lbid,y aet. y, se
DRAMES ROMANESQUES. Ht
En lisant cette parodie dii vieux mythe de la guerre de Troie, on se demande si Shakspeare a connu Homère et s'il a eu l'intention de travestir V Iliade. Question fort douteuse, que la critique allemande a débattue sans la résoudre. Il a dû lire la traduction de V Iliade publiée en 4598 par Chapman, un de ses rivaux. II semble même qu'il s'en soit servi et qu'il en ait tiré quelques situations que n'indiquaient pas les romans, telles que la prophétie de Cassandre et le r61e que les chefs grecs font jouer à Âjax vis-à-vis d'Achille. En tout cas, sauf dans quelques scènes, il n'en a nullement imité l'esprit. L'élément sérieux que renferme sa pièce, car il y a des parties tragiques dans cette œuvre bigarrée, ne vient pas d'Homère. Ainsi, les caractères de Troïle^ de Tfestor, d'Ulysse, d'Àgammenon et d'Hector, les uns chevaleresques, les autres politiques , les délibérations des Grecs et celles des^Troyens se retrouvent plutôt, tels que Shakspeare les a conçus, dans les récits romanesques que dans lepoëme.
Si, pour le fond héroïque et historique du drame, il ne s'inspire pas nécessairement de Ylliadey faut-il croire qu'il ne l'a consultée que pour s'en moquer? On est tenté de lui attribuer une intention ironique, quand on voit qu'il dénature trois situations qui sont admirables dans Homère, la colère d'Achille, les adieux d'Hector et d'Andromaque et la mort d'Hector. Ces beaux morceaux de ]a poésie grecque, qui enflamment le lecteur ou lui arrachent des larmes, se réduisent ici aux misérables proportions d'une parodie. Achille, l'impétueux Achille ne se retire plus sous sa tente parce qu'il a été offensé par le roi des rois, mais parce qu'il a l'intelligence épaisse et qu'il aime Polyxène, fille de Priam. Sa fierté, sa sen-
4it
«ibiliéé et «M IMdMd ont diipttm* Minervie ne to retient pittt p» M htoadadwvdure. H est, eottusd Mars, Imk tel et ignwânt. An lieu de oette eÉtMV«e 4eu€he&(e d'Andrcaniqpie et d*Heoter <t«i préoMe là nort duhéhwii Hector perle ici comme mi mari de comédie. H gro&de sa fimune et la renvoie brusquement ea lui criani : « Tu me forces à te dire des dieeeft désagréables. Rentre. » Bi eomme «lie msiete, le héros ee fftcbe et lyoute ; < Aseeih te dts-je, » Bain» «nlieu de succomber dans oe terrible €(»nbai que décrit si biaùt Homère» il meurt tr^toease^ ment lisstiUi par ▲«kiUe et par les Miy^nidons au moment où il Ttent d'ôler son iMteque et sa eairasse.
J*ai peiaa à croire, je ravoae» qae les beautés si itatU'relies et si profondes de l'épopée n'aêeniitt^iré à Shiikspeare cpae le déar é& les p*rodi«r. S4magine*-ts»ii &ctlement raateurd*jBîMfe#at dCUsJM Usant eansémotioii, même dans une trsdoctioii, Tadmirable. poésie d'Jio*^ mère et n'ea gardant qu'un eouT^ir planant? Certes, Shakspeare est souvent gai, mais il est plus soarcart sérieux, et uM tdile lecture ne prête point 4 rire. Bn dépit de quelques lapproelMuents de dûtdl qu'on peut âtine entre V Iliade et Troife ê^ Cpe$giéBi^ je pense que Sbaks^ peare ne s'estguère occupé de te tratteation ée dMpaian, qu'il ne s'est point proposé àe i^pond^é par une boui^ fonnerie jt la ptéfkoe ompbatiqiie «que cdai^ a mise en tête de son tpa?ail, et eocoro moins deridicuKser, ooœme le croient quelques critiques, les tendances classiques de Ben Jonson et de son école. Homèi« ^t été, en pareil cas, un exemple bien mal choisi ; <car ce n'â;aient pas les Grecs, mais les Latins qu'iméteftent au tbéâl^e les partisans de l'antiquité.
