‹ ShakespeareChapitre 52 sur 137 · King Henry VIII, act. m, se · texte numérisé non relu

King Henry VIII, act. m, se

Toujours fidèle au même principe, Shakspeare tire du développement de chaque caractère une leçon morale, gu'il adresse à ses auditeurs: ici c* est la vanité de la politique confessée par celui-là même qui en a été un des plus grands maîtres. Il n'y a de bon que la vertu ; le repentir suit tôt ou tard le crime; pour être heureux et même pour garderie pouvoir, il vaut mieux faire le bien que le mal : telle est la conclusion du dernier discours du cardinal Wolsey.

Après les hommes de guerre et les hommes d'Etat, après les grands seigneurs et les grands ministres, il nous reste à parler des personnages les plus importants du drame historique, des souverains eux-mêmes qui ont attaché leurs noms à chaque pièce. Il y a parmi eux de bons et de mauvais rois. Commençons par les mauvais, afin d'étudier, en dernier lieu, les caractères que Shakspeare préférait et qu'il a le mieux observés.

Il y a pour un roi plusieurs manières de mal gouverner; il peut pécher par faiblesse ou par scélératesse. L'un n'a pas la force de tenir le sceptre, laisse commettre en son nom des exactions ou des crimes et, avec de bonnes qualités qui restent inactives, se rend justement impopulaire; l'autre agit en tyran, ne se maintient sur le trône que par la crainte et le garde jusqu'à ce qu'un plus fort ou un plus habile le renverse, aux applaudissements du peuple. Enfin on trouve quelquefois réunis chez les mêmes personnes les défauts de la tyrannie et ceux de la faiblesse, le mépris du droit et de la justice

aussi bien que la mollesse et l'indécision du caractère. Shakspeare a découvert ces divers types dans l'histoire d'Angleterre et les reproduit dans ses drames.

Le roi Jean, qui vient le premier, si nous suivons l'ordre chronologique des règnes, est à la fois cruel et faible. Il a usurpé la couronne aux dépens de son neveu, le jeune Arthur de Bretagne; il n'hésite pas à confirmer son usurpation par des crimes, mais il n'a pas l'énergie nécessaire pour contenir ses ennemis. En France, avant d'avoir combattu, il fait la paix avec le roi qui soutient les droits d'Arthur et, afin d'éviter la guerre, il cède les plus belles provinces de ses États. Quand il est revenu en Angleterre et que les barons lui demandent la liberté de son neveu, il n'ose pas leur résister; il tremble, car il a donné l'ordre de faire mourir Arthur et il se repent, non par l'effet d'un remords salutaire, mais par crainte. « J'ai eu tort, dii-il alors. On ne saurait rien bâtir sur le sang ; on n'assure point sa vie par la mort des autres. » Ce n'est pas le cri de sa conscience qui lui arrache cet aveu ; c'est la peur d'avoir à rendre compte de ses actions devant une noblesse qu'il ne se sent pas la force de combattre. Pour sauver sa couronne, il s'humilie devant le légat du*.pape, dont il accepte, après l'avoir rejetée, la protection impérieuse.

La lâcheté est le fond de ce caractère que Walter Scott a si fortement décrit , dans Ivankoë , en étendant et en complétant la conception première de Shakspeare. La lâcheté entraîne presque toujours la cruauté. .Celui qui a peur veut se débarrasser de ceux qui l'effrayent. Jean 'est donc cruel par accès. 11 craint de laisser vivre Arthur, dont il a usurpé la couronne, et, quand il l'a fait prisonnier, il songe aussitôt à lui ôter la vie. Mais il n'ex-

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prime pas cette idée ouvertement, comme le feraient Richard III et Macbeth. Il ose à peine la confier à l'oreille du geôlier d'Arthur; il voudrait que le crime fût commis et il craint de l'ordonner, de peur d'en être responsable. Dans une scène qui révèle la pénétration du poëte et l'étude profonde qu'il fait des caractères, l'usurpateur aborde prudemment la question du meurtre, donne à entendre ce qu'il désire, sans cependant se compromettre, et désigne, à mots couverts, la victime à l'assassin.

Le style de Shakspeare est souvent énergique et même cru ; mais il ne faut pas croire qu'il ne sache pas au besoin l'adoucir et y cacher toutes les finesses d'un esprit subtil. Ici il n'y a que des nuances, des sousentendus et des insinuations compliquées de réticences. C'est la pensée qui a peur de se faire voir et qui espère cependant être comprise, c'est l'intelligence qui s'adresse à l'intelligence, en se servant le moins possible de la parole, comme dans un dialogue qui s'établirait entre deux esprits purs. « Si tu pouvais me voir sans le secours des yeux, dit le roi Jean à Hubert, m' entendre sans oreilles, me répondre sans l'aide de la langue, par le seul acte de la pensée et sans l'intermédiaire dangereux des yeux, des oreilles et des paroles, alors, en dépit des regards, du jour et de sa vigilance importune, j'épancherais dans ton cœur le secret de mes pensées. — Mais non, je n'en ferai rien. — Et cependant je t'aime et je crois véritablement que tu m'aimes aussi. ' » Voilà un caractère peint en quelques mots.

Richard II n'est point un tyran, mais il est faible et,

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