire dans le silence du cabinet qu'à se mêler aux luttes sanglantes des partis. Pendant la guerre de Pompée et de César, il fait son devoir, rien que son devoir de républicain et il ne se montre nulle part pressé d'agir. Quoique ennemi personnel de Pompée, qui a fait mourir son père, il se rend à Pharsale pour servir sous le chef que le sénat s'est donné;

S54 MjittFiuaa^

ftiàto là «*est à peinte si la ft^erfe ^Httf e son irfitaâiti^Q ; tt «oiaMiiute dM titiirain «wsla toftte ; U yeiik 4e la bat^ flimédMie jtfd^^à otiè tetire wmoiè é% 1a Mât sur f«i InrMé pMIosofihiqil^ «Wi ttoiiger Mx dîkposiiMm^ militeiMs qd'tt fkm fteuùtèH «ns se^éoëtor des ftnte^^de Mil igéiiéPii. lia >b«teUte perdue il n'cfsiBaye ^^ <AWgft« tiiMr te iiMriftâw résittmm» il se retire à Lariésîe «t il «Mena les 'étiéiiMiMto. «Qnekims jrars «ippèKh «la ûÂt^a fMxafv^cdésar.

Oe T^ ^S0Giî ^(fte Iteates jom ttaiid ife ôMobeffi» Petite fecitité ateç tatqudle â Mccipie k» faits affiocntipKs oeA«v»ei^îBii4Hils4 len «hef 4ef)avti» ca;»sd)ie de sa«ver ia a>é|Ht-' Uiq«ie 7 Aeftenu ài R^diiii^ réaiist^il tes «spéKtsoes «de <0èuK i|ui 496 piaisent à ie xmtsiéév^ xfomme le déietoseor île ta KIwrté? H iacoopéeiin ^gauvremelue&tde fommuide César ; perdent «que oékii^ poursmA Gafeoii «( âoij^i<te en M4<yoe, Brutes adiftkristae ^hiiknrle ctsa^pise. Q feit fiTéu^ (6me^ ses toiettens dMi«niainté, <ée :gér»érosilé, de <Aéâiitérèss€MieiiA et de teiftes Itss vertas <4ui ktm&Kfid Qji f^^tksvlkir^ mais il 4i'y «dépkne 4NMuae diis ^i^ndAs qualités <lpli ifltdripieBt «m génie f>eiiii4[tie. A RcHSte %ïèiÉè^ 19 ^^ itréteftn*, tl r^d la justice laipiec fertmeté et -««(^ ihilégrité^ «Miis il aie Mrt ^piotat des iimites de sa <Mrgè ; il n's^^e^ift à4iri^lestaffaireseii(;<il s^nbie ne côtiijê^^^ M&uti piaaft )fyèui* la déftî^aiice de Ja patrie. 'Sans 'A^rt^, il Hè de^èttKlFait jimaite le ^cbef de Sa «oen»^ pit^iôû 'otir^ è^if)^ C>é^t, ls*il if^âAt p«»rtë «en feielfaé «sotte à ce patig pat r<^iï(î€m générale, par l>ës<ittfe ^*«5 ^ënatetrrs ïépul>ficains et pa»r l^aôresse a^c la^udfte les conjures ttietteiA sa pôpula»fté m 'servieecte te«r û^in^.

là %alê droSt qu'il -a 'é*é Pftme 4e la «oewispiraftie» ; «ffiats,'enyïeg«ra«at de plûS près w&c 'P!hrtar^è, ^q»ue

TRAGÉDIES tlt)MAtNES. SS5

Shakspeare a biefn compris, oti voit qu'A tf ït comfnencé à agir que sous TinfluiBnce (Tinspimtions -étrangères, €* qu'il ne prend en maïn la direction du cottiplot qu'après avoir essaye de se soustraire à Tobligation de vierser le sang. En effet, il n*a ni le goût des entreprises nSîe désir de l'action. Ce n'est pas non plus un homme violent qm pousse les passions politiques jusqu'à la înreur. (Juoîqtïe appartenant à la secte des stoïciens, il tfa pas !è caractère dur et un peu fàroucte i^u'tm attriîwte m général aux phîlosôplies de cette éccïe. ïleprësentonsnous, au contraire, unliomme de mioeurs douces, htimarm comme un Grec, naturellement sensiMe *et renommé parmi ses compatriotes par des vertus presque étrangères au génie romain, par ITiumanité et par la pitié, ïtait-cie bien là le conspirateur qui devait, éè sangfroîd, prèmëdîter un complot, tendre un piège à César et l'égorger, par trahison, au milieu du sénat?

Sa situation ressemble à<îeTlèd'^afn'Z&ir, qui aété remanié pour la troisième fois l'année même 'oùftrt «écrit Jules 'Cësar. Ses sentiments Sont en désactrord avec le devoir que lui imposent les circonstances, tl y ia de l'janalogfe entre ces deux personnages. Seulement Brcftns est un Romain et non un liomme du Nord, et, cîhez le Romain le plus phflosophe, il y a toujoirrs au besoin Tëtoffe d'un homme d'action. Comment ce penseur pacifique esft-fil amené à agir ?

•Shakspeare a voulu que ce fltt làlenoemd defe pièce. Il explique le fait par l'intervention de tJassius, véritable type du conspirateur, soldat énergique et habîl», «ftt'AUOUBi scmirttk B'aiTéte« ^i est décidée réussir et à employer potïr cdia tous les moyens. Cassius n'a p0mt assez de crédit pour se mettre à la tète des conjures ;

mais il y place son ami en lui persuadant, tantôt par des avis directs, tantôt par des avertissements secrets, que Rome a les yeux fixés sur lui. Il ne triomphe pas du premier coup des régugnances de Brutus ; il a besoin de revenir plusieurs fois à la charge et d'être aidé par les circonstances. Le désir que témoigne César d*êtrc couronné vient à son secours. Cette ambition du dictateur, si contraire aux sentiments des vieux Romains, semble autoriser le meurtre. Cependant Brutus n'est pas calme ; il ne se prépare pas sans inquiétudes à cette action terrible que le patriotisme conseille, mais que l'humanité condamne.

