King Henri YllI, acl. ii, bc
elle déconcerte, à plusieurs reprises , par la dignité et la fermeté de son langage, ces deux diplomates consommés. « Ai-je donc , leur dit-elle , ai-je donc vécu si longtemps, épouse loyale et fidèle, en femme, je puis le dire sans vaine gloire, que le soupçon ne flétrit jamais? ai-je reporté sur le roi toutes mes affections? a-t-il été, après le ciel, mon amour le plus cher? et tout cela pour me voir ainsi récompensée. Cela n'est pas bien, mylords ' . » Mais comme Shakspeare est un grand peintre du cœur humain et qu'il en connaît toutes les défaillances, il ne soutient pas jusqu'au bout cette résolution de Catherine qui dépasserait, en se prolongeant, les forces de la nature humaine; il la montre, à la fin de son entretien avec les deux prélats, brisée par Telfort qu'elle a fait et noyée dans les larmes. Sous l'énergie de la reine, la sensibilité contenue de la femme reparaît. Après avoir résisté avec courage, elle cède à demi, vaincue par l'émotion et par la fatigue. « Faites ce que vous jugerez à propos, mylords, dit-elle , et veuillez me pardonner de vous avoir traités avec si peu de ménagements. Vous savez que je ne suis qu'une femme, dépourvue du talent nécessaire pour répondre convenablement à des personnages tels que vous. »
Ce trait achève la physionomie delà femme historique, il y ajoute la seule poésie que comporte l'histoire , celle qui vient de l'étude de la réalité et de la connaissance du cœur humain. Il n'y a rien de romanesque ni dans les sentiments , ni dans les événements de la vie de Catherine. C'est en cela qu'elle diffère des héroïnes populaires de Shakspeare , et cependant elle nous charme autant