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glorieux représentant, Pouchkine s'en soit déjà émancipé, et, que par une divination géniale, il ait trouvé la formule littéraire nouvelle. Cependant le goût pour l'extraordinaire et l'exotisme fait graduellement place à l'amour des spéculations philosophiques et esthétiques. Schelling, puis bientôt Hegel, deviennent les maîtres de la jeunesse pensante. L'art est considéré comme le révélateur du mystère cosmique, et le théâtre en est le temple. " Théâtre ! théâtre ! quel mot magique tu étais alors pour moi ! " s'écrie Bêlinski. " En toi je voyais le monde, l'univers entier avec leur variété et leur splendeur, et leur fascinant mystère ! " ^ Et il décrit les randonnées de son imagination à propos de Macbeth^ Romeo and Juliet^ Othello.
Les jeunes philosophes moscovites du cercle de Stankevitch, parmi lesquels sont Bêlinski et V. P. Botkine cherchent la confirmation de leurs théories dans Goethe, Schiller, Shakespeare. Mais celui-ci " se dressait plus haut que tous, objet d'une admiration sans bornes ". ^
Dès ses premiers articles, Bêlinski cite à chaque page, à tout propos et même hors de propos "le grand Shakespeare qui a compris l'enfer, la terre, le ciel, tsar de la nature, dont chaque drame est un monde en miniature,^ qui n'a point pris comme
' Polnoe sobranie sotch. F. G. Bêlinskago, izd. Venguerova, IX, 248.
^ Pypine. Bêlinski, ego ji'z.n i perepiska, I, p. 105.
^ Liieratournya melchtania (Œuvres, cd. Venguerov, I, p. 321).
Schiller des idées, des héros favoris, mais a représenté la vie avec impartialité. " ^ Il vante sa science psychologique, sa simplicité géniale, si remarquable dans Timon of Athens^ ^ la vérité de sa peinture des passions en lutte avec la volonté, il exalte le " tsar des poètes, unique et incomparable ". ^
Pourquoi cet enthousiasme, sinon parce que les exemples puisés dans Shakespeare alimentent à l'infini les discussions sur la destinée de l'homme, sur la philosophie de l'histoire, sur les problèmes psychologiques ? Aussi au premier plan paraîtront H amie t^ Lear^ Macbeth^ et les chroniques historiques. Celles-ci fourniront d'abondants arguments à ceux qui rêvent d'attribuer à la Russie le PTeltgeist hégélien, en dégageant les traits fondamentaux de l'âme slave.
Les traductions et les biographies de Shakespeare se multiplient. Tioutchev choisit dans A Midsummer Nighfs Dream le chant de Puck :
Now the hungry lion roars,
1 " Demandez à ce tsar des magiciens pourquoi il a fait de Lear un faible vieillard à demi insensé et non un père idéalement tendre comme dans Ducis ou Gnêditch ; pourquoi il a représenté dans Macbeth un homme devenu scélérat par faiblesse de caractère et dans Lady Macbeth une scélérate par sentiment ; pourquoi il a fait de Cordélie une tendre fille aimante, au doux cœur féminin, et a lancé sur ses sœurs les furies de l'envie, de l'orgueil et de l'ingratitude : il vous répondrait que cela est ainsi dans le monde et ne peut pas être autrement ". (Bêlinski lisait Shakespeare dans la traduction de Guizot).
- O rousskoï pouêsti i po-uêstiaMi Gogolia.
^ Ibid., I, 235.
et le couplet de Thésée sur les miracles de l'imagination :
The lunatic, the lover and the poet Are of imagination ail compact,
pour en donner dans la Moha ^ une agréable interprétation.
L'année 1833 voit s'achever la première traduction littérale de King Lear"^ et de The Merchant of Venice par Vasili Iakimov. Le traducteur, dans sa préface de hear^ réédite à peu près les principes de Vrontchenko. Il s'est, dit-il, efforcé de garder tout ce qui est dans l'original, en excluant ce qui est contraire aux convenances, il a dû omettre un passage entier, atténuer un autre et changer un troisième. Il a traduit, autant que possible, vers par vers, et même mot à mot ; parfois la nécessité l'a forcé à faire d'un vers un vers et demi ou plus. Qui connaît tant soit peu la langue anglaise n'exigera pas de la traduction russe la concision et la brièveté qui distinguent les poèmes anglais. La mesure des vers, la répétition des mots en certains endroits, les rimes sont conservées partout où cela se peut, et tout est exprimé " comme cela est ".
Iakimov garde, par exemple, dans les chansons du/ôo/les répétitions de rimes et les balancements de rhythme qui en avivent l'humour ; il s'efforce
' 1833. N" 8 (Cf. Œuvres de Tioutchev, éd. 1900, pp. 436-437. - La traduction du i"^' acte de King Lear par Iakimov avait déjà paru dans le (Kloiko'Uiki Telegraf, 1832, XLIV.
partout de sauvegarder la coupe des vers ; et si sa pudeur lui suggère dès les premières paroles de Gloucester des détours plus ou moins légitimes, ^ il recherche surtout la fidélité verbale. Malheureusement sa langue se ressent trop de cet effort, et manque de naturel et de souplesse. Elle est aussi moins correcte et moins colorée que celle de Vrontchenko.
La comparaison était d'autant plus fâcheuse pour la première que Vrontchenko, ayant lu le Learâ-Q son émule, s'était hâté d'envoyer au Telegraf un extrait du hear que lui-même préparait et qui, disait Polevoï, " ferait aux lecteurs de la revue un grand plaisir ". ^
Le Moskovski Telegraf jugea l'œuvre de Iakimov imparfaite et non poétique, mais justifia l'hospitalité donnée au premier acte de Lear, en soutenant que " la plus mauvaise traduction ne tuerait jamais un grand écrivain ", et que même le mauvais travail de Le Tourneur a fait connaître Shakespeare en France, et introduit tout un monde d'idées nouvelles et de fraîches impressions. " ^
La Mo/va j ^ journal de Nadejdine, trouva que la traduction, malgré tout le labeur dépensé, ne
1 Sa phrase : " JVhereupon she gre-iv round-xvombeci, and had ifideed, sir, a son for her cradle ère she had a husband for her bed " est rendue par " Cela vous paraît une faute ? A mon avis, que la faute reste faute ! "