L'auteur de cette œotre singulière a travaillé évidem-
DRAMB» M4MiANE90UÈS. 4^
ment, non pas sur un fond grec, mais sur le fond héroïcomique de8 romans du moyen âge et du poème de Chaucer. C'est de là qu'il tire et les sentiments chevaleresques de ses héros, et eertainea aventures qui leur arrivent. Quant à l'ironie, il la tire de lui-même, en sa qualité d'humoriste, parce qu'il ne peut lire, sans s'en moquer, les récits pompeux des romanciers qui ont travesti
Y Iliade. C'est donc sur eux et nullement sur Homère que retombent ses plaisanteries. D'ailteurs, il accepte, en bon patriote, la croyance qui fait descendre les Anglais d'Hector, il accable, par conséquent, les Grecs d* épigrammes patriotiques, il nous divertît à leurs dépens et il glorifie le fils de Prîam , en le présentant comme la victime d'une trahison ourdie par Achille. En concevant ce plan si simple, Shakspearc ne soupçonnait guère qu'op lui attribuerait un jour la pensée d^avoir voulu se comparer à Homère, et montrer, par la hauteur de son ironie^ qu'il lui était supérieur. Slais que de fois déjà la critique conjecturale a travesti sa pensée T II serait temps, comme le disait récemment un écrivain anglais, qu'un liCssing revînt pour balayer ces rÔVes des imaginations [ermaniques.. « Si les livre& pénètrent dans les champs Uysées, dit plaisamment le même auteur, quel doit être l'étonnement de Shakspeare en découvrant dans son propre théâtre taat de desseins, de vues secrètes et de théories qu'il n'a pas soupçonnés lui-môme et qui sont en opposition avec le génie et la philosophie de son temps ' 1 »
U Shakspearîan literatyre. — Bentley'is Quarterly Review', ociobre
4S4 SHAKSPKAHK.
CONTE d'hiver
Trotte et Cressida est le délassement d'un homme de génie qui, assuré de sa puissance et des applaudissements du public, peut-être sur le point de se retirer du théâtre, se livre, sans aucune prétention philosophique, à tous les caprices de son imagination. Ceux qui veulent y voir une œuvre profonde et y découvrir un sens caché méritent qu*on leur applique le mot de Thersite à Ajax: ils prennent une épée pour couper une toile d'araignée. Nous sommes-nous jamais demandé en France quel était le sens de Y Amphitryon de Molière? Un grand écrivain ne peut-il composer, en se jouant, une fantaisie, sans qu*on y voie un dessein secret ?
Le Conte d'hiver fournit encore bien moins de matière à la critique philosophique que Troïle et Cressida, On voit trop clairement que l'auteur ne se propose, en récrivant, que d'amuser les spectateurs par une série d'aventures romanesques. Il faut de grands efforts d'esprit pour tirer de cette œuvre curieuse, mais légère, la démonstration de quelque vérité morale ou de nouvelles études sur le cœur humain. S'inspirant ici d'un roman de Greene auquel il emprunte des phrases entières, Shakspeare nous promène dans un monde fantastique où ne pénètrent ni les plus simples notions de la géographie, ni la vraisemblance, ni la couleur locale, ni aucune des lois ordinaires de l'art dramatique. II y mêle, dans une confusion inexprimable, l'antiquité et la
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chevalerie , les mœurs chrétiennes du paganisme , Toracle de Delphes, l'empereur de Russie et Jules Romain qu'il transforme en sculpteur. Il fait aborder des vaisseaux sur les côtes de Bohême, dévorer par un ours un personnage dont il a besoin de se débarrasser, et périr dans une tempête tout l'équipage d'un bâtiment. Il y multiplie les séparations, les déguisements et les reconnaissances; il y tue une héroïne qu'il ressuscite seize ans après, et il passe d'une scène à l'autre avec autant de rapidité que s'il nous montrait les verres d'une lanterne magique.
