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Il n'est pas possible de la définir à poBteriori; car on nie que toutes les oeuvres en vers soient poétiques, on conteste que tooi les genres même de versification le soient, et pour savoir oA prendre les éléments de notre définition, pour décider si le poème didactique, la satire et la comédie nouvelle doivent être éliminés d'emblée, comme quelques-uns le veulent, il faudrait avoir une idée préalable de la poésie : ce qui fait un cercle vicieux.
Il n'est pas possible de la définir à priori; car on ne le peut qu'au moyen de la grande méthode des contraires, qui est, nous l'avons vu, une mauvaise plaisanterie de la logique. On oppose la poésie à la prose, mais qu'est-ce que la prose? et pourquoi ne Topposerait-on pas aussi, comme Lessing l'a fait, aux arts du dessin, ou bien encore à la musique ? Que sort-il de celte opposition? ce qu'on veut, suivant le terme de contradicticm qn'oa a choisi.
Les Allemands disent qu'il n'y a point de poésie quand It réalité est peinte telle qu'elle est, quand la raison gouverne et tempère l'imagination, quand les mathématiciens, les marchands, les notaires, bref les esprits exacts, positifs ou pratiques, ne font pas au poète l'honneur de ne l'entendre point. Quelle étrange étroitesse I Pourquoi restreindre le domaine de la poésie à celui de la fantaisie? Pourquoi défendre à l'imagination de faire alliance avec la raison et, si cela lui plaît, de se subordonner librement à elle? Pourquoi exclure Molière du céleste diœur; parce qu'il est le poète, non de quelques rêveurs, mais de l'humanité, et parce que sa pauvre seiTante le comprenait mieux que certains savants? Pourquoi Orgon, Tartufre,Chrysale, Argan, Alceste, seraient-ils des objets moins dignes de la poésie qu'Obéron, Titania, Fleur-des-Pois ou Grain-de-Moutarde? Pourquoi la lune enfin serait-elle plus poétique que le soleil?
Mieux vaut s'en tenir aux vieilles définitions de la philosophie grecque et appeler la poésie une imitation belle avec Aristote, ou avec Platon une création : cela ne veut pas dire grand'chose et ne mène pas bien loin ; mais au moins cela est vrai.
On voit maintenant la vanité de la méthode qui consiste à déterminer Vidée de la comédie pour montrer que Molière est ou n'est
pas comique, et à définir celle de la poésie pour faire voir qu'il est ou n'est pas poète ^ Ce que je reproche aux critiques allemands, ce n'est point de préférer Shakespeare ou Aristophane à Molière, c'est d'avoir la prétention de fonder leur préférence sur la moindre raison de l'ordre logique. On est toujours libre de ne pas trouver une sauce excellente; mais, si nous la trouvons bonne, c'est perdre son temps et sa peine que de nous démontrer qu'elle est mauvaise et qu'une autre vaut mieux, soit d'après les règles du cuisinier grec, comme le voulait l'ancien dogmatisme, soit d'après l'idée de la sauce en général, comme le fait le nouveau.
Je me propose, toujours sur les pas de Molière et de Kant, de ttMftrer dans le chapitre qui va suivre qu'il n'y a point d'autre pripi^p^ de la critique littéraire que le goût, c'est-à-dire la liberté, avec tous ses périls d'erreur, avec l'esprit de prudence et les autres qualités que l'expérience et l'éducation peuvent hii faire acqu^ir, mais sans rien absolument qui relève de la sci^iU^e pi delà logique, sans gage aucun de certitude.
1. Ce^ en suivant une méthode exactement pareille que Lessing. grand défi-^ Mlsseur, a porté sur la Fontaine un jugement célèbre par son absurdité. Il a défini |p MUe, «t, en v«rtu 4e sa définition, il a démontré que i'auteur des Animatw malodef de la peMe n'est pas un bon fabuliste
ANALYSE DU GOUT C05SIB£lUg COMME PRINCIPE DE LA