Plutarquenousle montre, et Shakspeare après lui, dans les jours qui précèdent le meurtre, sombre et absorbé , comparant sans cesse en lui-même les motifs qui doivent le décider à agir à ceux qui Fen empêchent, et ne dominant ses hésitations que par la force du raisonnement. Lui que César a épargné, qui a été honoré de sa confiance, qui a obtenu pour ses amis toutes les faveurs qu'il a demandées, lui qui ne peut pas ne pas admirer tant de génie et tant de gloire, et qui doit être nécessairement touché d'une clémence si rare dans le monde romain, il faut qu'il frappe un homme qu'il aime tendrement, comme il l'avoue, et qu'il verse le sang de celui qui n'a pas voulu verser le sien. Brutus ne prend pas, sans de cruels combats intérieurs, une résolution si grave. Les sentiments tendres que lui prêtent Plutarque et Shakspeare, son amour pour Porcia * , son attachement pour son jeune esclave Lucius, les regrets que lui cause,

1. M. Saint-Marc Girardin a étudié, avec la pénétration et la Justesse habituelles de sa critique, le caractère de Porcia. — De Vamour conjugal dans Shakspeare, Magasin de Librairie, t. VIII.

après la bataille de Philippes, la mort de ceux de ses compagnons qui ont été tués, nous apprennent assez comment il sait aimer. Il a besoin de beaucoup d'énergie pour résister aux considérations puissantes' qui devaient le détourner de la conspiration.

Ce qui le décide, c'est que, malgré la douceur de ses mœurs, il a reçu Féducation des vieux Romains. Il a entendu dire, depuis son enfance, que le patriotisme tient lieu de toutes les vertus et qu'il n'y a pas de citoyen qui ne soit obligé de sacrifier à son pays ses affections les plus chères. Il croit servir Rome en la délivrant de César, et cependant il voudrait ne pas commettre le meurtre : «.Oh 1 si l'on pouvait, dit-il, tuer le dictateur sans verser le sang ! » Mais il agit par devoir, comme le premier Brutus qui a livré à la mort ses propres fils, comme Manlius qui a condamné le sien coupable de trop de courage. Aux yeux d'un vrai Romain,* la patrie est plus sainte que la famille et que l'amitié. Quel que soit son attachement pour César, il égorge César parce que César a attenté à la liberté. Sous l'ancienne république, il aurait accusé publiquement le dictateur d'aspirer à la tyrannie et fait prononcer contre lui la peine de l'exil ou de la mort. Mais lorsque les lois sont suspendues, lorsque l'usurpation est déjà un fait accompli, et qu'il ne reste plus un tribunal indépendant devant lequel on puisse trahier l'usurpateur, il en appelle à la force contre celui qui a employé la force pour s'emparer du pouvoir. .

Nul doute que Brutus ne se crût un grand citoyen en agissant ainsi. Il estimait qu'il avait bien mérité de la patrie, et, sous Tempire de ce patriotisme féroce, il violait la loi morale qui est supérieure aux devoirs politiques, et qui condamne le meurtre. Il en fut puni par le

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i^sultftt ; c&r il s'^pBtç^t liientôt qu^il svidt conittiîs wâ crime inutile, li âvfttt^u qu'il «ttfflfi»it<iè twsr le tyran pout tuer la tjrànnie ; mais la tyrannie bmH, aeift racines dans les mo&urs p«blii()uei^ «t le peuple, liwé t lui* même, devait courir «UHlevant de tai servitode. D'aîl'^ .ettrs, quand on vemt tranclier une quedâon politique, il ftmt être tm hoffîme politique, Or, Brutus ne r^tsât pas. n voulut faire m oompromis entre la loi moraile et la loi de Ftetérét pubKc, «e téàigner à être un assassin povf sati^re à oeUe^ « mais ne rétrè q^u'une lots afin *de ae pas trop «'éoarter de oeUe4à. n ne sut être ni tout â fait liertaeut> ni to«t à£u4'oriminel, ^ il prit unede ees -denûmesures ^qui, pour ««uvèr un reste 4e vevtu^ ei&i^êcheiit ée tîper d'va erime tout k bten qu'on mi attendait

OooMne le kd refM*ocbe Ptatarque, il cornant deux ftutee igraves pour un edn^irateur^ il laissa vi^rre Aaloine^ le iientetfant <ie Oésar^ Tbàritier de ^s pnigets, Antoine qui allait se sortir de «a ^toire ^litrâ*e ^ de i^i^^pmi des vétérans p<Mir s'emparer d« pouvoir, et il lut penmt do proiiooe«r devant le ^uple Toraisi^ lusiëbre du didtatevHr^ €es fautes lontsans doi^ Itonnectr nu oaraotèns de Bruttis ; «Ues s(»it oelles d'wi ^p&aA 'Ofleur. Mais il »e «'agissait point ici 4e ftiagnanimité. Puisque Bmtus croynit te meur^ nécessaire et qu'ilôt ivait pns 9a M^onsabiUté^ il fallait qu'il en acceptM Hioutes l6s cottsé(fu«tices lei qu'il ne reculai devaiat awcuti des a($(es qu'eatigeait le salut «de la patrie. Qn'^tai^e ¥pCmii ^a^sassinat de }flta& pour des boaimee ifai étaient ^ p^i^a^és de leur dmit, et «qui allaient frapper sur ^n i&iége le maître dm ancMle ? lia «nort d'Amkoinei, qui n'^^urtiait presque nen À l'horreur du ontte, pouvait du «aetes en assurer le sueicàs. Cssains 4ieul «vaitconopriB

eette pëcessilë, et Yéfémmmà pMMiw qu'il «vatt rûsoa. les coni^irateitrs m p«rdiraftt« |»ajrc% qii'ib lai«5^reiil à r^mi de César 1& dvait de raf^ter m» Vi^vMii^ ik aji peuple to tempe de juger leur «ouduiii^

