Revue des Deux Mondes, 15 juin
DÉPmmONS PARTIELLES DE L*HCM0(3R. 453
tiques racines du mot, tf^yoç et ûi%, c'est-à-dire chant du bouc?
A partir du moment où Vhumotir cesse d'être simplement l'humeur, il devient quelque chose de singulièrement peu français.
L'humoriste, dans un des sens les plus usuels de ce mol si complexe, est un homme excentrique, un originaly comme nous «lisons en mauvaise part avec une nuance de mépris et la vive impression d'un ridicule. Tel était, par exemple, ce docteur Samuel Johnson dont M. Taine, dans son Histoire de la lillérature anglaise f nous fait la caricature suivante :
« On voyait entrer un homme énorme,à carrure de taureau, grand à proportion, l'air sombre et rude, l'œil clignotant, la figure profondément cicatrisée par des scrofules, avec un habit brun et une chemise sale, mélancolique de naissance et maniaque par surcroît. Au milieu d'une compagnie, on l'entendait tout d'un coup marmotter un vers latin ou une prière. D'autres fois, dans l'embrasure d'une fenêtre^ il remuait la tête, agitait son corps d'avant en arrièie, avançait, puis retirait convulsivement la jambe. Son compagnon racontait qu'il avait voulu absolument arriver du pied droit et que, n'ayant pas réussi, il avait recommencé avec une attention profonde, comptant un à un tous ses pas. On se mettait à table. Tout d'un coup il s'oubliait, se baissait et enlevait dans sa main le soulier d'une dame... Lorsque enfin son appétit était gorgé et qu'il consentait à parler, il dispuiaity vociférait, faisait de la conversation un pugilat, arrachait n'importe comment la victoire, imposait son opinion doctoralement, impétueusement, etbrutalisaitlesgensqu'ilréfutait: « Monsieur, je m'aperçois que vous êtes un misérable whig. — Ma dière dame, ne parlez plus de ceci ; la sottise ne peut être défendue que par la sottise. — "Monsieur, j'ai voulu être incivil avec vous, pensant que vous l'étiez avec moi. » Cependant, tout en prononçant, il faisait des bruits étranges, tantôt tournant la bouche comme s'il ruminait, tantôt claquant delà langue comme quelqu'un qui glousse... »
L'antipode de l'humoriste anglais ainsi entendu, c'est le Français aimable et poli, tel que Duclos, au milieu du xviir siècle, en faisait le portrait : « Le bon ton, dans ceux qui ont le plus d'esprit, consisteà dire agréablement des riens etànepasse permettre le
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moindre propos sensé si on ne le fait excuser par les grâces du discours; à voiler eniin la raison, quand on est obligé de la produire, avec autant de soin que la pudeur en exigeait autrefois quand il s'agissait d'exprimer quelque idée libre. »
L'esprit français, l'esprit de société, naturellement ennemi de l'excentricité individuelle, est, en ce sens, tout ce qu'il y adeplus opposé à Vhumour, La moindre infraction aux usages, aux manières généralement adoptées passe.chez nous pour une inconvenance, et l'obligation de ressembler à tout le monde étouffe la croissance des originaux. On devient ridicule pour peu qu'on se distingue; en France, la crainte du ridicule congèle tout^ selon l'expression de Stendhal. « Armés du ridicule, écrit aussi Vinel, les Français ont ramené à l'ordre, c'est-à-dire, sur chaque sujet, aux idées convenues ou à la convention de n'en point avoir, tous les esprits rebelles. :» Joubert appelle la politesse « une sorte d'émoussoir ». M"* Geoffrin comparait la société de Paris à une quantité de médailles renfermées dans une bourse, lesquelles, à force de s'être frottées l'une contre l'aulre, ont usé leurs empreintes et se ressemblent toutes.
