II
!1 faut Tavouer, c«îla n'est pas fin. L'infatuation poussée i ce degiv et s' étalant avec cette eflrouterie est trop invraisemblable. Molière a le comique insolent.
(lelle concession faite, j'estime que la méthode de grossissemont employée par noire grand comique est bonne en générid conforme aux lois bien connues de l'optique du théâtre. Laphpart des exagérations qu'on serait tenté de lui reprocher i h loiture sont des exagérations scéniques, qui disparaissent si l'oa <!' j>lace au point de vue de la scène. Le masque matériel doit li'S anciens étaient obligés de se servir à cause des vastes dimensions de leurs théâtres ouverts en plein ciel a cessé d'être ea usa»:»? ; mais le masque moral, je veux dire la nécessité pour Tartisle dramatique de faire un peu plus grand et un peu plus gros que nature, subsistera toujours. Il y a des peintures et des statues qui sont faites pour être vues de loin; les figures du poète tragique ou comique sont dans le même cas. La reproduction trop fine et trop exacte de la réalité ne serait ni appréciée ni comprise à dislance, c La perspective du théâtre, dit Marmontel, exigena <*oloris fort et de grandes touches^ mais dans de justes p^iporlions, c'est-à-dire telles que l'œil du spectateur les réduise sans peine à la vérité de la nature. <> Le mérite que nous avons loué [>ar-dessus tout, dans Molière comme dans Shakespeare, c'est la vérilé: mais il ne peut s'agir que d'une vérité relative. Shakespeare est vrai, comparé à Marlowe, de même qu'Euripide, \ Uacine et GoHhe sont vr<iis, comparés à Eschyle, à Sophocle, à ; Corneille et à Schiller; ils ne sont pas vrais, ils ne sauraientêlre ■ absolument vrais, comparés aux réalités vulgaires que la prose de la vie nous met Journellement sous les yeux. Il faut maintenir bien haut les droits de l'idéal el de la poésie en face d'un réalisme naïf dont les prétentions trahissent une profonde ignorance des conditions les plus élémentaires de l'art.
Il n'est pas suftisamment exact de dire que le poète recueille dans la réalité les traits divers de ses peintures; on s'exprimerait avec plus de justesse en disant qu'il conçoit, à propos de la réalité, un type idéal et supérieur. La réalité ne lui sert que comme point de départ et comme point d'appui pour son génie: (îllc l'excite l't elle le soutient; elle le guide et, au besoin, ell»- le COI lige; mais elle ne lui fournit i^as tout, elle ne lui fournil même
essentiel. Le principe de vie, Tâme, qui fait que son œuvre 3 et ne mourra point, est toujours sa propre création. Il y a la littérature d'ingénieuses couipositions faites de pièces et orceaux, qui ne sont que des corps sans âme, parce qu'il manque le souffle créateur. Tels sont, en général, les pors de la Bruyère, et particulièrement cet Onuphre qu'il a îndu opposer au Tartuffe de Molière. Onuphre est plus vrai Tartuffe, en ce sens que nous rencontrons tous les jours
la vie des Onuphres, c'est-à-dire des hypocrites ordinaires, t yeux baissés, à la démarche lente et modeste, » au lieu rartuffe est un géant qui n'a paru qu'une fois dans le monde L pensée ; mais cette apparition unique, idéale, est précisét le miracle du génie poétique. « Molière, a dit excellemment t,n'a jamais entendu nous offrir le fac similé de ce que nous '^ons côtoyer tous les jours... Il prolonge jiisqxC à V idéal les ^partant du vrai, et nous donne la poésie de l'impos- . .. Shakespeare va jusqu'à la comédie fantastique, Molière tient à la comédie poétique. » Et voyez ce qui arrive : Onuî, à force d'être réel, est un personnage indistinct à nos
; nous ne le voyons pas, parce que nous le voyons trop; onne ne peut donner un corps et utie physionomie à Onul il se perd dans la foule, il fait nombre, il s'appelle légion. Laurent, serrez ma haire avec ma discipline, » dit Tartuffe ntrant : et voilà une figure à jamais fixée, à jamais vivante i l'imagination des hommes. La Bruyère prétend qu'il ne point parler de sa haire et de sa discipline, parce qu'il eraît pour ce qu'il est, pour un hypocrite, et qu'il veut er pour ce qu'il n'est pas, pour un homme dévot. La criî est fine; mais l'exemple de la Bruyère prouve qu'un fin [|ue n'est pas un grand poète, et celui de Molière montre ia poésie a des secrets que la critique ne connaît point. affe continue :
... Ah ! mon Dieu, je vous prie, Avant que de parler, prenez-moi ce mouchoir.