Du reste , leur incapacité se révèle en toute ocoaiÎM. Au lieu de s'être assuré d^ayane». \m t^lle ce de» piurtisans à RoBoe, au sié^ mèmei ds la pimiMee^ romaiw^ ils s'^fuient de la viUe préeipitefiweiitet ijb livrent i TeonMii le sénat, le Forum et rapf«rfi»c« de(l*iautofij([fe C^est à R<M»e qu'il fallait engager la lutte et QMMirir au besoin, s'il ne restait que ee im>;en de défendire la liberté. ' En quittant l'Italie et surtout en se réfiigiani en Asie» ils semblent abandonner la cause qu'ils ont embtasaée eâils laissent à leurs adversaires te titre de généraux de la ré{>ublique. Cette faute les oblige à tirer toutes leur* ressources de pays lointains, sîtué^ aux extrémités ée l'empire et à se servir contre Rome des anciens enne^ mis de Rome vaineus par elle. C^est la molle Asie, c'est la Gk*èee dégénérée qui leur fournissent des troupes à Philippes; tandis qu'ils ont abandonné à Antoine et à Oc-r tave les meilleurs soldats, les légions de FOecident.

Sur k cbamp de bataille, que de fautes encore ! Combien il eût été plus sage de ne pas livrer de combat et d'attendre que l'armée des triumvirs se fftt épuisée» faute de vivres, dans un pays hostiie ! Mais Brutus n'a que des inspirations malheureuses; il semble réeUemeiftt qu'il soit puni de son ertme par l'aveugleoaent deson esprit* C'est lui qui veut combatte, malgré l'avis de Cassius ; c'est lui qui choisit le poste le plus important qu'il au^ rait dû céder à son collègue dont il connaissait Texpé» rience; c'est lui qui attaque, avec témérité, dans le plua grand désordre, le camp d'Octave et qui, sans songer

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à couvrir les flancs de Farinée de Cassius, Fexpose â toutes les attaques d'Antoine. Il fait perdre la bataille à son ami, il est cause de sa mort et le lendemain il couronne toutes ses fautes en se tuant de sa propre main.

Shakspeare n'a pas insisté sur ces erreurs de son héros, mais elles ressortent clairement de la marche même de la pièce qui est restée conforme aux données de Plutarque. Ce qui relève le conspirateur et ce qui intéresse à lui jusqu'au dernier moment, c'est l'élévation de ses sentiments, c'est ce mélange de sensibilité et de courage que lui attribue le poète et par lequel il est supérieur à^ tous ceux qui l'entourent. Quoiqu'il se soit trompé, quoiqu'il ait été dupe d'un sophisme, il n'aque des intentions généreuses et patriotiques , il ne songe point à luimême, il ne s'occupe que du bien public. Tandis que César aspire au. trône, qu'Antoine cherche à établir sa popularité sur les débris de celle de son maître et qu'il s'associe avec Octave pour proscrire les meilleurs citoyens; taadis que Cicéron ne figure dans cette période de l'histoire que comme un orateur occupé du succès de ses harangues, et que Cassius a pillé les villes de l'Asie, sous* prétexte du bien public, Brutus seul, vertueux, indépendant, désintéressé, a les yeux fixés sur le devoir et croit le remplir, lors même qu'il le viole. Son caractère est grand et vaut mieux que ses actions. Le poète le grandit encore en lui sacrifiant César.

C'est là le seul reproche que mérite cette tragédie. Shakspeare s'écarte de la vérité historique quand il donne à l'assassin la supériorité sur la victime. Il ne peut le faire qu'en altérant la physionomie du dictateur. Aussi conçoit-il un César de convention, bien différent

de celui de Plutarque, un César arrogant dont le langage emphatique contraste avec la simplicité des Corn" mentûires qu'a respectée Técrivain grec. Il ne nous parle pas des hautes pensées qui occupent jusqu'à sa dernière heure le maître du monde; il ne nous dit pas que son génie prépare de nouvelles conquêtes au moment où le poignard des conspirateurs va le frapper. Surtout il ne met pas assez eu lumière sa générosité, sa clémence et cette liberté d'une grande âme qui estime assez ses ennemis pour ne prendre aucune précaution contre eux.

On justifie mal cette conception de Shakspeare lorsqu'on prétend, comme l'ont fait quelques critiques i qu'ayant pris pour sujet la vie de Brutus et non celle de César, il a le droit de ne montrer que les côtés faibles de celui-ci, sa vanité, son ambition de régner et son insolence, afin de motiver la conduite des conjurés. Le parti pris de ne dire qu'une partie de la vérité n'excuse pas celui qui le prend. Rien n'obligeait le poète à suivre le plan qu'il a adopté, et l'on ne met pas son œuvre à l'abri de toute objection en invoquant un choix qu'il a dépendu de lui de ne pas faire. £n tout cas, il faut reconnaître qu'ici, contre son habitude, il a manqué d'im- « partialité. Je sais bien qu'il redevient impartial dans l'admirable discours qu'il fait prononcer par Antoine devant le peuple. Mais il ne suffit pas, pour être juste, de louer César mort ; il ne sufiit même pas de donner son nom à la pièce pour attester sa grandeur. Celle-ci eût dû paraître davantage dans le rôle de César vivant.

