Id., ibid
JEUNESSE DE SUAKSPEARE. 21
représenter des drames qui offrent tant d^alimentà à la pensée, on songeât moins à occuper les yeux qu'à favoriser la liberté de la méditation.
De tout ce qui manquait au théâtre anglais du seizième siècle, rien ne me semble moins à regretter que la pauvreté des ornements. Shakspeare aurait rencontré sur sa route un obstacle bien plus grave, si Tart du comédien avait été aussi imparfait de son temps que celui du décorateur; car les meilleures pièces ont besoin d'être bien jouées. L'auteur dramatique, c'est-à-dire celui de tous les écrivains qui a le plus de communications avec le public et qui s'inspire le plus souvent de ses applaudissements, n'a jamais tant de motifs d'émulation que lorsqu'il est certain d'être interprété par un acteur qui ne laisse ignorer à l'auditoire aucune des beautés de son œuvre. Heureusement la troupe du lord chambellan se composait d'hommes intelligents, lorsque le jeune poète, qui allait l'illustrer, arriva de Stratford. Sans doute il y avait encore dans le jeu et dans les habitudes des acteurs bien des défauts à corriger. Les plus vieux avaient adopté la prononciation nasillarde des puritains ; les tragiques, gâtés par le ton des pièces de Marlowe, tombaient généralement dans remphase,et les comiques, sous l'influence du goût populaire, dans les plus plates bouffonneries. Mais plusieurs d'entre eux aimaient sincèrement leur profession et joignaient au désir de la perfectionner assez de culture intellectuelle pour y réussir.
D'ailleurs tout n'était point à dédaigner dans les exemples de leurs prédécesseurs. Shakspeare put entendre, à son début, des comédiens habiles et surtout Tarleton, le roi des comiques du temps, le favori d'Elisabeth, des courtisans et du public, qui remplissait le triple rôle de
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fou de cour, de fou populaire et de fou de théâtre. A la coiir, dit un contemporain, il disait à la reine plus de vérités que ses chapelains et dissipait mieux sa mélancolîe que ses médecins. Au théâtre, il excitait Fenthou— slasme. H n'avait pas besoin de parler. Dès quil paraissait, un rire inextinguible s'emparait de toute la salle. Sa petite taille, sa laideur, ses yeux louches et son nez aplati déridaieivt les plus graves. Lorsqu'il parlait, ses inflexions de voix, sa manière de détacher les mots et toute son attitude étaient plaisantes. II donnait du sel aux moindres traits qui, dans la bouche d'un autre, eussent paru insignifiants II mourut en 1 588. Shakspeare assista à ses dernières représentations qui servaient de leçons à ses camarades et d*où il put tirer d'utiles indications pour ses comédies.
Mais te véritable auxiliaire du poôte, l'homme qui sans doute stimula le plu» son génie, ce fiit Richard Burbadge, dont le nom est intimement lié à celui de Shakspeare. « La pensée qu'ils avaient un Burbadge pour interprète de leurs vers remplissait les auteurs d'un feu divin, > dit mie élégie. Quelle excitation, eç réalité, pour un esprit créatenr, que de voir ses plus délicates intenrtîons comprises et rendues avec un art qui en double reflet! Qui sait tout ce que le comédien a pu inspirer d'idées heureuses à l'écrivain auprès duquel il étudiait ses rôles? Que de passages, écrits peut-être pour lui avec la confiance qu'ail en saisirait toute la profondeur, n'auraient jamais vu le jour, si le poëte n'avait pu compter que sur une interprétation vulgaire de ses œuvres 1 11 faut se rappeler qu'eau seizième siècle les dramaturges n'écrivaient pas pour être lus, mais pour être écoutés. Ils ne songèrent que phzs tard à publier leurs^
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piëc^. Ufi 8'adressai^t au public par la ^x <ie l'acteur. C'était celui-d qui emportaii; te «accès par «cm habileté, CHi qui le ccHuprcouettait par sa maladr^efise. Le jugeme&t de l'auditoire, q«el qu'il fàt, dépeadaii; uniquetteot et saas appel de la première représeiiJAtLoiL Les draoïes n'étaxit pas iiupriioés, il n'y avail; pas nàayen d'aa appeler de l'auditeur au lecieur. On c«anp»ead quelle était, daas de tdles conditious^ l'impartasiûe exceptioanell^ du rôle de l'acteur. Cesi sans doute pour cela que tand; d'écrivains jouaieoi l^irs drames eux^oft^asbes, ou que tant de comédiens faisaiesit des drajaies. Les deux professkms se tenaient par des liens si étroits qu'^elies se cofilondaiâil; souvent ; elles vivaient l'une de l'autre. Poûit d'auteurs, pas d'acteurs, cela va sans dire ; mais, d'un Autre c6té, et c'est là un trait p^licuJUer du t£ffiaps, pas de bons auteurs, pas de pibces. Personne n'eût songé à en compos^^ si l'on n'avaitt point été sûr de tes faire représcaater avecjKuccès.
Ce fut donc pour Shakspeare la plus heureuse fortune que de trouver ,tout de suite , dans la troupe où il s'airâlait, le meilleur coflOiédien de l'époque. Cette rencontre exerça sur le développement de son ^génie la plus remarquable influence, et M. Gervinus a eu raison de dire qu'il dut à Burbadge beaucoup plus qu'à aucun de ses prédécesseurs ^ ËnejGEet, depuis Périclès ju&qu'k Othello et jusqu'À ifaetet^i le ^and acteur ^oua les premiers ràks de toutes les tragédies du grand poète. Us mimot ainsi en commun leur popularité. Celle de Burba^e était immense, si l'on en eroit les témoignages contem-* porains. Les comédiens emportent avec eux le secret de