Ménanire, p
iO SHAKESPEARE ET L'ANTIQUITÉ.
que lu faisais naguère ! Tu te disais heureux, et lu pleures. Xerxès répondit : C'est que je me suis senti pris d'attendrissi ment, en songeant combien la vie humaine est courte, à telle enseignes que, de tous ces hommes-ci, aucun ne sera debou dans cent ans. . — Artaban lui répondit : C'est peu, et nous Irou vous dans la vie de bien autres sujets d'affliction. Dans une car rière si bornée, aucun de ces hommes-là, ni personne ici-bas n'est assez heureux pour qu'il ne lui arrive point, je ne dis pai une fois, mais souvent, de trouver la mort préférable à la vie Les malheurs assaillent, les maladies troublent cette existence s courte et la font paraître longue. Ainsi la mort, à cause de l'amei tume de la vie, est pour l'homme le plus désirable des refugei et la divinité, qui nous fait goûter quelque douceur à vivre, s'e montre aussitôt jalouse \ »
Ces exemples suffisent pour montrer enlre la pensée moden el la pensée antique les points de contact les plus profonds. ^ comparés à notre vieille sagesse, les Grecs sont des enfants, ne l'étaient pas toujours autantqu'onradit,etles deux milleanné d'existence et d'expérience que nous avons de plus que les ancie n'ont point mis enlre eux et nous d'abîme infranchissable.
Le trait le plus antique du génie de Shakespeare, c'est Vhum nité de ses héros. Il est, à cet égard, dans la bonne tradition grecqi si diff*érente de la tradition latine et française. Cicéron blâmait Philoctèteàe Sophocle de souff'rir simplement, comme souffn nature quand elle cède à la douleur; il aurait désiré une tenue un langage plus virils ^ On sait avec quelle perfection désespérai Sénèque a mis en pratique la doctrine littéraire de Cicéron ; personnages relativement si humains et si naturels des tragiqi grecs deviennent dans son théâtre des stoïciens raides et déclan toires. Nos tragiques français, il faut l'avouer, ont plutôt su en ce point l'exemple de Sénèque que celui des Grecs. Pour C neille, cela est évident. Parmi les critiques que Scudéry adre à l'auteur du Cidj une surtout est d'une justesse asso mante, lorsqu'il dit à propos du comte de Gormas : c Je cr rais assurément qu'en faisant ce rôle l'auteur aurait cru fa