XXXV
^1830. N%, de p. A. Pletnev.
une première lecture, peuvent laisser une impression désagréable. C'est d'abord la scène du portier. Or, au théâtre, lorsqu'après l'apostrophe pathétique : Wake, Duncan with thy knocking î ... apparaît le portier " qui ne sait rien ", " qui ne soupçonne rien ", à demi endormi et ivre, et qui plaisante, le spectateur tressaille. Ces plaisanteries n'égaieraient que quelqu'un n'ayant rien vu de ce qui se passe. Au contraire elles nous font frémir ; le sentiment de la vanité de tout ce qui est terrestre oppresse notre cœur. Le portier nous semble le représentant de cette " foule " qui ignore et ne comprend pas la morale du Sort, et qui, aveugle, est prête à s'enivrer de basses jouissances, même sous les coups du destin qui menace de bouleverser le monde. La conversation de MacdufF et de Lennox, avant d'apprendre le meurtre, est d'une politesse et d'une banalité voulues, en contraste avec l'acte monstrueux qui vient de s'accomplir dans la chambre voisine. Enfin l'arrivée du médecin interrompant l'entretien de Macduff et de Malcolm à l'acte IV annonce d'une manière " réellement shakespearienne " le secours miraculeux de Dieu. L'auteur de ces Pensées^ P. A. Pletnev, était à ce moment si épris des œuvres de Shakespeare, qu'il songeait à renoncer à toute autre lecture, à s'enfermer avec elles seules " pour sa vie entière ", y trouvant résolues toutes les questions de philosophie, d'éloquence et de poésie : " Pourquoi chercher cela chez les autres lorsqu'il a parlé de
tout cela plus complètement et plus profondément que tous ?... " ^
I. Kroneberg qui, dans ses Brochures de 1830 et 1831, épuise les hyperboles pour louer le magicien Shakespeare, " frère jumeau d'Homère", et analyse The Merchant of Venice, A Midsummer Night's Dream^ The IVinter s Tale^ Richard 11^ s'arrête longuement à Macbeth. ^ Il conte une visite imaginaire à un château d'Ecosse, dont une salle, dite '^ de Macbeth ", renferme des tableaux des différentes scènes du drame, et il rapporte la conversation qu'il eut avec son " cicérone ". Or c'est là un simple prétexte à persifler "l'illustre " Villemain, qui dans ses cours n'ose pas heurter de front les préjugés de ses compatriotes et garde la vieille doctrine enseignant que le poète doit " plaire ". Il nie que les scènes des sorcières aient eu en vue un auditoire accessible aux superstitions populaires ; et s'appuyant sur Lessing, il démontre que ce qui séduit ici ce n'est pas le spectacle matériel de l'enfer ou des apparitions, mais l'idée. There are more things...
Le Siyn Otetchestva publie une longue biographie de Shakespeare, un de ces hommes que " l'esprit de Dieu ne suscite sur la scène de ce monde que par siècles, fixant ainsi un astre au firmament de l'histoire et l'envoyant aux peuples comme un
' Lettre à Grot. Perepiska, I, 227.
* Brochures. N** 4, pp. 5-83.
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objet d'admiration, de joie et de fierté. " ^ Il traduit de l'allemand une étude sur les drames de ce " titan " et cite abondamment Schlegel. ^
Cependant, si les romantiques se réclament bruyamment de Shakespeare, ils ne réussissent pas à l'accaparer entièrement. Il y a bien une minorité de classiques intransigeants, comme le directeur de théâtre F. F. Kokochkine, qui s'obstinent à nier son génie et qui épanchent leur acrimonie dans le Vêstnik Evropy ; il en est qui concilient leurs sympathies naturelles avec une certaine estime pour l'idole de leurs rivaux : tel est P. Katenine le fervent racinien. En 1824 il était prêt, pour plaire à l'actrice A.M. Kolosova, à traduire Romeo and Juliet^ et redoutait seulement que la censure ne s'opposât à laisser figurer un moine en froc sur la scène. Il n'eût pas consenti à transformer pour la circonstance le moine en " médecin grec. " Mais à défaut de Romeo and Juliet^ il proposait Bajazei. ^ Quelques années plus tard il s'inspire de Much Ado Ahout Nothing pour entreprendre sa comédie Haine et Amour^ dont il publie les trois premières scènes dans le Nevski Almanakh en 1830. Sa rieuse et caustique comtesse Rosalia est une réplique de Béatrice. Mais après