Midsumtmr n^bt's dmamt ael.aii, m* t
iS6 SHAKSPBAIIE.
rapidement que la pensée, que le nuage emporte vers les pays enchantés de F Orient et que le souffle du vent ramène vers le Nord , le plus original et le plus anglais , G*est Puck, le messager d'Obéron, sous les traits duquel le peuple britannique recoimalt sans peine Robin good fellow , lutin rustique dont les vieilles femmes s'entretenaient souvent le soir, an coin du feu, devant Tâtre pétillant, quand elles filaient pendant les longues soirées d'hiver.
Robin, chanté par les ballades, était devenu le héros de plus d'une légende populaire. En 4588 même, on composa sa biographie, que Shak^areeutcertainemait entre les mains. Il n'était ni malfaisant ni méchant, mais il aimait à se moquer des mortels et il les poursuivait de mille taquineries. C'était lui qui, sous la forme d'un feu follet, égarait le voyageur dans les bois, qui dispersait le troupeau pour faire courir le berger, qui se métait aux entretiens sans se laisser voir, et en interrompait le fil par des propos ironiques que les interlocuteurs s- imputai^it l'un à l'autre. Shakspeare ne lui laisse de cette malice que ce qu'il faut pour amuser les spectateurs, et le représente avec intention sous des traits plus aimables encore que la légende. H le charge bien, il est vrai , d'amener des quiproquo entre les amants ; mais c'est par méprise et non à dessein que Puck les abuse, et sa seule méchanceté consiste à rire de leur erreur au lieu de les plaindre. Il verse sur les yeux de Lysandre une liqueur amoureuse qu'il devait verser sur ceux de Démétrius, et il provoque ainsi une série de malentendus qui Frayent aux dépens de la sottise humaine.
Grâce à lui, Lysandre qui aimait Herraia l'abandonne pour courir après Hélène; Hélène qui aime Démétrius,
dont elle n'est point aimée et qui se croit incapable d'inspirer une passion, prend pour une plaisanterie la déclaration sincère que lui fait Lysandre; Démétrius converti se jette à son tour à ses pieds et lui fait l'effet d'un mauvais plaisant ligué avec un rival pour la mystifier; Hermia qui avait deux amants n'en a plus, et Hélène qui n'en avait point en a deux. «Que ces mortels sont fous I » dit le lutin qui assiste invisible aux métamorphoses et aux querelles des quatre personnages. On dirait ici que c'est Shakspeare lui-même qui parle par la bouche du messager aérien, et qui laisse percer, à propos de l'amour, Fironie fine et douce de sa jeunesse. Que de fois ne l'a-t-il pas traité de folie et n'en a-t-il pas dévoilé les erreurs dans ses comédies I 11 en reconnaît néanmoins l'incontestable puissance, et, dans le Songe d'une nuit d'été comme dans ses œuvres comiques , après avoir ri des fautes que la passion fait commettre, il la traite sérieusement dès qu'elle est sérieuse , et il la récompense quand elle est sincère. Il ne peut même s'empêcher, tant il comprend la force de l'amour, dans ce sujet si léger qu^a choisi sa fantaisie , d'en parler au moins une fois avec émotion, et il touche involontairement au pathétique dans le rôle d'Hélène« Le discours que celle-ci prononce, quand elle se croit insultée par Démétrius et trahie par Hermia, retentit comme un écho de la tragédie aumilieu des scènes les plus gaies. Mais ce n*est qu'un éclair de tristesse qui traverse le ciel sans nuages du drame fantastique. En définitive, Cupidon et les Sylphes, qui exercent ici une influence décisive sur la destinée des mortels , n'embrouillent à dessein les fils de l'intrigue que pour rendre plus sensible l'heureux dénoûment vers lequel ils la conduisent. Ils terminent tout par trois ma-
438 SHAKSPEARË.
riages, conclusion digne de la fête pour laquelle Shak&peare compose le Songe ^une nuit d'été. Le dieu d'hymen préside à la fiction comme à révénement réel qui rassemble les spectateurs. C'est un trait de couleur locale.