Il y avait une autre manière de comprendre le sujet

C'est celle à laquelle Voltaire s'est arrêté et qui donne

encore de l'intérêt à la pièce, quelque inférieure qu'elle

362 SHAKSPBARB.

soit, du reste, à celle de Shakspeare *. Quelle source de pathétique ne pouvait-on pas tirer du contraste que présentent, dans le récit de IHutarque, le calme, la sérénité > du dictateur, la noblesse de ses derniers moments et Fimpatience fiévreuse, les inquiétudes qu'éprouvait les •conjurés avant de firapper lear victime, leur acharnement baii>are quand ils la irappent, et leur impuissance après sa mort 1 11 résulte du rapprochement de ces deux tableaux une grande leçon morale. La victime parait supérieure aux assassins. S'il y aquelquepart de Théroîsme, n'est-ce pas, comme Ta montré Voltaire, dans la magnanimité d'un homme qui, pouvant s'entourer d'une armée fidèle, pouvant se choisir une escorte parmi les vétérans qui ont combattu avec lui en Gaule, en Afrique et en Asie, n'a pas voulu attacher un seul garde à sa personne, pour ne pas disputer sa vie au poignard de ceux qui veul^it la prendre; qui, malgré des avertissements réitérés , des présages de toute nature , les angoisses d'une ^&mme et les conseils de ses amis, se rend seul an sénat le jour même où on T^igage à se défier des républicains, ^t ne fait réussir la conspiration que parce qu'il a le courage de ne pas la craindre? N'estn^ pas cette audace et ce mépris de la mort qu'il faut admirer plus que la fermeté de quelques âmatiques- qui ont tous accepté de la main de César une vie qu'il pouvait leur ôter , des largesses et des charges publiques, qui profitent de sa confiance en eux pour le trahir, qui invoquent sa clémence habituelle pour avoir un prétexte de s'approcher de sa personne, et qui réunissent leurs efforts pour égorger lâ-

1 . Je ne compare pas les deux pièces. U n'y a rien à ajouter à la comparaison qu'en a faite M. Villemain, Tableau de la littérature au duc* Muititme siècle, 9* lei^n.

chement celui que les pirates et les ennemis de Rome ont respecté?

Si Shakspeare s'est privé de l'élément pathétique que râsfermait cette situation en prenant le parti de Brutuscontre César, du moins il n'a dissimulé aucune des fautes des conjurés, et, toujours occupé de satisfaire à la loi mcNrale, il les a punis de leur crime par les conséquences de leur crime. Il ne perd jamais de vue l'idée de la responsabilité qui s'attache aux actes de chacun» et il la suit à trav^s les discordes civiles de Rome, comme il Ta suivie en étudiant la guerre des deux Roses. Derrière chaque événement il montre la main de l'homme qui Ta provoqué et qui en portera la peine.

On peut dire que , pour chercher le point de départ moral et historique de sa pièce, il remonte jusqu'à la bataille de Pharsale. C'est la défaite de Pompée qui cause la mort de César, celle-ci entraîne le suicide de Brutus et de Cassius, qui à leur tour sont vengés par la guerre que se font Antoine et Octave. H y a donc un lien étroit entre les deux tragédies de Jules César et à' Antoine et Cleopâtre. Dans la pensée de Fauteur aussi bien que dans Tordre chronologique, l'une est la suite de l'autre.

ANTOINE ET GLEOPATRE.

La tragédie de Jules César nous a déjà fait connaître Antoine. Nous l'y avons vu paraître comme le favori de César, puis comme son vengeur heureux et habile, ramenant le peuple par son éloquence, et enfin comme le

384 SHÀKSPEÀRE.

rainqueur de Brutus et de Gassius à la bataille de Philippes. C*est le temps de sa prospérité. Ses défauts sont déjà apparents , mais il les cache sous la gloire. On sait à Rome qu'il a commencé sa vie par le scandale. Tout jeune, il s'est livré à la débauche et il est parti pour l'armée , laissant derrière lui des dettes considérables. On Pa vu se livrer au plaisir avec fureur, prolonger ses repas bien avant dans la nuit et en sortir souvent la tête alourdie par le vin ; on l'a vu réunir dans sa maison des comédiens, des bouffons et des courtisanes. Ses prodigalités insensées et son luxe l'obligent à piller les deniers publics; il est avide, il a sans cesse besoin d'argent, il accable d'impôts l'Italie et les provinces, il falsifie te testament de César, afin de se faire une plus large part dans sa succession^ et il proscrit les citoyens riches pour s'emparer de leurs biens.

Mais certaines qualités le rendent populaire parmi tes gens de guerre. Son extérieur martial et sa haute tailte plaisent à l'armée. Il prétend descendre d'Hercule, et, pour justifier cette origine, il porte toujours à son eôté une large épée qui ressemble à une massue. Il a l'humeur joviale et plaisante ; quoique élevé à l'école des Grecs et nourri des plus pures traditions littéraires, il aime le langage du peuple , il s'entretient avec les soldats; simplement vêtu comme eux, il s'assied à leur table, il mange à côté d'eux, il rit de leurs grossières facéties et il y répond sur le même ton; il se moque de ceux qui sont ridicules et il permet à son tour qu'on le raille. Un jour de combat, il a des inspirations soudaines qui lui assurent la victoire. Seul, parmi les lieutenants de César, il devine, dans une circonstance critique, l'embarras de son général , et , à travers de terribles obstacles , il lui

amené des troupes fraîches. Depuis lors il devient le favori du chef. Celui-ci lui confie à Pharsale Taile gauche de son armée, qui décide en grande partie du succès de la journée. Après la guerre d'Espagne, César le promène dans son char' à travers Tltalie, comme pour l'associer à son triomphe.

Le souvenir de la faveur que lui accordait le dictateur et sa popularité sont assez puissants pour qu'il l'emporte à Rome sur les conjurés et qu'il les chasse de la ville dont il reste le maître. Le combat de Phillipes met le comble à sa gloire. Deux jours de suite, pendant qu'Octave, malade ou inquiet, s'est éloigné de son camp, qu'il a laissé envahir par Brutus , Antoine gagne la bataille, n peut alors se considérer comme le plus grand général de l'empire. Brutus et Cassius ont péri; Lépide compte à peine; Octave, qui n'a pas encore commandé de sa * personne , ne peut se comparer à lui. Ce fut précisément l'excès de cette gloire et la confiance absolue qu'elle lui donna en ses propres forces qui le perdirent. Débarrassé dfr la guerre civile , maître d'un tiers de l'empire , il ne songea plus qu'à jouir de la puissance et il s'endormit dans les voluptés de l'Orient.