Ce vaste panorama, qui se déroule sous des aspects divers, ressemble tantôt à une tragédie, tantôt à une comédie ou à une pastorale. Le ton tragique domine dans les premiers actes, le ton comique dans les derniers. Ony trouve des situations pathétiques qui n'ont pu être conçues que par un grand dramaturge, de jolies scènes de vaudeville qui dénotent beaucoup de gaieté chez celui qui les écrit et des épisodes champêtres qui trahissent un sentiment vrai de la nature. Le génie du poète se révèle, dans toute sa diversité, sous le désordre des conceptions, mais c'est le génie au repos, qui n'a pas pris la peine de coordonner les éléments du drame, qui ne se manifeste que par occasion et qui se laisse oublier dès que le sujet ne le soutient plus.
La jalousie de Léonte ne vaut assurément pas celle d'Othello. Elle ne repose sur aucun fondement ; elle ne vient ni d'un conseil perfide, ni d'une insinuation détournée, ni même d'une calomnie directe comme celle quelachimo invente contre Imogène; elle naît d'une fantaisie, d'un rêve bizarre de l'imagination, et cependant
elle produit des effets tragiques par le trouble qu'elle
jette dws um ^sm peaMmaée ei pAr le mal qu>'eU€^ OÊmt à 4*iMioee«toe TktiiAeftt Oa»> oul>Ua TûivraiseDaH^ blMee d*i]A toi «eotment et (m «*eB \oitplu&qi:» le péié émoMii^pm, kvs^n'oa Ut Im sxèsut ad Becwaiie coob* p«mlt devant to toi <|ià*6Ue aiitte et qu*eUe Qi*9k jwvû» ttaèi» |KHir ae îpurrtifier dei Taccw^iw^ d'edmttive. La beauté de la «itoatkn et ceJte dii kup^age» tout neuj» traiiapeffte etof& dana k; dâpaaifte. de^ la tftgiodia p^ure. La reiBeafr défesd aussi mbkmmA qw Gathetiae d*A- T%f&a derant Bewî VUL « Voua» seigaenr, dit^^efte à Léonte, vous savez parfaitement, quoique vous pavai&-^ sîez le aaiPQÎr nowia fue? piefaûmie^ ^p«^ IM vie^ pas&éô a été a«a« pure,. auMl eha«te, au^siâd^le qu'elle est msaâmtenant mAMÊOumma^i or, elle l'ei^ plus iyi'w* drasi^ \àsrtorique, éîl et joiiié piem ^aouifi^idr le& speetatoup^ ne: f/ommià. te naoÉrar* Veyea eoi effet. Vm qpâ ai»s Vépotise d'un lei, qui ai droit, à kl moitU de s€»% trteet i»Qt fifti suis kl fille dfiaa ^raiiAi&ûetffiMtàUiaèr^â^isiprmee^ plewi dTasféffanoev J0^ nei tins; deboat lei poiir d^endre» par la prièf e ei par U paid«^moii lie»i«0ir et ai» vie» e« {Nrés^iee de quiiw&t v^r etm'eoftevdffei * 9»P«is^ eeoMKa Léonte* la «aenaee de tonte sa veBEgeanee> elte réfuood ; « Sire, épa»gnesMHmve6.iaaia0cSwLa.iftOft paff la<|n^Be von» voulei m'teiiafer, je la eheMsie. Pcaur mi» 1^ vîd ne peut plus être un hîMa. Cia quite eenaoBiMét eilô aoiatenait, votre- aMMtioB, je ïai perdue; eat je aoM» qu'ele eet perdue, sans saveur eeafnaaent eda a'eal fàit^. Hisk aeconfde^ joie, le premier fruôi dn mas* entrailles, jie anâsprivée de sa préisenee eommft si jm répanA»^ la ee«ti^gio». 9ta troMèan» oensetekioitt. «a ftti^ né^ mmvm»
Sr FlnierV kitè, ac#. iiis sq. i»
DRAMB9 ROIfilNESQUES. 127
foneste étoile, on rarraehe de mon sens, 9a bouche in- BoeeRteeneope hetiiide fim kfH innoeent, el la baine reut te tuer. Moi-ittôme àsrfin, e» tout lie», oa me prothm» une prostlttrêe. »
