I. Roskovchenko ^ a des qualités bien supé
^ Par exemple, à l'acte V : " / am ne-ver meny nxjhen I hear sTveet music " est traduit : " Je ne suis jamais si gaie que lorsque j'entends de la bonne musique. " L'avant-propos flatteur de la rédaction était fait sur le désir formel de Pavlov qui en avait tracé les grandes lignes dans une lettre du 20 juillet 1839 à A. A. Kraevski. (Publiée dans le Rousski Arkhi'v 1897, I, 453.)
^ S)'« Otetchest-va, 1839.
^ Galate'ia, 1839, ^j PP- 521-530.
^ {Moskovski Nablioudatel, 1839, ^^■
" Ibid.
^ Biblioteka dlia tchtenia, 1839, t. 33. C'est lui qui avait signé " Meister " la traduction de Richard III.
Heures de précision et de naturel dans l'acte II de Romeo and Juliet^ qu'il commente à l'aide de Philarète Chasles et de Schlegel. V, Mejevitch dédie à M. S. Chtchepkine des scènes de l'acte 111 à' Othello^ ^ d'une facture laborieuse ; mais le premier il révèle Shakespeare lyrique par l'imitation du sonnet LXXI " :
No longer mourn for me when I am dead...
Les idées principales sont sauves, mais sont réparties en cinq couplets de quatre vers d'un balancement calculé :
Tant que je vivrai je vous prie de m'aimer, Quand je mourrai je vous supplie de m'oublier.
Dès lors, on s'essouffle à suivre le bataillon serré des traducteurs. Ce sont principalement en 1840 Gamazov, dans The Tempest^ Borodine, dans Cymbeline^ Stroev dans Julius C^sar^ Leontiev dans Antony and Cleopatra^ Satine dans The Tempest. Ketcher, ami de Bêlinski, entreprend le labeur colossal de traduire en prose les œuvres complètes de Shakespeare, et débute en 1841 par King John^ King Richard II et King Henry IV.
Parallèlement les revues sont remplies d'études biographiques et critiques sur le poète, tantôt empruntées aux Allemands ou aux Français, particulièrement à Villemain et Chasles, tantôt origi-
' Liter. friba-v. k roussk. Inx'al. 1839, ^^i "" 7- ^ Ibid., n" 18.
2o6 SHAKESPEARE EN RUSSIE
nales. Celles-ci sont de moins en moins des généralités théoriques et des lieux communs. Elles sont plutôt suscitées par une pièce particulière, et empreintes d'un sentiment personnel. Un critique, en parlant de Cymbeline, " ce roman dramatique sous forme de conversation ", ^ aura des accents venus du cœur. On le sent conquis par ce pathétique " charmant et agréable ", cette " tendre mélancolie " qui émane de la pièce. Avec quelle admiration il analyse le caractère d'Imogène, "véritable perfection féminine ", à la tendresse native si franche, si simple. " Les femmes de Shakespeare ne ressemblent pas aux héroïnes de théâtre, elles forment un contraste absolu avec les reines de tragédies. Nous aimons presque autant Imogène qu'elle aime Posthumus et elle mérite cet amour mieux que lui. "
Sans doute, le livre de Mrs. Jameson n'a pas été sans influence sur ce critique, mais les conclusions en ont été adoptées avec ferveur, après un évident contrôle par la pièce elle-même.
A propos de The Tempest^ traduit par Satine, le Syn Otetchestva ^ ne se borne pas à répéter, après tant d'autres, que Shakespeare est le " génie le plus universel " qui ait jamais existé, également grand par la peinture des passions, l'esprit, la profondeur, l'observation du monde réel et la représentation du monde irréel ; il analyse dans le
J Sovremennik, 1839, t. 14.
