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KESSKMBLANCES PLUS PROFONDES. 45
avons comparées, la vérité et la grandeur, et il y aurait bien de la légèreté à préférer sans réserve la première à la seconde. On peut abuser du vrai comme du grand. Si l'abus du grand mène à la déclamation, l'abus du vrai conduit aux vulgarités du réalisme. Les bons poètes se tiennent à égale distance de Tun et de l'autre. Est-ce que, par hasard, le décorum manquerait à la sévère beauté de l'art grec? Est-ce que la nature et l'humanité font défaut au cœur du vieil Horace? A-t-on le droit de dire, à cause d'un peu d'emphase, qu'un poète tel que ïlorneille soit inférieur à qui que ce soit, quand son théâtre est la plus grande école qui existe du devoir et de l'honneur? Est-ce donc un objet plus digne delà Muse, de peindre les défaillances de la pauvre humanité? Poète de salon, dit-on de Racine; et parce que ses héros sont galants et disent ma princesse^ on ne croit pas qu'ils puissent être vrais et passionnés; mais n'est-ce pas, au contraire, le prodige de l'art, d'avoir su mettre tant de vérité et de passion sous des formes qui, revêtant toujours la nature d'un voile élégant et noble, ne la laissent pas moins paraître tout entière aux yeux de qui sait voir? Esl-il plus beau de montrer la bête humaine dans sa laideur et sa nudité?. . . Je m'arrête ; car , à force de correctifs et de repentirs, je finirais par faire à Shakespeare son procès : ce ne sont pas là mes affaires.
Une dernière ressemblance profonde de Shakespeare avec les anciens, c'est qu'il représente plus volontiers que la plupart des poètes modernes les grands sentiments généraux de la nature humaine, tels que l'amour conjugal, la tendresse paternelle ou maternelle, la piété filiale, l'afl'ection des frères et des sœurs, l'amitié, etc., et qu'il fait dans son théâtre une place relativement peu considérable aux deux passions, romantiques par excellence, de l'honneur personnel et de l'amour proprement dit. Nos tragiques français, qui ont tant de peine à se passer de l'amour romanesque, semblent éviter, comme ridicule, la représentation pure et simple de l'amour dans le mariage. Suivant une remarque très fine et très juste de M. Saint- Marc Girardin \ les épouses, dans la tragédie française, représentent plus Tlionnour que l'amour conjugal. Telle est Pauline dans Polyeucte. Corneille n'a pas