Apïès cette belle scène, dîgne des phis beaux drames^ Shukspeate arrête la tragéffie. Il ne yeuxt pas la pousser Josqtt'aiirx limites extrtoies du pathétique. Une compose pas une œuvre tragique, mais un conte, comme û a soin de le dire à plusieurs reprises. Il guérit Léonte de sa jalousie par le malheur, eH aux scènes TÎblentes que pro- Toqne la passion il substitue les scènes plus douces de la comédie et de la pastorale. Le roman de Greene se lerœme tout autrement. La reine meurt de chagrin, et le roi, qai retrouresa filFe, sans la connaître, seize ans après PaTOÎr ùàt exposer, en devinât amoureux; quand il voit fue c*est sa fflïe qu"îl aime arnsî, il en éiprouve une si vive douleur quH se tue. Shakspeare adoucit, avec intention, l'horreur de ce sujet, comme il l'a déjà fait en composant Mesure pour mesure. H verse le sang aussi peu que possible et il conduit Fintrigue vers un heureux dénoûment. Ses deniières oeuvres, et probablement le Conte éThiver est la dernières de toxrtes, car il ne fut joué aitt Griobe qu*en f 6t1 , après la Tempête, et devant la cour qu'en 1613, indiquent ht sérénité d'un puîseant esprit qui se modère en vierRîssant, qui évite les émotions extrêmes et qui, dan? les peintures de moeur? et dans la conception des caractères, au lîBif de reproduire, comme autrefois, les îmages^ les phiy crues de la réalité, cherche avant tout la mesure et le tempérament. It sauve la reine et le roi que Greene condamne à mort, afin dé ne pas troubler par des idées funèbres les fitntaisies de sonimagînation, il détend les passions de se» personnages.
AS8 shàkspbarb.
quand elles atteignent un certain degré de violence, et lorsqu'il peint un caractère énergique il le ramène à la modération, avant de lui laisser le temps de suivre jusqu'au bout son penchant. Par une liaison d*idées logique, en même temps qu'il diminue l'empire que la passion exerce sur l'homme, il amortit l'ironie avec laquelle il le juge et, le faisant moins coupable, il le raille beaucoup moins qu'à l'époque où il écrivait Hamlet et Timon (FA-thènes.
Une des marques les plus frappantes dexette tendance nouvelle du poète, c'est l'indulgence qu'il témoigne ici pour les courtisans qu'il a si souvent livrés au ridicule, dans ses comédies, et au mépris, dans ses tragédies. Il leur attribue, dans le Conte d'hiver^ des sentiments gênéreux et des vertus. Il suppose qu'aucun d'eux n'approuve et n'encourage les soupçons de Léonte contre sa femme, qu'ils témoignent, au contraire, un profond respect pour la reine et qu'ils essayent tous de la justifier du crime dont on l'accuse injustement. Rare exemple de courage dans les cours où la volonté du maître est un ordre, et où l'on craint plus de lui déplaire que d'accabler un innocent I C'est même la femme d'un courtisan , c'est Pauline qui remplit le rôle le plus noble de la pièce, quand elle prend la défense d'Hermione, qu'elle brave la colère du roi , en lui présentant son enfant nouveau -né et qu'elle l'accable de reproches, après la mort supposée de la princesse. Encore sait-elle se contenir à temps et ne pas abuser de sa vertu, car le poète ne veut rien exagérer, pas même le bien.
Gomme il faut néanmoins que la raillerie se glisse quelque part dans une pièce de Shakspeare et que l'Aumour national y soit représenté au moins par un per-
DRAMES BOMANBSQUES. 429
sonnage, la moquerie, qui épargne les courtisans, s'applique ici à la partie comique et pastorale de Tœuvre. Avec les bergers, entre en scène y au quatrième acte, un vagabond nommé Autolycus , ancien conducteur de singes et montreur de marionnettes, maintenant voleur de profession, qui coupe des bourses sur le théâtre, qui se travestit pour détrousser les passants, mais qui a plus d'esprit que les paysans au milieu desquels il vit et qui rit de leurs travers, pendant qu'il les exploite.