C'est à ce moment de la vie d'Antoine que Shakspeare commence sa tragédie. Antoine a reçu à Tarse la visite de la reine d'Egypte, il a été subjugué par le charme de sa beauté et de son esprit, et il l'a suivie à Alexandrie. Là, ils mènent ensemble cette vie inimitable que raconte Plutarque. Des événements graves arrachent une première fois Antoine aux plaisirs de l'Egypte. La mort de Fulvie le ramène en Italie. Il revoit Octave et Lépide ; il conclut avec eux et avec Sextus Pompée un nouveau traité. Les triumvirs expliquent et se pardonnent leurs

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griefs réciproques. Pour cimenter cette alliance, Antoine épouse Octavie, sœur de César. Hais rien n'est plus fragile que les liens serrés par la politique. Gléopàtre attire Antoine comme un aimant irrésistible. La réconciliation des deux rivaux a lieu au second acte de la tragédie. Au troisième, nous les trouvons déjà brouillés.

Antoine, à qui le sort a attribué les provinces de l'Orient, se pénètre peu à peu de Tesprit qui y domine, esprit hostile à la domination romaine ; il ne veut pas que son empire relève de celui d'Octave dont il est l'égal, et il se crée une capitale indépendante de Rome. Il réunit sous sa main des peuples que la république a vaincus, mais qui ne lui pardonnent pas sa victoire, et qui aspirent à s'en venger. Antoine se fait, presque malgré lui, par son séjour en Egypte, le représentant de ces colères et de ces espérances. La ville qu'il habite, Alexandrie, peut devenir la capitale d'un second empire. Aussi riche, aussi peuplée, elle a l'avantage d'être mieux située que Rome. Son port reçoit des bâtiments qui viennent de toutes les parties de la Méditerranée et qui y apportent les produits de l'Europe, de l'Asie et de l'Afrique. Antoine possède également les deux autres routes de terre du commerce de l'Orient, Palmyre et le Caucase. Il rassemble donc les éléments d'une puissance formidable. C'est à Alexandrie que se sont réfiigiés les arts et les lettres de la Grèce. Une population de savants, d'écrivains et d'artistes lui donnent une splendeur qui éclipse celle de Rome. Aux yeux des Grecs, l'Italie paraissait encore barbare. Il semblait que l'Orient seul fût lapatrie du beau. Les Romains eux-mêmes contribuaient à entretenir cette illusion en venant chercher dans les villes de la Grèce et de l'Asie les traces du passé, les souvenirs de la phUo-

sophie'etde réioquènce anciennes, richesses qu]ils n'eussent pas trouvées dans leur patrie.

Au milieu de ce monde éloigné, ennemi de Rome, Antoine oublia la ville éternelle. Il se crut assez fort pour se séparer d'elle et pour constituer un empire oriental. Ce fut là, avec son fol amour, la cause de sa chute. Il eût dû se rappeler que Brutus et Cassius s'étaient perdus en s'appuyant sur l'Asie. L'Occident renfermait plus d'éléments de force et de vie que l'Egypte, la Syrie, la Palestine, l'Asie Mineure, la Grèce, cet héritage d'Alexandre. C'est de l'Occident que sortaient les plus braves soldats, les Italiens, les Gaulois et les Espagnols. Enfin, l'esprit romain n'était-il pas là représenté par le sénat, par le • peuple et par l'armée, toujours confiant dans les destinées immortelles de Rome, qui devait conquérir le monde, sans jamais être conquise? Les Occidentaux, sentaient leur supériorité sur les Asiatiques et sur les Africains. Aussi les citoyens romains ne purent-ils pardonner à Antoine ni sa longue résidence à Alexandrie, ni surtout les prétentions qu'il élevait en faveur de cette capitale. Lorsqu'il revint de la guerre des Parthes, après avoir livré dix-huit batailles , il alla triompher dans la ville des Ptolémées. Il enlevait ainsi à Rome l'orgueil et les profits du triomphe , pour flatter une cité rivale*.

Dès lors, il fut facile à Octave d'envenimer les griefs des Romains contre lui et de le présenter comme l'ennemi de la république, qu'il méprisait si ouvertement. Chaque messager qui arrivait dans le Forum annonçait un nouvel outrage d'Antoine à la majesté romaine. Il

1 . Histoire de la république romaine^ par M. Michelet. — Histovfe des Romains, par M. Dnrny.

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siégeait sur la place publique d'Alexandrie, en costume d'Osiris, à côté de Cléopfttre déguisée en Isis. Il prenait le titre de roi, si odieux à Rome, et il partageait l'Orient, eomme une terre dont il aurait été l'unique possesseur, entre les enfants de la reine d'Egypte. Les artifices de Cléopâtre ayaient éloigné de sa personne les vrais Romains, qui auraient pu l'avertir de ses fautes. Les ambassadeurs qu'on lui envoyait de Rome ne pouvaient pénétrer jusqu'à lui, et s'en retournaient convaincus qu'il méritait toutes les accusations dont il était l'objet. Sa conduite vis-à-vis de la vertueuse Octavie indignait tous les cœurs honnêtes. Il l'avait renvoyée en Italie, puis chassée honteusement de sa maison de Rome pour satisfaire la jalousie de Cléopâtre.

Ainsi Antoine multipliait les fautes', et, pendant ce temps, Octave ne perdait pas une occasion d' affermir son autorité et de se faire aimer de l'Occident. Entre deux hommes si différents et qui représentaient l'un et l'autre des principes ennemis, la guerre devait infailliblement éclater. Elle éclata, en effet, et ce fut la lutte de deux races.

L'armée d'Antoine se composait surtout d'Orientaux, de soldats levés dans ces provinces de l'Asie qui avaient été si facilement vaincues par le génie romain. Beaucoup de ses vétérans avaient péri dans la guerre des Parthes, et il avait fallu combler les vides par de nouvelles levées faites en Orient. Celle d'Octave, au contraire, ne se composait que de soldats d'élite, de légions italiennes, espagnoles et gauloises. Cependant le génie militaire d'Antoine aurait pu égaliser les forces si l'on avait combattu sur terre.

