‹ Shakespeare en Russie, 1748-1840 (étude de littérature comparée)Chapitre 14 sur 41 · LE TRADUCTEUR · texte numérisé non relu

LE TRADUCTEUR

Et les anciens ?

LE LIBRAIRE

Pour les anciens l'année est mauvaise

Jadis on se les disputait :

Madame RadclifFe est déchue,

Et l'année est malheureuse pour Genlis...

Et autrefois, ce sont elles qui nous sauvaient.

Mais quoi ? les temps sont tels :

Vous savez ce qu'était Auguste Lafontaine,

Vrai pendant de madame Cottin ;

Maintenant il faut l'avouer, les temps sont durs pour eux.

A la question : Et d'Arlincourt ? le libraire répond que ces " beaux romans " si agréables à lire, avec leur style " fleuri et ingénieux " ne sont plus goûtés. Kotzebue est rélégué à la cave 011 les souris le rongent. Tous ces auteurs négligés par les " citadins " ne sont plus lus que par les habitants des " steppes ".

Walter Scott a ce privilège d'être à la fois idolâtré de la foule, des lettrés et de la critique. Celleci voit dans son succès un présage de l'amélioration du goût du public, et elle fonde de grands

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espoirs sur ce pouvoir éducateur du romancier. " Peu à peu, goutte à goutte, l'eau perce la pierre! s'écrie le Moskovski Telegraf^ ^ Radcliffe, Genlis, Ducray-Duminil, A. Lafontaine sont enfin écrasés, tout le monde lit Scott, c'est un pas vers le mieux !... " Chevyrev, à propos de fVaverleyy montre que Scott a introduit dans le roman " des peuples et des siècles entiers ", a fait passer la poésie dans la réalité, découvert dans l'homme même " tout le ciel d'Homère " et composé le véritable " livre de la vie ", miroir fidèle, capable de remplacer pour nous des années d'expérience ^.

Ne sont-ce pas là, à peu de choses près, les expressions que le critique emploie à propos de Shakespeare ?

Si donc on découvre dans les deux écrivains un fond de qualités analogues, il est heureux que l'un, plus accessible à la masse, ait pris d'assaut les cœurs. Grâce à Scott, le goût va graduellement s'assainir, et le grand public sera plus prêt à comprendre la profonde humanité du génie de Shakespeare.

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