‹ ShakespeareChapitre 37 sur 137 · The Mer chant of Venice^ act. m, se · texte numérisé non relu

The Mer chant of Venice^ act. m, se

qui n'avait point eu pitié d'une grande infortune fût traité à son tour sans pitié, La loi morale qui domine toutes les conceptions des dramaturges anglais le voulait ainsi. Mais, en même temps que le juif recevait un châtiment mérité, le fanatisme des chrétiens était flétri en termes formels. C'est une des leçons qui ressortent le mieux de la pièce et que devaient le plus goûter les esprits philosophiques du seizième siècle.

Le Marchand de Venise a été fort étudié en Allemagne, où on le joue fréquemment et où il est l'occasion de nombreux commentaires. Ulrici et M. Gervinus y ont vu tous deux le développement d'une idée générale différente, et se sont trompés l'un et l'autre par amour de la généralisation. Leurs opinions sur cette comédie sont un exemple frappant des procédés habituels de la critique allemande. Ils y cherchent non des études de mœurs, qui soient du ressort de la poésie dramatique, mais la démoîistration d'une de ces vérités profondes que poursuit la philosophie.

Suivant Ulrici, Shakspeare a voulu prouver qu'il n'y a rien de plus vrai que cette vieille maxime : Summum jus, summa injuria. Il fait sortir cette conclusion des deux intrigues qui se croisent dans la pièce. D'une part, Shylock s'appuie sur le droit strict, quand il réclame une livre de la chair 4'autrui et, par conséquent, sa vie. Qu'arriverait-il si le contrat s'exécutait à la lettre? Le juif aurait acheté, moyennant une^somme d'argent, le pouvoir de tuer légalement un chrétien. L'accomplissement du marché serait une criante injustice. Il vaut mieux, en ce cas, violer la loi que de la suivre jusqu'à être injuste. Un jurisconsulte, moins subtil que Portia, qui ne s'attacherait qu'au sens littéral du billet signé

par le marchand, le laisserait mourir sous le couteau de son créancier. Voilà un premier exemple du mal que peut faire Tabus du droit. D'une autre part, la destinée de Portia a été réglée d'avance par le testament bizarre de son père. Cette jeune fille riche, belle et intelligente^ n*est pas libre de se choisir un époux ; il faut qu'elle s'en rapporte au hasard. Pour obéir à la volonté paternelle , elle n'épousera que celui qui aura deviné l'énigpae proposée. Fût-il laid, sot et vieux, elle se mariera avec lui, tandis qu'elle repousse un jeune homme beau, spirituel et brave, en tout point digne d'être aimé, si celui-ci ne résout pas le problème qui est proposé aux prétendants. Le sort la favorise. C'est Bassanio qu'elle aime en secret qui l'emporte sur ses rivaux; mais Bassanio pouvait échouer, et Portia se marierait alors contre son gré. C'est là un second exemple des inconvénients que peut entraîner l'observation rigoureuse de la lettre, aux dépens de l'esprit.

Ainsi tout concourt, dans le Marchand de Venise ^ à démontrer la vérité de l'axiome : Summum jus, sumtna injuria. Ulrici donnerait volontiers pour épigraphe à la pièce le discours qu'adresse Portia, déguisée en juge, à Shylock, et où elle lui rappelle qu'en justice rigoureuse, nul ne peut compter sur son salut. Le poëte a voulu prouver, suivant lui, que ce n'est pas le droit strict, mais la bienveillance mutuelle des hommes qui fait vivre la société. Si chacun exige rigoureusement ce qui lui est dû, comme le juif, si personne ne fait de concession, il n'y a pas de paix possible entre les citoyens. C'est l'état de guerre substitué à l'état social '.

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