Mais Cléopâtre voulait une part dans la victoire, elle

amenait soixante vaisseaux et elle décida son amant à combattre sur mer» dans les conditions les plus défavorables, avec une flotte mal construite et mal équipée, avec des bâtiments trop lourds et avec des marins levés à la hâte parmi les ouvriers, les muletiers et les laboureurs du Péloponèse. Antoine ne pouvait prendre une résolution qui fbt plus agréable à Octave. Celui-ci mettait au contraire en ligne des vaisseaux légers, habitués aux manœuvres les plus rapides, montés par des matelots qui venaient de soutenir une guerre maritime contre Sextus Pompée. Et cependant, malgré tant de chances contraires, Antoine n'eût peut-être pas été vaincu, à cause de Tascendant qu'il conservait encore sur les soldats et de la direction qu'il pouvait leur imprimer un jour de bataille, s'il ne s'était pas abandonné lui-même. Lorsqu'il vit les 60 vaisseaux de Cléopfttre traverser la flotte ennemie et cingler vers le Péloponèse, il suivit la reine d'Egypte, avec une seule galère, cédant la victoire et l'empire du monde à son rival.

On est frappé, en lisant le récit de Plutarque, de l'influence que peut exercer la passion sur le génie de l'homme. Telle est aussi la pensée qui domine dans le drame de Shakspeare et la leçon que le poète veut tirer des événements. L'histoire renferme un sens caché qu'il dégage. En déroulant devant nos yeux la vie du triumvir, en nous faisant assister aux luttes intérieures que se livrent dans son âme la passion et le devoir, en analysant jusque dans ses replis les plus profonds ce caractère si complexe, si capricieux, si naturellement porté aux grandes choses et si capable néanmoins de commettre des fautes, Shakspeare explique les faits par le jeu des sentiments.

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Antoine aratt des qualités h^oîques. Il excite plus d*une fois notre admiration dans le cours de la pièce par la noblesse de son langage. Il aime et il sait «itendre la ▼érité. n permet à un envoyé de Rome de lui raconta ce que disent sur son compte les Romains, il méprise les flatteurs et il encourage la sincérité. « Celui qui vient me dire la vérité, s*écrie-4-il, la mort fftt-elle au bout de son message, je l'écoute avec une attention bienveillante. » Le langage constamment ironique de Domitius Énobarbus lui platt par sa franchise militaire. Luimême est franc et ouvert. Il ne cherche pas à se donner l'apparence d'une vertu qu'il n'a pas. Rien n'est plus opposé à son caractère que l'hypocrisie. On pourrait loi reprocher au contraire de ne pas tenir assez de compte de l'opinion publique, de manquer d'habileté dans sa conduite et de ne pas jeter un voile sur des faiblesses qu'il serait facile de dissimuler. Sa loyauté éclate dans son entretien avec les deux triumvirs, Octave et Lépide, et avec Sextus Pompée. II se justifie des accusations injustes qui pèsent sur lui, mais il avoue noblement qu'il a pu se tromper quelquefois et if en d^nande pardon à ses collègues. Il est faible, mais il est sincère.

Ce qui nous intéresse surtout à lui, ce qui nous le fait aimer, malgré ses vices, c'est une sensibilité virile, une tendresse généreuse pour ses amis, que ni la prospérité ni le malheur n'affaiblisse. Après la bataille d'Actium, malgré le chagrin et la honte qui l'accablent, il trouve encore la force de songer aux intérêts de ceux qui l'accompagnent. « J'ai un navire chargé d'or, je vous le donne, leur dit-il ; partagez-le entre vous, fuyez et faites votre paix avec César. » La trahison d'Enobarbus n'excite en lui ni colère ni désir de vengeance ; il en

gémît, parce qu*il perd un ami qu'il croyait fidèle, mais il n'oublie pas combien le feraltre lui a été cher, et il lui renvoie dans le camp de César tous ses trésors et tout son équipement militaire. H arrache des larmes à tous les siens lorsque, la veille de sa mort, dans un dernier banquet, il les remercie de l'avoir servi jusqu'au bout avec tant de dévouement, et leur fait ses adieux.

Ce qui le tue, c'est la mort supposée de Cléopâtre. Dès lors tout est fini pour lui. « L'astre qui éclairait ma route s'est éteint, s'écrie-t-il ; il ne me reste plus qu'à mourir. » Il ne délibère pas longtemps avec lui-même. Son parti est pris sur-le-champ. Et lorsqu'on l'apporte mourant dans le tombeau où s'est renfermée la reine d'Egypte, il ne lui adresse pas une parole de reproche, il ne se plaint pas qu'elle hxi ait fait perdre tout le prix de sa vie, sa fortune, sa gloire et, par un dernier artifice^ jusqu'à son existence. Il lui donne au contraire les conseils les plus affectueux et les plus désintéressés. Il l'engage à se réconcilier avec César, pour assurer sa vie. Il meurt avec courage, comme il convient à un soldat, mais avec Fémotion qui lui inspire le sort de celle qu'il a tant aimée.

Cette fin généreuse expie bien des faiblesses. N'est-on pas tenté aussi de jujger avec indulgence le héros qui inspire un si vif attachem^t à tous ceux qui l'entourent et qui sait conserver jusqu'au bout des serviteurs fidèles? Qu'y a-i-il de plus touchant que l'histoire de ce jeune Éros qu'il charge de lui donner la mort et qui aime mieux se frapper lui-même que tuer son mattret L'Antoine de Shakspeare, comme celui de l'histoire, est sensible et bon ; c'est par ce côté qu'il nous attendrit : mais est-ce là tout l'homme ou plutôt tout l'homme politique T Ne

faut-il demander au chef d*un empire qu'une générosité naturelle ? Pourquoi les qualités d'Antoine aboutissentelles à une fin si malheureuse? Shakspeare le montre clairement par le développement de sa tragédie. C'est que le triumvir n'est soutenu par aucune idée morale, c'est qu'il n'aspire ni à accomplir le bien en soi ni à faire le bonheur du peuple sur lequel il règne. Sa yie flotte au gré de ses passions ; il n'a pas de règle fixe et il ne poursuit aucun i)ut sur la terre. Brutus se trompait quand il croyait, servir la cause de la liberté en tuant César ; mais du moins il se proposait de remplir un devoir, et il essayait de conformer ses actions à un modèle idéal. Antoine ne s'élève point à des considérations si hautes ; son àme paraît étrangère aux spéculations de la philosophie. C'est un homme de plaisir. Pourvu qu'il réunisse à sa table de joyeux compagnons, et qu'auprès d'une femme aimée on lui verse le vin parfumé de l'Asie, il est heureux ; il ne rêve ni un bonheur plus grand ni une destinée plus noble.