détail la pièce, en fait ressortir les beautés, et au premier rang " l'amour pur et vrai " de Ferdinand et de Miranda : " Donnez-nous, s'écrie-t-il en terminant, donnez-nous le plus possible de ces traductions, et la littérature russe prendra une toute autre couleur ! " De même Othello^ drame qui paraît " plus proche du cœur de l'homme que Lear^ Macbeth^ Hamlet''\ est soumis au même examen minutieux. ^ L'enthousiasme pour 1' " inimitable " Desdémone, dont l'âme fait deviner le visage charmant, est évidemment un effet du prosélytisme de Mrs. Jameson et probablement aussi de Heine. ^ Bientôt c'est le tour de Timon of Athens^ loué pour la vérité de ses "mœurs". Aussi des livres qui, sous couleur de donner une biographie de Shakespeare, se contentent de reproduire quelques anecdotes connues, des extraits de critiques étrangers et russes, et d'accommoder le tout en un style pompeux et dithyrambique, sont-ils maintenant mal accueillis. Telle est la Vie de William Shakespeare ■*, compilation de A. Slavine, qui paraît en 1840, avec l'épigraphe : Shakespeare est vaste comme le monde^ varié comme la nature ! Aussitôt, les revues protestent : " Ce livre est une plaisanterie, " dit le Sovremennik, en fei-
' So-vremennik, tome 19, pp. 107-131.
^ Les études de Heine, Shakespeares tMâdchen und Frauen sont de 1838-39.
* So-uremennik, 1841, tome 23.
* 'Jizn Willïama Sfiakespeara, Moscou, 184.0.
2o8 SHAKESPEARE EN RUSSIE
gnant de le prendre pour une parodie de la rhétorique des petites feuilles. La Galateïa ^ raille un ouvrage qui n'apprend rien sur Shakespeare, mais beaucoup sur M"" Slavine, philosophe, critique et poète. Elle réfute l'idée que le dramaturge ait été un théoricien désireux de réformer l'art dramatique ou d'exalter la dignité et la force morale de l'homme. Elle donne un échantillon de 1' " éloquence " de Slavine et ajoute : Siatis pro nostris peccatis !... Bêlinski régale les lecteurs des Otetchestvennya Zapiski ^ de savoureuses citations qu'il ridiculise avec une joie délirante.
Au contraire l'opinion éclairée est mûre pour apprécier les articles érudits que V. P. Botkine va consacrer à Shakespeare. Ceux-ci, à défaut de l'originalité, sont rédigés avec une probité parfaite. Ils résument et discutent clairement les travaux des exégètes anglais et allemands. Botkine ne dédaigne pas de traduire, en 1841^, les Etudes de M'"^ Jameson sur Juliette et Ophélie, qui enthousiasment Bêlinski* et il présente avec une sympathie communicative " ces vues pénétrantes, vêtues de la forme la plus simple, la plus dénuée d'artifice et presque naïve "> qui révèlent " un sentiment féminin étranger à toute pensée abstraite ou à toute conception raison-
' 1840, n" 15, Kritika i bibliografia.
^ 1840, n" 6 (dans les Œuvres, édition Venguerov, V, p. 285). ^ Otetckest-Tjennya Zapiski, t. XIV.
* A propos de la caractéristique d'Ophélie, Bêlinski écrit : " Je n'ai rien lu de meilleur en critique, ni en rêve ni éveillé, depuis que e suis né " (Pypine, Bêlinski, II, pp. 109-110.)
née. " " Aussi, dit-il, chacune de ses rem-,rn„ touche râ^e, tant elle est e^prein^: de tS t tant elle nous introduit dans le monde intérierdu personnage examiné. " intérieur du
Bientôt il exposera et discutera les idées de Rotscher sur ^.„.. and Juliet, et The Menka,nZ ^..«.reprochant au critique allemand d abst/airf iart de toutes les autres sphères de l'activité humame o le, de rétrécir le champ de sa visio que Lu ""! ''"^"= -«gérément métaphori-
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Chevyrev ' admire Shakespeare d'avoir deviné les caractères des peuples les plus diffé en s " part^uhèrementd'avoir fixé en quelques mot précL la phys:onom.e russe, dans Lols Labour'T,!n
Twenty adieus, my frozen Muscovites- .
We,Miki„g „i„',he;. hâve ; g,»,, g^^s' ; fi,, f„;. ' La fièvre romantique est calmée. Simplicité ^\..\. qualités quon vante surtout dans
i.es années quarante "
' 1S42. Otetchesfvennya Zapiski t XXTV (rc
se détournent lentement de l'absolu pour regarder le relatif, et surtout cette contingence longtemps négligée : l'homme. On découvre qu'il n'est pas de meilleur peintre de la vie que Shakespeare et que le mieux qu'on puisse faire c'est de se mettre à son école.