La pastorale mêlée, dans le Conte cTAtW comme.dans Cymbeline^ ft l'action romanesque n'est pas destinée à faire ressortir les vices de la cour. C!est un simple tableau de mœurs champêtres que le poète orne de couleurs naturelles et qu'il embellit surtout par la présence poétique de Perdita. Je n'irai pas cependant jusqu'à dire, comme quelques critiques, que c'est là le chefd'œuvre de l'églogue. Ce qui prouve au contraire que Shakspeare ne prend pas très au sérieux les bergers de son drame, c'est qu'il les mystifie à plusieurs reprises, par l'entremise d' Autolycus, et que les deux héros des scènes bucoliques, Florizel et Perdita, ne sont ni l'un ni l'autre des paysans. L'aimable et gracieux langage de Perdita ne prouve rien en faveur de la campagne , car elle ne s'exprime avec tant de naturel que parce qu'elle appartient déjà par sa naissance à la classe la plus haute de la société. Son style ne ressemble pas plus au ton vrai .de la pastorale qu'elle-même ne ressemble à une bergère. Si son père et son frère supposés sont des types calqués sur la nature , comme ils le paraissent, à coup sûr elle ne parle ni ne pense en campagnarde, puisqu'elle n'a rien de commun avec eux. £lle introduit donc dans l'églogue un élément étranger. Comment croire , après
4JM MAKSMAM.
cela, que eell»«l Mit le miodèle d» cponre? L*églogae véritable ne met pat em sciam des prineet et des |iriiioeeses déguisés. N'easayeas pas de dcnvaer à un sin^rie jeu de rinagtaiatieB , à on eente remanesque décoHqpM^ en actes, le earaeikre sArieux d'an dief-id'wiTre. Cuetl^ Ions les fleurs qu\Bi grand esprit % neaaées swp sa route vagabonde, mais ne prétendona pas à t«kn|a.fiMrcie em oomposer un bevqvet. Sn réaMté,. Shakspeare n'n pas plus achevé ici lapestevale que la eeroédie-etla tragédie, n touche aux trois geaties, ilnase flsa dam aneun^Paur ma part, j'admire toutea le» beautés de détail fue renferme le CmUe éThiver^ maie je n*y vois que ee qu'il est réellement, e'esi*4<*dire une tr^pte^ ébanche oà Ton aant la main du mettre. Tj trouve un rapide omyea de trois» pièces dont «seqne n*e4 pasfidte.
WMjm$ PAaîâ$Ti»tttt.
L'hnagiBatioft.de Sbakàpeare, d^ si lilure dane ses drames romanesques, où elle âwgil le qerele de raotton Aramatiquev se déploiie phis liardiment encore dana les pièces fkntastiqoes qui' embrassent rimmense empira du merveilleux. Elle evée aI(Nre dest pereominges qui n^oM point â'exist«»oe réelte, auxquels elle seule donne ht vie , qui ob^ss^at à son oaprie» et neo aux lois de ia logique, qu^elle amène sur la seène et foit diq^arattre à son gré, sans motift apparents, qu'^elle transporte iTm
DRAIM» V4inrA8TIQUES. 131
bout du nKMftde à l'autre «ur les uim de la fiamttisie , C4Haxm les meMigerfe aérienë île la pensée^, qu'telle arme d'une puissance âufesi vaste qiàe f exigoit ses conceptioas et qui remplacent à chaque instaAt pour trik» sous mille formes variées^ le dem 4œ mmohùm de la tragédie antique. Ces êtres surnaturels ta'otlt point i'atptct lugubre des créations de la mytb(ri«g«e septeAfaiottale que Bbakspeare a évoquées ailleurs, et dont il s'est servi pour produire de grands effclts trinques. Ils ne TésscffidUait ni au spectre du pèred'Hamlet qui se promène à mimiil, couvert de son armure, sur les rempsrts d'filseneur, ni i l'ombre sanglante de B^aquoi ni àutL sopeièrm barbues et ridées qui atmonoent à Macbeth qu'il sera roi» Le poète écarte ici ces images ]ii<|eus)ès pour les remplacer par le peuple l^r des sylphes, des rifes» des lutins^ fitmilî^s aussi aux tmagiAations du Nond et qw représentent ce qu'il y a de plus gtNacieux dans les iictions de la poésie Scandinave.
