‹ Shakespeare (volume 2)Chapitre 94 sur 112 · Ibid,, act. rv, se · texte numérisé non relu

Ibid,, act. rv, se

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ne tend pas de pièges à ses amis pour les remplacer ; il vit libre, tranquille et fier.Quand j'entends Bélarius faire réloge des mœmrs rustiques et la critique des villes, je reconnais une des opinions favorites de Shakspeare et une des tendances les plus marquées d'un temps où l'on aimait la pastorale, comme le prouvent, entre tant d'autres exemples, FAreadie de Sidney et la Fidèle bergère de Fletcber. Comment, d'ailleurs, ne pas songer, en lisant ce passage, à l'exemple que le poète donne lui-même, lorsqu'^rès s'être enrichi et illuské au théâtre, il quitte Londres pour aller finir ses jours dans sa modeste résidence de StratfordT

Guidérius et Ârviragus, élevés en montagnards, l'emportent sur les courtisans en bonté, en courage et en patriotisme. Ils secourent Imogène; l'un d'eux, attaqué par Cloten, le représentant de l'aristocratie insolente, fanfaronne et sotte, le tue en combat singulier et ce sont eux aussi qui, pendant la bataille que les Bretons livrent aux Romains, arrêtent les fuyards de l'armée bretonne et donnent à celle-ci la victoire. Les gentilshommes fuient; de simples paysans gardent leur poste. Partout éclate la supériorité du campagnard sur l'homme des villes. Imogène, quoique élevée à la cour, prend le parti des campagnards, par amour de la simplicité d'abord, et puis parce qu'elle découvre en eux, dès qu'elle les voit, des vertus que l'air des cités étouffe. L'hospitalité qu'elle reçoit dans la caverne de Bélarius donne lieu à une des scènes les plus admirées du théâtre de Shakspeare. La jeune femme, après avoir pçjs une potion soporifique dont elle ignore la puissance, s'endort, pendant que ses deux frères chassent avec leur père adoptif. Son somnleil ressemble tellement à la mort, qu'en la revoyant les deux

DRAMBS ROMANESQUES. 409

jeunes gens chantent sur son corps un hymne funèbre mêlé de pleurs,

GUIDÉRTUS.

Il n'est qu'endormi, ou, s'il est mort, il fera de sa tombe un lit qui sera hanté par les fées et où les vers n'iront point.

ARVTRAGUS,

Tant que durera l'été et que Je vivrai ici , Fidèle, je parfumerai ton triste tombeau avec les plus belles fleurs. Tu auras en abondance celle qui ressemble à ton visage, la pâle primevère; la campanule, azurée comme tes veines; la fleur de l'églantine, dont le parfum, sans lui faire injure, n'est pas plus doux que ton baleine. Le rouge-gorge, lui aussi, te payant un tribut charitable, un tribut qui ferait honte à ces riches héritiers qui laissent leurs pères sans un monument , t'apportera toutes ces fleurs, et lorsqu'il n'y aura plus de fleurs, une mousse épaisse pour couvrir ton corps pendant l'hiver*

Puis les deux frères continuent, en quittant le grand vers pour le rhythme.plus flexible d'un chant élégiaque.

GUIDÉRIUS.

Ne crains plus l'ardeur du soleil ni les colères furieuses de l'hiver. Tu as fini ta tâche terrestre ; tu es allé dans ta demeure et tu as reçu tes gages. Les jeunes gens et, les jeunes filles, aussi précieux que l'or» s'en vont tous enpoussière» comme les ramoneurs.

AaVIRAGUS.

Ne crains plus le froncement du sourcil des grands; tu n'es plus sous le Joug des tyrans. Ne songe plus ni à tes vêtements, ni à ta nourriture. Pour toi le roseau est égal au chêne. Le pouvoir, la science, la médecine , tout doit suivre cette route et s'en aller en poussière.

GUIDÉRIDS.

Ne crains plus la flamme de l'éclair.

il 0 8HAKSPEARE.

ÀRVIBAGUS.

Ni le roulement du tonnerre que tous redoutent.

GUIBÉmUS.

Ne crains plus la calomnie ni la censure inconsidérée.

▲RTmAGTTS.

Tu en as fini avec la joie et la douleur.

GCIDËRIdS.

Tous IcB jeunes amants, toris les amante donrent se soumettre à ton sort et s'en alîer en poussière •.

C'est là sant douie de la poésie lyrique ^t non de la poésie dramatîqae. Maïs qui poorraii se {daiodie de ce mélange, quand il produit àe si beaux Ters? Les Grecs aussi admettaient l'élément lyrique dans la composition du drame; seulement ils le renfermaient dans le chœur. Shakspeare, chez lequd le lyrisme déborde, chante» comme le chœur antique, chaque fois qu'une situation poétique écha«tfe son mugination,

A oette eipressicn de rëmotion intérieare que hii causent les événements dramatiques se joint ici Facceiit de l'épopée, car le drame ne se borne pas à l'histoire de deux amants. Derrière les figures principales dlmogène et de Posthumus, apparaissent deux grands peuples aux prises, deux peuples que le poète compare volontiers l'un à l'autre et doué la tette éveiUe en lui tout l'orgueil du sentiment national. Après avoir gloriié Tâge historiqiie de son pays, il remonte jusque dans la nuit des temps héroïques, pour y chercher les anciens titres de gloire de la Grande-Bretagne. Sur le sol de cette !lc séparée do reste du monde par deux mers orageuses, défendue par une ceinture de rochers, il place une population belliqueuse et attachée à sa liberté et, s* il y amène les légions

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