Les Anglais qui ont voyagé en France au xviii* siècle, Smollett, Horace Walpole, Sterne, Arthur Young, ont trouvé la société française, malgré tout son esprit, un peu grave et ennuyeuse, parce que les individus leur ont paru manquer de celte originalité rude, mais vive, de cette mâle indépendance qu'ils étaient accoutumés à voir en Angleterre. « Si je puis hasarder une remarque sur la conversation des salons français, écrit Arthur Young, le savant agronome, j'y louerai volontiers l'égalité du ton, mais j'en blâmerai la fadeur. Il est tellement interdit à toute pensée forte, .de s'exprimer, que les gens d'esprit et les hommes nuls se trouvent presque absolument pareils. Élégante et froide, polie et dénuée d'intérêt, la conversation française n'est qu'un échange de lieux communs s^ussi inoffensifs qu'ils sont vides d'instruction. Là où il y a excès de politesse,ily a peu de place pour la discussion, et si vous ne pouvez ni raisonner ni discuter, que devient la conversation? La bonne humeur, une facilité aimable, senties premiers éléments de toute société privée; mais l'esprit, le savoir, l'originalité doivent briser çàei là cette surface unie et produire quelque inégalité de sentiment;
DtnNITIONS PARTIELLES DE L'HUMOUR. iSS
sans quoi la conversation est comme un voyage à travers des plaines d'une monotonie sans fm. »
Sterne rapporte dans son Voyage sentimental un entretien des plus instructifs qu'il eut avec le comte de Bissie sur le caractère français:
€ Parlez-moi franchement, me demanda le comte : trouvezvous chez les Français toute Turbanitc dont le monde nous fait honneur? — Je n'ai rien vu, dis-je, qui ne confirme cette réputation.— Vraiment, dit le comte, les Français sont donc polis ? — A l'excès, repartis-je. i
> Le comte releva le mot excès, et prétendit que je pensais là-dessus plus que je ne disais. Jeme défendis longtemps de'mon mieux. Il soutint que j'avais une arrière-pensée, et me pressa de déclarer franchement mon opinion.
1 ... Une nation polie, mon cher comte, dis-je, rend chacun son débiteur, et d'ailleurs l'urbanité, comme le beau sexe, a tant de charmes par elle-même, qu'il en coûte de dire qu'elle puisse tomber en faute; pourtant, je crois qu'en toutes les choses humaines il n'y a qu'un certain degré de perfection que l'homme ait le pouvoir d'atteindre; ce point dépassé, l'homme ne perfectionne pas ses qualités, il en change. Je ne puis avoir la présomption de dire jusqu'où cette remarque s'applique aux • Français dans le sujet ddht nous parlons ; mais supposez que les Anglais arrivent, par le raffinement progressif de leur civilisation^, à ce même extérieur poli qui distingue les Français ; si nous ne perdions pas la politesse du cœur, qui incline les hommes plutôt à des actions charitables qu'à des actes de civilité, nous perdrions du moins cette originalité personnelle, cette variété de caractères qui nous distingue non seulement les uns des autres, mais de tout le reste du monde.
> J'avais dans ma poche quelques shillings du roi Guillaume aussi polis qu'une glace, et prévoyant qu'ils serviraient à rendre sensible mon idée, je les avais pris dans ma main. — Voyez, monsieur le comte, poursuivis-je en posant les shillings devant lui sur la table, à force de tinter et de se frotter l'un contre l'autre depuis soixante-dix ans dans la poche du tiers et du quart, les voilà tous devenus si pareils qu'à peine pouvez-vous les distinguer. Les Anglais, comme d'anciennes médailles qui, tenues plus à
part, ne passent que par un petit nombre de mains, conservent le relief tranchant que la belle main de la nature leur a donné; ils ne sont pas si agréables au toucher; mais, en revanche, la légende est si visible qu'au premier coup d'œil vous voyez de qui ils portent l'image et Tinscription. Mais les Français, monâeur le comte, ajoutai-je (désirant adoucir ce que j'avais dit), ont tant d'exceUenlas qualités qu'ils peuvent bien se passer de celle-d; c'6Sl un |i|iq[)le loyal, brave, généreux, spirituel et bon, s'il en est sous le ciel. S'ils ont un défaut, c'est d'être trop sérieux.