Parmi tous les esprits que ht croyance populaire ren<^ ferme dans les différents éléments, il choisit ceux de l'air qui sont les plue aimables, il tes poétise plus encore que ne le fait la légende et il les laisse s'envxiler, comme un essaim d'oiseaux , à travers les cinq «ctes du Songe efuM^ ntdt d'été. Cette pièce charmante, pleine de frat^ cheur comme «ne eDuvre de jeunesse, et d'harmonie comme une œuvre de l'âge mûr, date de 4 69i ou de \ 59S, «et nous reporte à la seeonde période de la vie du poète dans laquelle elle est généralement comprise par les critiques qui ne tiennent oompte que des dates* A nos yeux, quoiqu'elle se rapproche à certains égards des comédies, elle en diffère essentiellement, paroe qu'elle est plus fantastique que comique^ etsi l'on veut distingua les pièces
198 BHAKSPEARE.
par genres, elle ne peut se séparer de la Tempête, le seul drame de Shakspeare avec lequel elle offre de frappantes analogies. Obéron et Puck sont les introducteurs naturels de Prospère et d'Ariel.
Le titre seul de cette œuvre nous indique que Shakspeare nous transporte avec elle dans le monde merveilleux des rêves. En effet, il ne cherche, en la compossmt, ni à nous représenter une action réelle ni à expliquer, ainsi qu'il le fait d'ordinaire, la conduite des personnages qu'il y met en scène par des motifs tirés de leurs sentiments ou de leurs passions. Il ne se propose que de nous amuser, et il joue avec son sujet, comme s*il esquissait les images légères d*un songe. Il a dû improviser en partie sa pièce et l'écrire, non pour le théâtre, mais pour une de ces fêtes aristocratiques où une noblesse lettrée réservait la première place aux plaisirs de Tesprit. Avant que Ben Jonson devint le favori des grands seigneurs et l'auteur obligé de tous les Masques qu'on jouait dans les châteaux, Shakspeare, déjà populaire, put être prié de concourir à quelque solennité qui intéressait un de ses amis personnels ou un des protecteurs de la troupe à laquelle il appartenait.C'était presque toujours à l'occasion du mariage d'un d'entre eux ou d'une jeune fille noble, que les lords se réunissaient pour entendre une de ces pièces de circonstance qu'on commandait à un auteur dramatique, et qui formait le principal divertissement du jour de noces. S'il était possible de croire que le Songe d'une nuit d'été n'est pas antérieur à 4 598^ en s'en rapportant au catalogue de Mères, malgré des témœgnages contraires et l'opinion commune qui la place en 4594, on saurait en même temps à qudl propos elle a été écrite ; car le meilleur ami du poète,
DRÀMeS FANTASTIQUES. 433
lord Southampton, se maria précisément en 1 S98, et quoi de plus naturel que de rattacher l'œuvre de Shakspeare à un événement qui devait le toueher si vivement?
En tout cas, le Songe d'une nuit d'été n'est qu'une pièce de fantaisie, un Masque, comme on disait alors, et n'a sans doute été joué que devant une assemblée choisie et peu nombreuse. La reine assistait probablement à la première représentation, car la pièce renferme un passage célèbre qui la désigne clairement sous le titre de belle Vestale de t Occident et qui fait allusion aux amours de Leicester et de la comtesse Lettice d'Ëssex. « Gupidon, dit Obéron, décocha un trait contre la reine vierge. Mais je vis, ajoute-t-il, la. flèche enflammée s'éteindre dans les chastes rayons de la lune humide, et la vestale couronnée, échappée aux atteintes de Famour, passa sqn chemin, absorbée dans ses pensées virginales. Toutefois je remarquai l'endroit où tomba le trait de Cupidon ; il tomba sur une petite fleur d'Occident, autrefois blanche comme le lait, aujourd'hui rougie par la blessure de l'amour. Les jeunes filles la nomment pensée d'amour '. » Le trait de Cupidon est la passion de Leicester pour la reine, passion que celle-ci ne partage pas, mais qui se reporte alors sur la comtesse d'Ëssex, dont la couleur nouvelle de la fleur rappelle la blessure amoureuse, à moins qu'on n'y voie un souvenir de la mort tragique de son mai*i que Leicester fut accusé d'avoir fait empoisonner.
