PREFACE. IX
dans Shakspeare; rhomme n'a rien pensé, rien inventé, rien rêvé que ce puissant génie n'ait pressenti : tefle est la conclusion qu'il faut tirer des études de la philosophie allemande sur Shakspeare. Au miheu de ce déluge d'hypothèses, personne ne s'avise de songer que, si Shakspeare avait été aussi savant qu'on le dit, et s'il avait voulu démontrer tant de vérités philosophiques, il aurait écrit non des 4ï'ames, mais des traités. Les écrivains qui composent des théories poétiques, au lieu de penser et de sentir en poètes , font de -mauvaises pièces , comme Diderot et Lessing. Il ne faut pas confondre l'inspiration et le sens critique. Aristote ne faisait pas de tragédies, et Sophocle n'a jamais écrit d'art poétique.
C'est une étrange illusion que de prétendre rattacher toutes les œuvres de l'esprit humain à une série de raisonnements. Pourquoi mutiler l'âme du poète et en retrancher ce qui est l'essence méiïie de ses cr,éations , la fantaisie et le déUre divin dont parle Horace? De quel droit des métaphysiciens obscurs emprisonnentils dans leurs arides formules le caprice et le rêve, fugitifs et insaisissables comme l'air ? L'esprit auquel ils appliquent la mesure de leur intelligence échappe à leurs définitions. N'est-ce donc rien que le sentimtmt qui échaufie l'âme , lorsqu'elle conçoit des passions héroïques et qu'elle exprime l'émotion que lui causent les grandes infortunes de la tragédie? Ce rhythme précipité.