Cours de littérature âramaticfiiei t. IV, p. 370 et suiv
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cru pouvoir nous intéresser suffisamment par le simple spectacle de l'allection de cette femme pour son mari; voilà pourquoi il ya joint celui de sa lidélilé au devoir Juttant contre les souvenirs d'un premier amour ; l'amante de Sévère est plus dramatique que l'épouse dePolyeucte. De même, Gornélie, dans Pompée, est une héroïne autant ou plus qu'une veuve ; elle semble moins se souvenir du mari qu'elle a perdu, que du héros qui fiit le rival de César. « Quand je vois, dit M. Saint-Marc Girardin, les personnages qui, dans Tanliquité, représentent l'amour conjugal, l'Alcesle d'Euripide, la Panthcé de Xcnoplion, ou, dans les temps modernes, Tlmogène de Shakespeare, je me dis : «Voilà des femmes qui aiment leurs maris sans s'inquiéter si ce sont des héros ou des hommes ordinaires ; c'est le véritable amour conjugal. Quand je vois Gornélie, je me demande isi elle regrelterail autant un mari qui n'aurait été qu'un général vulgaire. >
La fausse direction des regrets de Gornélie, Tintroduclion malheureuse dans le cœur de Pauline d'un sentiment contraireà l'amour conjugal, sont des travers qui ont leur origine psychdo* gi([uc dans l'idée déplorablement mesquine que la littérature française s'est toujours faite du mariage. A ses yeux, le maiiagc est une chose prosaïque, bourgeoise, bonne pour la comédie; la littérature française pense comme l'Armande des Femmes stymw/es qu'une idole d'époux est un plaisir p^u touchant, et elle repousse de la scène tragique des sentiments aussi ridicules que ceux d'une femme qui aime son mari et d'un marî qui aime S^ femme. Je n'exagère rien; la constante pratique de nos poètes ^ même été élevée à la hauteur d'une doctrine : «Introduisez, écri* Saint-Evremond, une mère qui se réjouit du bonheur de so^ cher fils ou s'afflige de l'infortune de sa pauvre fille, sa satisfactiof^ ou sa peine fera peu d'impression sur l'Ame des spectateurs. Poul être louché des larmes et des plaintes de ce sexe, voyons une amante qui pleure lu mort d^un amant, non pas une ftintm qui se désole de la perte d'ien mari \ »
Telle est l'idée que la légèreté de Saint-Évremond se fait d( l'art ti^agique ; ce n'est point, comme nous le verrons, la Icctun de Shakespeare ni des Grecs qui la lui a suggérée.