» — Mon Dieu ! s'écria le comte en se levant. Mais vons plaisantez? » dit-il, corrigeant son exclamation. Je mis la niaio sur ma poitrine et, du ton le plus grave et le plus pénétré, loi affirmai que c'était mon opinion bien arrêtée. »
Pendant que les Anglais trouvaient fade l'urbanité française, les Français ont souvent trouvé désagréable et offensante la verve âpre et rude des Anglais. Voici de petits vers où Colin d'Harleville accuse la différence de l'esprit des deux nations :
Ces Anglais ont dans lenr ^ieté Et surtout dans la raillerie, Un fiel mordant, une âcrcté Insupportable en vérité.
Quand des Français on a goûté Le sel et la plaisanterie.
M. Mézièrcs remarque que les Anglais se permettent d'introduire la plaisanterie dans des sujets et dans des occasions où ce mélange blesserait, comme une faute de goûtdesplus choquantes, la gravité française. « Aucun orateur politique, dit-il, ne se permettrait en France les plaisanteries de Lord Palmerston dans ses discours... Childe-Ilarold riant d'un gros rire et faisant des calembours, au retour de son odyssée mélancolique, quelle lumière cela jette sur la complexité du caractère anglais! Notre René n'a pas de ces contrastes : il est resté jusqu'au bout grave et lier. »
J'ai développé précédemmentce thème de la gravité de Tespril français, et je craindrais d'autant plus de trop insister sur ce point que cette gravite ne forme évidemment qu'une partie de notre caractère national, la moins généralement reconnue, c'est vrai,
et, à cause de cela, la plus utile à mettre en lumière; mais il faut prendre garde d'oublier les vérités communes à force de chercher les vérités ignorées. Le fait est qu'on distingue deux grands courants dans la littérature française : une veine d'esprit, de gaieté, de malice et aussi de licence, qu'on appelle proprement la veine gauloise; et une veine de gravité, de noblesse, de majesté et de grandeur, qui est notre héritage latin. 11 y a sur ce parallélisme — ou ceft antagonisme — des deux traditions la matière d'un développement à perte de vue, que je ne veux pas entamer ici et dont on trouvera la substance dans un article de Sainte-Beuve snr M. Renan au tome II des Nouveaux lundis. Des deux esprits qui, parleur réunion, composent l'esprit français, le premier, l'esprit gaulois, quoique différent de Yhumour des peuples du Nord, est son cousin germain et s'entendrait peutêtre assez bien avec lui ; le second, l'esprit latin, a pour Yhumour une profonde antipathie. Ce n'est pas à cause de notre fond celtique, c'est à cause de notre éducation latine, que Yhumour est devenu pour nous quelque chose d'étranger et d'étrange. «Mot intraduisible, car la chose nous manque, a dit M. Taine : Y humour est le genre de talent qui peut amuser des Germains, des hommes du Nord; il convientàleur esprit comme la bière et l'eaude-vie à leur palais. Pour les gens d'une autre race, il est désagréable ; nos nerfs le trouvent trop âpre et trop amer. ))Le xvu' siècle nous montre la victoire de l'esprit latin sur presque toute la ligne, et M. Nisard loue la « discipline » de ce grand siècle, de ce qu'elle était « plus jalouse de perfectionner dans chacun la raison générale que d'y encourager l'humeur et le caprice de l'individu ». Mais à d'autres moments l'esprit celtique a pris sa revanche, et même au xvii® siècle il n'a pu être complètement étouffé. La sociologie, cette science nouvelle qui en est encore à ses débuts, fera bien d'étudier avec plus de précision qu'on ne l'a fait jusqu'ici ce curieux phénomène que présente le peuple français, de l'éducation venant corriger et transformer la race ; elle expliquera par là mainte contradiction de notre esprit et mainte* révolution de notre histoire tant politique que littéraire. Gomment ce peuple si bien morigéné esl-il capable, par instants, de tels accès de violence et de folie? Pourquoi le voiton se révolter soudain contre tout son passé et rompre brusque-
ment avec sa tradition ? C'est qu'il y a de la barbarie sous notre civilisation; il y a un fond d'humour celtique sous notre politesse et notre gravité latine. Dajis un livre écrit en allemand et consacré à l'étude de la France et des Français*, M. Hillebrand propose de modifier à notre usage le dicton populaire : c Grattez le Russe, et vous trouverez le Tartare. > On pourrait dire plus justement, assure-t-il : « Grattez le Français et vous trouverez l'Irlandais. » Or, l'Irlande est la terre classrque de Vhumour; elle a donné naissance aux plus grands humoristes de la littérature anglaise, notamment à Swift et à Sterne.
