The Merchani of Venici'j acl. m, se. i
c'est rimpartialité avec laquelle il est présenté. Shakspeare ne veut assurément pas nous le peindre de couleurs séduisantes , mais il se garde bien de le rendre trop odieux. Au lieu de nous montrer, comme Marlowe, le spectacle d'une férocité gratuite et raffinée, il nous expose les motifs qui ont pu pousser à la cruauté un homme paisible occupé de Commerce, qui, en d'autres temps et sous un régime plus doux , n'aurait pas été barbare. Le juif est certainement coupable, quand il tire son couteau pour verser légalement le sang d'Antonio. Mais il ne faut pas oublier qu'il a été victime d'injustes et ignominieux traitements, et que la responsabilité de sa conduite retombe en partie sur ceux qui ont méconnu, en sa personne, la dignité humaine. Il a raison lorsqu'il revendique , contre ses oppresseurs , les droits d'une créature libre et raisonnable. On n'a jamais mieux plaidé la cause de son peuple que dans le passage où il demande quelle est la différence qui existe entre le juif et le chrétien.
« Il (Antonio) m'a humilié , dit-il , il m'a empêché de gagner un demi-million de plus , il a ri de mes pertes, il s'est moqué de mes gains, il a méprisé ma nation, traversé mes opérations , refroidi mes amis , échauffé mes ennemis, et pour quelle raison? parce que je suis juif. Un juif n'a-t-il pas des yeux ? un juif n'a-t-il pas des mains, des organes, un corps, des sens, des affections, des passions? n'est-il pas nourri des mêmes aliments, blessé par les mêmes armes, sujet aux mêmes maladies, guéri par les mêmes moyens, échauffé par le même été et refroidi par le même hiver qu'un chrétien? Si vous nous piquez, ne saignons-nous pas? si vous nous chatouillez, ne rions-nous pas ? si vous nous empoisonnez, ne mou-
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rons-nous pas? Si vous nous faites du mal, ne nous vengerons-nous pas? si nous vous ressemblons en tout le reste , nous vous ressemblons aussi en cela. Quand un juif fait du tort à un chrétien , que commande à celui-ci son humilité? la vengeance. Si un chrétien fait du mal à un juif, quel doit être son châtiment, d'après l'exemple des chrétiens? la vengeance. La méchanceté que vous m'enseignez, je la pratiquerai '. »
N'est-ce point là un manifeste direct contre l'intolérence religieuse dont Shaskpeare voyait tant d'exemples autour de lui? Ce langage était hardi dans un temps où ceux qui se croyaient en possession de la vérité faisaient brûler, sans pitié, leurs adversaires. Le poëte réclame sûr la scène l'égalité de tous les cultes, bien avant qu'elle ait été reconnue par la loi. Il ne craint pas non plus, dans un pays protestant et sous un gouvernement fanatique, de peindre le catholicisme sous ses plus belles couleurs. Il introduit dans Roméo et Juliette et dans Beaucoup de peine pour rien des moines sages, éclairés, exempts de tous les vices que leur attribue la superstition populaire, et, au lieu de les livrer au ridicule, conune l'auraient voulu les puritains, il les désigne àla vénération publique. On a dit qu'il était catholique, rien ne le prouve ; mais, à coup sûr, il était tolérant, et il ne partage sur les questions religieuses aucun des préjugés de son siècle et de sa nation.
On connaît le dénoûment du Marchand de Venise, et la punition de Shylock qui termine la scène si bien conduite et si intéressante du jugement. Il était juste, en effet, que le créancier sanguinaire fût puni, et que celui