Mais une telle vie porte avec elle sa punition. Au sein des voluptés, l'intelligence d'Antoine s'émousse et ses facultés s'affaiblissent. L'homme de guerfe, le capitaine habile ne sait plus ordonner une armée ; il devient incapable de prendre des dispositions stratégiques, et il ne conserve ni la fermeté, ni le sang-froid qu'exige le commandement. Que de fautes il commet à Actium et comme on voit bien que ces fautes résultent de la faiblesse d'une âme qui ne sait plus se diriger elle-même I Antoine, habitué à céder à tous les caprices de la passion, ne peut plus, lorsqu' arrive le moment du danger, ressaisir la direction de sa volonté. C*est ainsi que, sous l'influence d'un amour qui le domine et qui l'avilit, il oublie son

devoir le plus sacré, le devoir du général qui expose tant de vies pour sa propre cause, en prenant la fuite pour suivre Cléopâtre.

Comment ce Romain dégénéré, incapable de se gouverner lui-même, eût-il pu devenir le maître du monde? En quelles mains fût tombé Tempire? Octave seul était digne de ce rôle, non par ses vertus, mais par retendue de son intelligence. Du reste, quand il s'agit du bonheur des peuples, Fintelligence est aussi une vertu. Octave nous plaît peut-être moins qu'Antoine, il a des qualités moins aimables. Il ne se laisse point attendrir comme lui par les infortunes de ses amis, il ne se pique ni de sensibilité ni de générosité. Ge n'est pas non plus un homme d'action. Il ne joue pas dans les batailles un rôle brillant. A Philippes, il tremble ; à Actium, il ne se montre nulle part, et on prétend qu'il reste caché au fond de sa galère. Il remporte des victoires par ses lieutenants. Il n'a rien de l'air belliqueux et martial d'Antoine, ni de cette éloquence entraînante qui remuait si vivement la foule. Petit, maigre et chétif, lorsqu'il doit parler aux soldats, il est obligé d'écrire ce qu'il veut leur dire. Il a la cruauté delà peur. Pendant les proscriptions, il était le seul des triumvirs qui ne pardonnât jamais. Après la bataille de Philippes, où il n'avait pas payé de sa personne, il fut impitoyable pour les vaincus.

Mais cet homme froid et débile reste habituellement maître de lui-même. Aucune passion n'obscurcit son esprit; l'amour ne trouble point sa raison ; il n'aime ni le vin, ni la bonne chère, et il conserve dans une vie privée, simple et régulière, toute la plénitude de ses facultés. Il ne les dépense ni ne les disperse dans des voluptés enivrantes. Il consacre toute l'activité de son es-

prit à Fœuvre qu*il a entreprise , à rorganisation de l'empire, à rétablissement d'un pouvoir fort et pacifique. S'il manque peut-être de ce courage physique qui fait affronter la mort sur un champ de bataille, il a du moins une grande énergie de volonté. A travers tous les obstacles, il poursuit ses desseins avec une ténacité invincible. Rien ne l'arrête ni ne le détourne». 11 a sur Antoine l'avantage de savoir ce qu'il veut et (J'y songer sans cesse. Il n'obéit pas plus que son ennemi à un principe moral ; il ne se soucie ni de la vertu ni du devoir. Tous les moyens lui sont bons pour arriver à son but ; il emploie tour à tour la cruauté pendant les proscriptions, puis l'astuce, la perfidie, la flatterie, Thumilité à mesure que son influence grandit et qu'il veut tromper ses adversaires, n compose son rôle avec un art infini ; ses actions et ses démarches sont calculées pour produire Feffet qu'il désire ; comme on l'accuse de l'avoir dit en mourant, il joue la comédie de la vie.

Comment Antoine si inconsidéré et si violent pouvaitil lutter avec un collègue si mesuré, si calme et si habile? Octave n'agit qu'à coup sûr, après avoir prévu les conséquences certaines des événements. Ce n'est point un caractère héroïque, mais c'est une intelligence vigoureuse. Il conçoit le projet hardi de réunir sous une même main les éléments divers et hostiles dont se compose l'empire romain, de mettre un terme aux guerres civiles et aux guerres étrangères, de donner la paix au monde, et il y réussit; car il ferme le temple de Janus. C'est là ce qui le rendit cher aux hommes de son temps, quoiqu'il n'eût aucune des qualités qui séduisent la foule. La science du gouvernement lui tint lieu de vertu, de courage, d'humanité. On l'honora comme un dieu et

TRAGEDIES BOMAINES. 375

OU oublia le souvenir de ses crimes. Antoine, qui en avait moins commis, laissa une mémoire flétrijSy parce qu'il n'avait attaché son nom à aucune œuvre durable. Octave au contraire fut appelé grand, parce qu'il avait voué sa vie à une grande pensée.

Toutes ces considérations historiques, qui sortent du texte de Plutarque, Shakspeare les voit et en nourrit son drame. Seulement il les ramène bien moins à l'unité qu'il ne le fait dans Juki César et dans Coriolan. Il semble emporté par le flot des événements qui se pressent, et, au milieu de ce conflit où le sort du monde se décide, il aperçoit trop de choses et trop de physionomies diverses pour concentrer, comme il le fait ailleurs, tout l'intérêt sur un seul personnage.