Un Irlandais, au xv* siècle, le comte deKildare, accusé d'avoir commis un sacrilège en brûlant la cathédrale deCastel, répondit pour s'excuser qu'il croyait que l'archevêque était dedans. Voilà une plaisanterie humoristique. Cherchons en quoi consiste son originalité, et rendons-nous compte de ce qui la distingue d'un trait comique ou spirituel.
Le trait comique nous offre toujours une naïveté essentiellement inconsciente. M. Jourdain, faisant un assaut d'armes avec Nicole et recevant d'abord plusieurs coups de bouton, lui crie : « Tout beau! holà! doucement! tu me pousses en tierce avant que de pousser en quarte, et tu n'as pas la patience que je pare! » Nous rions ici d'une naïveté pure, d'une bêtise.
A la différence du comique, le trait spirituel consiste toujours dans une finesse ou une malice logiquement exprimée et consciente d'elle-même. Un Gascon, après avoir donné par politesse son assentiment à une histoire incroyable, ajoutait : « Mais je ne la répéterai pas, à cause de mon accent. » Nous rions ici, ou plutôt nous sourions, parce que notre raison est chatouillée de la façon la plus agréable par la piquante épigramme du Gascon.
Dansl'/Mtmowr, la bêtise et l'esprit se mêlent de telle sorte qu'il est impossible de les séparer ; ce n'est pas assez de dire, avec quelques auteurs, quel'uneserrdevêtement à l'autre: l'union est plus intime et n'est pas seulement dans la forme. Mélange contradictoire de bêtise et d'esprit, toute vraie plaisanterie humoristique a
i. Frankrekh und die Franzosen in der zweiten Hœlfte des XlXten Jahrhunderts.
pour caractère de déconcerter la raison, de jeter à la logique un défi et d'être un composé d'éléments rebelles à l'analyse. Notre Irlandais de tout à l'heure, accusé d'un crime, présentait en manière d'excuse une circonstance aggravante, et riait. Les plaisanteries d'Agnelet, dans la farce de Maître Pathelin, appartiennent à ce genre spirituellement bête. L'amiral Nelson disait à un de ses capitaines que, « quoiqu'il n'eût point pris part au combat, il avait le mérite d'avoir conservé son navire intact » . Je pourrais, comme les Philaminte et les Bélise des Femmes savantes^ me pâmer d'admiration sur ce quoique. Ce quoique vaut un poème. Ce quoique m'ouvre l'infini. L'absurdité profonde de ce quoique est précisément ce qui en fait le sublime.
Enfin, ce quoique en dit beaucoup plus qu'il ne semble. Je ne sais pas, pour moi, si chacun me ressemble, Mais j'entends là-dessous un million de mots.
