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pherson touchèrent-ils son ouïe qu'elle tressaillit d'enthousiasme et toute l'Europe sympathisa avec elle. " ^ Il reproche à Karamzine, " homme du monde, aimable, spirituel, habillé à la mode et parfumé ", de n'avoir vu que " l'extérieur " de Shakespeare et de Kant, et d'être resté un " petitmaître à l'âme française ", à genoux devant le jeune Anacharsis, et émaillant son style "d'insupportables gallicismes ". Il contraste le comique spontané de certaines scènes de A Midsummer Night's Dream avec les froides coquineries des valets de la comédie française. ' Il est aussi mécontent du germanisme trop superficiel de Joukovski.
Il appelle le poète anglais le médecin qui guérit les yeux malades et le spleen, l'étoile brillante à côté de la comète romantique. ^ Il préfère son " soleil " à r " éclair " de Byron. * Vigny, calculateur précis, range les événements selon une perspective philosophique étudiée et un système. Hugo mêle le comique au sublime^ exagère son lyrisme et sa recherche des antithèses. Le " simple " Shakespeare voit d'un œil d'aigle la poésie contenue dans l'absurde légende populaire : de misérables semences il fait croître des chênes centenaires. 11 ne " compose " pas, il " crée ". Il ne
' Otcherki, 1831.
' No'vy Ji-vopisets, II, p. 169.
* 1833 (à propos du Boris Godounonj de Pouchkine).
lyO SHAKESPEARE EN RUSSIE
s'entoure pas comme nous d'une savante documentation. " Son système est dans l'âme, sa philosophie dans le cœur, son secret dans une grande idée qu'a devinée son génie. " ^ Polevoï épuise le vocabulaire dithyrambique : " Shakespeare est un magicien, et celui qui est une fois ensorcelé par lui est son esclave éternel ; celui-là est jeté pieds et poings liés dans le monde de Shakespeare, où il n'y a ni fin, ni limite aux créations, aux chatoiements, aux couleurs, à l'éclat, aux aspects, à la profondeur, à la hauteur, à l'étendue et au temps. " " Il trouve mesquin et faux le roman de Tieck dont le dramaturge est le héros. Celui-ci devait, selon lui, " tout savoir, tout sentir, et être au fond de l'âme Richard, Brutus, Lear, Hamlet, Shylock. " '
Le poète est grand en tout ; lui reprocher ses manquements à la bienséance, c'est reprocher à la lave de l'Etna d'avoir quelques coulées dépourvues de " pittoresque ". Il faut se dépouiller des conventions humaines "dans les steppes du ciel". L'âme de Shakespeare, comme les abîmes de l'océan, recèle un monde que toute l'humanité n'expliquera pas," tant que restera inexpliqué l'abîme de l'océan de notre existence ".
Au seuil des "années trente" le romantisme est encore vivace en Russie, bien que son plus