Rien de plus conforme encore aux usages anglais que l'insertion d*une petite pièce dans la grande et le mélange du bouffon avec le merveilleux. L'intermëdie grotesque que jouent les artisans devBHit TSiésëe et Hippolyie révèle le goût général du public pour la grosse plaisanterie , en même temps qu'il rappelle une des eoutumes favorites de Faristocratie britannique. Non-seulement les
gens de cour et la reine elle-môme aimaient les faeâ;ies des clcywm , comme le prouvent la faveur dont jouissatt Tarleton, le fou d'Elisabeth, et la grande popularité du personnage de Falstaff ; mais il n'y avait guère alors de fête aristocratique où l'on ne fit représenter qudqae scène burlesque par des artisans ou par des cultivateurs, dont la gaieté rustique égayait la 'noble assemblée. Elisabeth, lorsqu'elle allait visiter les provinces de son royaume, avait dû assister plus d'une fois à des représentations de ce genre. Shakspeare lui en offine ici un pi* quant souvenir. Afin de rendre cette boufibnnerie pliia amusante, il choisit pour la plus ignorante M laphis prosaïque des troupes d'acteura, pour quehiQes ouvriers sans éducation, un sujet U'ès-poéttque qui;aurait beson d'être joué avec un art profond , et il saisit en même tecnpa l'occasion de se nK)quer du style d6olamat<»re de quel* ques dramaturges, du jeu des mauvais comédiens et de la pauvreté de certains théâtres. La pièce qu'il fait jover par un tisserand, par un menuisier, par un charpentier, par un chaudronnier et par um tatUeisr, n'est rien moina
DRAME6 «F^^TAMIQUES. 489
qtre ITiistoire si touchante tle î^rame et fie Thisbé. La rudesse des acteurs coulraste a'V«c rextrème délicatesse des sentiments qu'ils doiveilt exprimer. Leur ion seul fait rire, comme une série ide ii<rtes'faiisBes et criardes. L'insuffisance des décors dont Us disposent augmente ITiîIartté. l,''un d'eux est ofetigé de s'enduire d© crépi et de dtiaux pour représenter une muraille, et ce sont ses doigts écartés qui "figurent les fentes à travers lesquelles doivent se parler Pyrarae ^ Tïiisbë. Un autre, accompagné d*rai chien et d*un'ftrgot d* épines, tient la place du clair de lune. Les paï'oles 'qu'ils prononcent oomplëtent Feflfet grotesque de la mise en scène. C'est la parodie des phrases banales et emphatiques qui traînent dans les cetrvres de Kyd et de quelles autres méchants po^es. Quand on entend Pyrame s" écrier : « 0 nuit au visage sombre! ô wuit noire! ô imlt qwi «s partout eu le jour n'est pas! ô nuit! ô nuit! hélas! hélas! hélas I' » on ne peut s'empêcher de penser «ux mionologues Templis d'exclamations de 1« fameuse tragédie •espagnole.
Les eourtisans rient à gorge déployée de kra'tes les bévues ôeê acteurs improvisés. 1%éaée seul, -qui représente ici Elisabeth, les traHe arvec indiïlgence. Ce&^ une flatterie délicate à Tadresse de la Teine et xme mamière adroite de la remercier de la bienveiHanoe avec iaquelleelle reçoit tous -ceux qui font efibrt pour hii plaire , quelle que soit Tinsuffisance -de le«r esprit etdes moyens» dont ils disposent. Son «ntouraige ne voit que les ridicules. Elle seule tient compile des intentians plvrs que du résultat, et démêle, sous l'embarras de ses sujets que sa présence paralyse , la sincérité de leur dévoue-
K Midsummer nighCs dream^ act. v, se. 5.
440 SHAKSPEARB.
ment. « Pendant mes voyages, dit-elle par la bouche de Thésée , il est souvent arrivé que , dans les réceptions qû*on me faisait, de grands clercs avaient préparé d'a>'ance les compliments qu*ils devaient m' adresser. Quand je les voyais trembler et pâlir, s'interrompre au milieu d'une phrase commencée , bégayer timidement les inflexions de leur langue exercée, rester court et ne pouvoir achever leurs harangues, dans leur silence même je lisais la cordialité de leur accueil, et la timidité craintive de leur respect m'en disait plus que n'aurait pu m'en apprendre la verbeuse éloquence d'un orateur effronté'. »
Tous ces éléments variés du drame, le fantastique, Fintrigue d'amour, la comédie burlesque, les allusions aux personnages présents , les traits de circonstance et les idées générales , Shakspeare les fond dans une harmonie merveilleuse et en compose une trame légère, mais solide, où le doigt ne découvre aucune partie plus faible que les autres. Ce qui fait surtout la beauté de cette œuvre , c'est la mélodie continue du rhythme et le charme poétique du style. Tout y coule de source. On n'y sent aucune trace d'emphase ni d'afifectation. Le langage a des ailes , comme Puck , et suit sans effort le vol de la pensée. Les Anglais peuvent citer le Songe d'une nuit d'été comme un modèle d'harmonie aux étrangers qui contestent les qualités musicales de leur langue, de même que les Allemands citent la première partie de ffaust comme un chef-d'œuvre de versification mélodieuse.