King Richard the third, act. iii, se
19^ SHA&SPEABE.
poor complice le doc de Buckingham. Celuh-ci.amëne aa palais les bourgeois qu'il a déjà harangués, auxquels il a parlé de la naissance illégitime des jeunes princes et vanté Vexpérience, les services et les vertus de Gloster; il n'a pu encore obtenir d'eux qu'ils le choisissent pour roi , mais il les a disposés à le vouloir et il ne faut plus qu'un léger effort pour les décider. L'important, c'est qu'ils ne soupçonnent pas l'ambition de Richard et qu'ils le croient désintéressé dans ses vues. Ils auraient peur d'un ambitieux, ils iront au-devant d'un hoipme modeste qui commencera par refuser leurs propositions. Il &ut donc que Gloster se fasse prier et qu'il repousse, pendant quelque temps, ce qu'il désire le plus au monde, le trône d'Angleterre. Il est prêt à prendre le langage et l'attitude qui conviennent le mieux à la situation , et les rôles sont distribués entre lui et Buckingham. Celui-ci, au nom du peuple, presse son complice d'accepter la couronne; Gloster s'en défend, au nom de son repos et de ses habitudes religieuses. Il a eu soin de se présenter aux bourgeois entre deux évêques avec lesquels il paraissait s'entretenir, il s'est laissé surprendre, un livre de prières à la main, et il baisse les yeux avec une sainte humilité quand on lui demande de consentir à régner., n n'est occupé que du service de Dieu, il ne se sent pas la force nécessaire pour gouverner, il avoue son incapacité et sa faiblesse; d'ailleurs, il y a un souverain légitime, n n'est donc point nécessaire d'en chercher un autre. Richard ne se défend que pour mieux se fadre prier et Buckingham fait semblant d'avoir besoin de toute son éloquence pour le convaincre. «Hélas ! s'écrie Gloster hypocritement, pourquoi voulez-vous m'imposer le fardeau de tant de soucis? Je ne suis pas fait pour le trône
et la grandeur. Je vous en conjure, ne vous, offensez pas de mon refus ; je ne puis ni ne veux accéder à votre de-
, mande. » Il finit cependant par céder, comme s'il était vaincu par les sollicitations pressantes de ses concitoyens, et il leur dit, en poussant un profond soupir: « Mon cousin Buckingham, et vous, hommes prudents et graves, puisque vous voulez absolument m'imposer le fardeau des grandeurs, il faut bien que je me résigne à le porter ; mais si la noire calomnie, le reproche odieux sont la conséquence de la violence que vous me faites, cette violence
, même sera ma justification et me lavera de toute tache et de tout blâme qui pourraient en résulter pour moi. Car Dieu sait, et vous pouvez voir vous-mêmes combien tout ceci était loin de mes désirs ^ »
Gloster trompe ainsi tous ceux qu'il a besoin de séduire, femmes, frères, parents, grands seigneurs et bourgeois. Le public seul n'est pas trompé, parce qu'il connaît d'avance les intentions secrètes du protecteur. On peut même dire qu'il les connaît trop bien . Shakspeare nous révèle trop souvent la pensée de ce personnage, sous forme de monologue. Il lui fait tracer en quelque sorte le programme de chaque période de sa vie avant de nous exposer ses actions , et il nous apprend ainsi d'un seul coup et brusquement ce qu'il nous serait plus agréable de découvrir peu à peu, en suivant le marche progressive du drame. Le monologue excellent pour peindre les hésitations de l'âme, la lutte des sentiments contradictoires, perd une partie de son mérite quand il n'est plus qu'une confidence brutale faite par le héros aux spectateurs, l'annonce des scènes qui vont se succéder, etl'ex-