&e titre même de la pièce indique d'abord qu'il y en a au moins deux qui attirent au même degré son attention. Gléopàtre est partout, il est vrai, associée à Antoine^ et l'on pourrait croire qu'ils ne font qu'un. Mais sa beauté enivrante, que le poète semble avoir décrite dans plusieurs de ses sonnets, l'habileté avec laquelle elle ménage son empire, et en même temps la fureur passiomiée avec laquelle elle s'attache à cet amour qui sera sans doute le dernier, puisqu'elle n'a plus le prestige de la jeunesse, la mettent vis-à-vis du triumvir sur le pied de la lutte, et, tout en confondant leurs destinées par le résultat, séparent son rôle de celui de son amant. Il n'y a plus ici deux cœurs touchés du même sentiment, commeceuxde Roméo et de Juliette. Ilyadeux caractères aux prises, dont l'un domine toujours l'autre, et dont le plus faible, quoique vaincu, ne se livre point complètement, et conserve contre la nature qui essaye de l'absorber une défiance instinctive. Ce sont deux portraits

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différents à tracer et non plus deux épreuves d'une même image, comme celles des amants de Vérone.

Octave est un troisième personnage que Shakspeare ne peut reléguer sur le second plan et auquel il faut bien qu*il accorde une importance presque égale à celle des deux autres. Sextus Pompée, de son côté, représente une puissance maritime et populaire qui balance celle des triumvirs.

L'histoire à laquelle le poète a pris son sujet, et qui est celle du monde ancien, l'oblige donc à disperser l'intérêt sur plusieurs têtes. Aussi, nulle part dans le théâtre de Skakspeare, le tissu du drame n'est-il moins serré que dans Antoine et Cléopâtre, Les scènes succèdent aux scènes et les personnages aux personnages sans qu'il soit toujours possible de saisir le lien des idées. Les critiques allemands eux-mêmes ont renoncé en général à découvrir dans cette pièce une unité de pensée qu'il serait chimérique d'y chercher-

Peui-être faut-il attribuer ce défaut non-seulement au sujet qui ne comportait guère l'unité, mais plus encore à une sorte de fatigue intellectuelle que semble avoir éprouvée le poëte vers la fin de sa carrière, de 1607 à 1610, et que nous avons déjà signalée en parlant de Timon d'Athènes,

Quoi qu'il en soit, même ici, Shakspeare ne néglige pas le point de vue moral auquel il ramène d'ordinaire ses conceptions. Ses trois pièces romaines se ressemblent par le caractère de moralité qu'il leur imprime. 11 y met aux prises la passion et le devoir, mais afin de montrer que l'une est punie quand elle ne se subordonne pas à l'autre. Il peint, dans Coriolan, la lutte de l'orgueil et du patriotisme, lutte qui se termine par la

défaite méritée deForgueilleux. Dans César, il condamne Brutus, parce que Brutus, pour atteindre un but politique qui est noble, a négligé la notion plus haute de la justice et de l'humanité. Enfin, dans Antoine et Cléopâtre, il prouve par un grand exemple, qu'entre deux souverains, dont l'un dompte ses passions et dont l'autre en est l'esclave, le plus digne de régner est celui qui sait se dominer lui-même.

Le mérite moral de ces pièces est hors de doute * . Ce qui a été l'objet de plus de discussions, c'est leur mérite historique. Shakspeare a-t-ilété fidèle à la couleur locale ? A-Wl représenté les Romains tels qu'ils ont été, en leur laissant le costume et le langage de l'antiquité? Il aurait fallu pour cela qu'il fût beaucoup plus instruit qu'il ne l'était. On peut dire seulement qu'il a tiré un parti admirable du petit nombre de documents qu'il possédait, et qu'il a extrait de Plutarque assez de réflexions et de récits pour caractériser la nation romaine, quoiqu'il ait mis en scène les personnages des Vies des hommes illustres plutôt que ceux de l'histoire. Mais il ne s'est pas borné à suivre un modèle antique. Il a regardé autour de lui, et il a cherché parmi ses contemporains ces traits éternels de la nature humaine qui doivent appartenir à toutes les époques et à tous les pays ; pour mieux connaître le peuple de Rome, il a étudié le peuple de l'Angleterre. Il est arrivé ainsi à faire des portraits originaux, quelquefois inexacts peut-être, romains par

1 . M. Taine a soutenu, avec beaucoup de ta|ent et de verve, l'opinion que Shakspeare ne s'occupe jamais de la moralité de ses drames et qu'il n'y a chez lui qu'une faculté maîtresse, l'imagination, qui domine toutes ses conceptions. J'avoue que je suis d'un avis différent, et que plus je lis Shakspeare, plus j'admire tout ce qu'il a mis de raison et d'intentions morales dans son théâtre,

certains côtés, anglais par d'autres, d'une ressemblance douteuse, mais, en tous cas, doués de cette vie et de cette intelligence qui valent mieux que la reproduction matérielle d'une réalité évanouie. On n'est pas toujours sûr d'avoir des Romains devant soi quand on lit Jule» Cesar ou Coriolan, mais on est sûr d'avoir des hommes.

C'est en cela que Shakspeare s'est montré bien supérieur à Ben Jonson qui a fait, lui aussi, des pièces romaines et qui, avec sa puissante érudition, s'est attaché à ne pas placer dans la bouche de ses personnages une seule pensée qui ne fût tirée d'un auteur ancien. Qu' estil résulté de cet effort de science ? Des œuvres composées, comme des mosaïques , de beaux fragments, mais froides, pédantesques et qui ne peuvent intéresser le public moderne, parce qu'il n'y trouve, au lieu de peintures vivantes qu'il va chercher au théâtre, qu'un pastiche décoloré du passé. Ben Jonson aurait voulu imiter si bien les pièces romaines qu'on pût croire que son Ca* tilina et son Séjan avaient été écrits par un Romain de l'empire. C'eût été, en effet, un résultat très-désirable, s'il s'était adressé à des spectateurs du premier ou du second siècle de l'ère chrétienne. Mais ce n'était pas ce tour de force que lui demandait le public anglais, c'était l'expression de passions et de sentiments qui n'eussent point vieilli et qhi fussent inspirés par l'étude du cœur humain, non pair celle des textes classiques. Aussi les tragédies romaines de Ben Jonson ne sont-elles lues aujourd'hui qu'à titre de curiosités, tandis que celles de Shakspeare sont devenues populaires dans les deux mondes.

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