Que demandait au poète la société élégante pour laquelle il écrivait la pièce? Elle voulait, non pas être touchée par le spectacle des grandes passions, mais com-
!• Midiummer nighVi dream^ aet. i, se. 2.
43i 8HAK9PEARir.
pléter les plaisirs (Tun jour de fête par un divertissement délicat. ShalkSpeare lui ofFIre ce qui convenait Te mieux à ses goflis, une rêverie spirituelle et poétique qu'il rapproche avec art dteff^ croyances- populaires de TAngleterre. Entre toutes les légendes merveilleuses qu'il peut découper en drames, îlcftoîsîf à la fois les plus agréables et les plus nationales. H écarte Fappareil scientifique et pédantesque dont Spenser a entouré la féerie, et au lien de combiner comme lui, dans un mélange savant mais un peu froid, Tes éléments de la poésie indigène avec ceux que lui fournissent la poésie italienne et l'érudition classique de la renaissance , il crée des êtres moins abstraits, pîns fisimilrers aux imaginations anglaises et par suite pîas intéressants que les conceptions de son illustre prédécesseur. H faut un effort d'esprit pour suivre le fil souvent obscur des abstractions de Spenser. Shakspeare , au contraire , ne présente que des images brillantes, des personnages simples et des scènes dont la fantaisie ne diminue pas la clarté.* Aussi tous ceux qui lisent, dans la Grande-Bretagne, connaissentils le Songe (fune nuit d^êtê^ tandis que le nombre des lecteurs de la Itetne des fée9 décroît sans cesse.
Obéron et Tffania, créations légères d'une imagination poétique, échappent à toute analyse et à toute définition précise; dès qu'on essaye de tracer leurs portraits, on les défigure. Le naturaliste ne peut toucher le papillon qu'il saisit au vol, sans faire tomber la poussière dorée de ses ailes. Le critique aussi détruit le charme de ces figures idéales, lorsqu'il les soumet à l'observation minutieuse qui commente et explique tout. Laissons-les donc dans l'atmosphère impalpable où le poëte les place. Fugitifs comme nos songes dont ils sont les génies, ils reflètent les
DRAMES TAin!A8TiQUES. 435
paisées mobiles ifui se suooèdentdaiisBotre œrvetti pen- * dant le somaieiL Ilsne se gouvemenÉ pas plas «ix-iBiêiiies que nous ne gottvenuanB les caprioes du rôve. Aussi ae peuFenlr-ils atteiiKk» ai h, .plénitiide de la Tîe Téefie ni rélévation de la TÎe moraie. lAirs actions ne iTeipliquent ni par le rafisouDenifflit ni par le sentimeni; du bien et du mal. Ils se quondlait sans motifs sérieiuL, pour on eafant qae Titania ne vent pas oéier à san époux» et ils se réconcilient aussi rapidement qu'ils se sont broulUi^. lisse siûveat d^âstre loi que leur tantaisie, et cette fantaisie^ qid «a cheitdie igeàre que des sensations, les innaètte à inrveis les miHe merveilles de la nature et du motode exténeor. Leur domaine s'étend aussi loin que celui de h matière. Mate ils aiveat surtout^ comme des êtres 'délicats et voluptuacri^ «a nûlieu désplantes ou des deuns paiCuBiéea. Ijeur ne se compose de îouissanees que èear donnent des isens plus aabtils et infiniment moins grossiers <|aa ceux des aimctelB. « Viens avec .moi, dit Titania à son amant, je te doimeiaî des génies et des fées peaic te servir, ils kent teiobevchor des joyaux au fiond de .la mer. Ëadonnt sur un .lit de fleurs, leurs chants bensenmt ton samMni.-*-lIe«ins8ezle d'abricdis et de greseillea, de grappras varmeiHes, defigues vertes et demikres, ditHelle  ses eerriÉdars. Dé^ robez aux abeilks leurs «a^oBs tde miel, et reoaeillez leurs cuisses enduites de cÎBe L >» innée cas festins d'oîseau-mouche , la danse «t le câiant jont aes meilleurs plaisirs.
De ces ^[^ies ailés et «sosmiqxDlUes icpii n'itabitent aucun lieu dâicraniné, qui^vant^de Tinde à Athènes aussi