La gloire de Xhumour^ c'est de faire ouvrir de grands yeux à M. Joseph Prudhomme, je veux dire au lourd et gros bon sens vulgaire. Devant ses paradoxes surprenants et d'une profondeur insondable, M. Prudhomme reste là, bouche béante et les .bras pendants, comme ce bonhomme d'un fabliau allemand qui essayait de consoler une pauvre veuve au convoi funèbre de son mari. Elle sanglotait; il en eut pitié : « Galmez-vous, lui dit-il, soyez raisonnable; n'avez-vous pas dans la boutique un jeune compagnon, bien fait de corps, actif au travail, qui pourra quelque jour avec avantage prendre la place du défunt? — Ah! répondit-elle, j'y ai bien pensé; mais ce qui me désole, c'est qu'on ne peut pas se marier avant Pâques. »
Dorine est impertinente avec Orgon déjà exaspéré par la résistance de Marianne, et Orgon lui donne un soufflet : c'est bien; mais M. Squeers, personnage d'un roman de Dickens, fait mieux. M. Squeers est un maître de pension en voyage, qui s'est ruiné à remplir d'annonces les journaux; personne n'a répondu à son appel, et cela le met de fort mauvaise humeur. Dans la chambre de l'hôtel où il se morfond à attendre les visites, un de ses élèves est en pénitence, debout sur une malle. « De plus en plus agacé, M. Squeers regarda le petit garçon pour voir s'il faisait quelque sottise qui pût lui donner une raison pour le battre; comme le
petit garçon ne faisait rien du tout, il se contenta de lui appliquer un bon soufflet en lui disant de ne pas recommencer*, i
Dans la fable du Loup plaidant contre le renard par-devant le singe, il y a un trait humoristique. Le singe, après avoir eotendu les deux parties, prononce l'arrêt en ces termes :
Je vous connais de longtemps, mes amis, El tous deux vous paire z ramende :
Car toi, loup, tu te plains quoiqu'on ne fait rien pris, Et toi, renard, as pris ce que Ton te demande.
Ce qui fait Y humour de ces deux derniers vers, c'est leur illogisme plein d'un sens profond ; mais la moralité qui suit et qui conclut lafable n'est point humoristique:
Le juge prétendait qu'à tort et à travers
On ne saurait manquer, condamnant un pervers.
Cette explication est trop claire, trop logique, trop raisonnable. Le poète aurait mieux fait de nous laisser sur la contradiction paradoxale de la sentence du singe, qui nous rendait rêveurs et ouvrait à notre imagination des perspectives infinies.
On cite un mot délicieux de Fonlenelle, je crois, sur la Fontaine : « M. de la Fontaine est si bête qu'il croit que les anciens ont plus d'esprit que lui. » Essayez donc de ramener cette phrase à une proposition logique ! c'est impossible; les éléments en sont réfractaires à toute espèce d'analyse, et c'est justement décela que se compose le charme particulier de Vhumoitr. En ce sens, on peut dire que Vinfini est au fond des plaisanteries de Vknmoury à la différence des traits simplement spirituels ou comiques, dont la signification est toujours nette et la portée limitée.
Voici quelques exemples dVmmour consistant dans une contradiction infinie entre la situation où se trouvaient certains personnages et les sentiments qu'ils ont exprimés. Le colonel Turner fut pendu après la Restauration, comme coupable d'un vol infâme; au moment de monter à la potence, il dit à la multitude qu'une réflexion le consolait puissamment : c'était qu'il avait toujours ôté son chapeau en entrant dans une église. Montaigne parle d'un criminel qui, mené au gibet, disait qu'il né voulait pas passer par une certaine rue, « car il y avait danger qu'un marchand luy flst
i. « Mucli vcxed by tlii& réflexion, Mr. Squcers looked at tlie liltle boy to sec whether he vas doing any thing bc could beat hini for : as he happened net lobe doing any thing ai ail, lie nierely boxed iiis ears, and to!d bim not to do it agaiii. »
mettre la main sur le collet, à cause d'un vieux debte. Un autre disoit au bourreau qu'il ne le touchast pas à la gorge, de peur de le faire tressaillir de rire, tant il estoit chatouilleux. > Dans les Essais de critique et d'histoire de Macaulay, nous rencontrons une anecdote toute pareille : un voleur, marchant au supplice, demandait aux shériffs de lui tenir un parapluie au-dessus de la tête, depuis la porte de Newgate jusqu'à la potence, parce que la matinée était pluvieuse et qu'il craignait de s'enrhumer.
La niaiserie apparente et la contradiction logique qui entrent comme éléments dans Vhumour ont fait croire à trop de gens qu'il suffisait de dire des bêtises et d'être absurde pour mériter le nom d'humoriste. Ben Jonson proteste, dans le prologue d'une de ses comédies, contre la prétention ridicule des personnes qui voudraient se faire passer pour humoristes parce qu'elles affectent une excentricité quelconque. «Quoi! s'écrie-t-il, un drôle, en portant des plumes bariolées et un câble à son chapeau, une fraise à triple étage, trois pieds de ruban à ses souliers et un nœud à la suisse sur des jarretières à la française, se donnera par là un caractère humoristique ! Ah ! c'est quelque chose de plus que le comble du ridicule ! » Un philistin berlinois vantait devant Henri Heine le grand nombre d'humoristes qu'on voit à Berlin, et, à cause de cela, nommait sa ville la moderne Athènes. Heine lui dit:
« Mon bel ami, V humour est une invention des Berlinois, le peuple le plus spirituel de la terre. Vexés d'être venus trop tard au monde pour inventer la poudre, ils ont cherché à s'immortaliser par une autre invention qui fût aussi utile et qui pût rendre des services particuliers précisément à ceux quin'ontpas inventé la poudre. Jadis, quand quelqu^un avait dilune sottise, que trouvait-on à faire? Rien. On ne pouvaitpasempêcher l'accident d'être arrivé, et les gens disaient : «Voilà un sot ! » C'était désagréable. A Berlin, cette ville de tant d'esprit, mais où il se dit tant de sottises, ce désagrément était senti plus vivement que partout ailleurs. Le ministère essaya d'employer des mesures sérieuses contre le fléau: la presse^seule eut la permission de publier les grosses sottises ; la conversation dut se contenter des petites, — avec un privilège spécial, toutefois, pour les professeurs etles hauts fonctionnaires ; mais
aux gens des basses classes on n'accorda le droit de dire touthaut des sottises que clans l'intérieur de leurs maisons. Toutesces mesures restèrent impuissantes; les sottises comprimées n'en éclatèrent qu'avec plus de force dans les occasions extraordinaires; elles étaient même secrètement protégées par l'autorité ; le mal devenait intolérable, lorsque enfin fut imaginé un expédient de génie à effet rétroactif, qui du même coup anéantissait toutes les sottises et les métamorphosait en sagesse. Ce moyen est très simple: il consiste à déclarer que toutes les absurdités qu'on a commises, c'est uniquement par humour qu'on les a dites ou feites. Ainsi tout va se perfectionnant dans le monde : la sottise devient de l'ironie ; la plate adulation qui a manqué son but devient delà satire; la balourdise naturelle se change en adroit persiflage, l'absurdité pure et simple en humour, la sotte ignorance en esprit et en sagesse, et toi-même, enfin, mon bel ami^enAspasie de la moderne Athènes*. »
Schopenhauer condamne, lui aussi, c la tendance qui nous porte à donner aux choses un nom supérieur à celui qui leur convient. Demême que chaque auberge s'intitule hôtel, chaque changeur banquier, chaque manège ambulant cirque, la moindre salle de concert académie de musique, toute boutique de marchand bureau, tout potier sculpteur; de même le dernier farceur se fait appeler humoriste ! Grands mots et petites choses : telle est la devise du noble siècle où nous vivons. »
L'esprit dans la bêtise, comme toutes les définitions sommaires qu'on adonnées et qu'on donnera de V humour, n'est qu'un côté de cette chose si complexe; d'autres éléments, d'une importance égale ou supérieure, entrent dans sa composition, et d'abord, l'esprit dans le sentiment. C'est ainsi que Schlegel définit lemoL 11 y a dans tout véritable humour (et ce trait est des plus remarquables), de la sensibilité et de la bonté. L'auteur comiqueordinaire ne touche et n'amuse que l'esprit : nous rions des personnages qu'il met en scène, mais notre cœur reste sec pour eux; si nous leur savons gré du bon sang qu'ils nous font faire, on ne peut pas aller jusqu'à dire 'que nous les aimions, à proprement parler. L'humoriste a le pouvoir extraordinaire d'inté-