‹ Shakespeare et l'antiquitéChapitre 16 sur 127 · Hegel, Cours d^eitiiétique, t. V, p. laS · texte numérisé non relu

Hegel, Cours d^eitiiétique, t. V, p. laS

3* Ottfried MûUer, Histoire de la littérature grecque. 4. Boutray, Philosophie de Varchitecture en Grèce, p. 107.

destiné à hausser la taille et à renforcer la voix des acteurs ; imaginez un peu Pair gauche et maladroit que ces grands corps rembourrés auraient eu dans des combats et autres mouveraeais rapides ou violents! Us ne pouvaient échapper ao ridicule de ressembler à de gigantesques poupées, qu'en s'appliquant à imiter constamment dans leur maintien la noblesse et la gravité des statues. — Sophocle introduisit un troisième personnage^ Ce groupe de trois acteurs à la fois sur la scène, c'est le maximum de ce que pouvait admettre la sévérité du goût classique, ami de la simplicité et de la concentration, hostile à tout ce qui dispersait l'attention de l'esprit. Dans ce groupe il y avait un ordre hiérarchiqua; le premier personnage, reconnaissable dès l'abord, car seul il entrait par la porte du milieu, la porte royale, était comme le centre d'un grand bas-relief où se détachaient, à droite et à gauche, les deux autres figures ^

il va sans dire que sur un pareil théâtre le jeu de la physionomie était nul. Pour que l'immobilité des masques n'eût rien de trop choquant, il fallait que les personnages, au moral, eussent la même fixité ; les femmes comme les hommes de ta haute tragédie se distinguent par une simplicité de passion^ une étroitesse d'esprit, une énergie de volonté, qui sont leurs traits les plus caractéristiques, et qu'on ne retrouve au même degpé dans aucune figure de la tragédie moderne. Le masque d'Oreste se comprend à la rigueur; mais qui poun*ait concevoir l'Hamlet de Shakespeare, la Phèdre de Racine, ou même riphîgénie de Gœthe , avec un visage immobile ?

L'usage des masques explique encore la haute généralité des types classiques ; c'étaient moins des individus que des genres, qu'on pouvait représenter par ce moyen. Dans la comédie ellemême, qui naturellement individualise les hommes plus que la tragédie, on évitait (je parle de la comédie de Ménandre) de donner aux personnages des noms propres qui en fissent des créatures à part, trop distinctes de leurs semblables, et Aristote recommandait de les qualifier simplement par un mot exprimant une passion ou un ridicule. Les costumes, par leur uniformité, complétant l'ouvrage des masques, achevaient de

1 • J. Girard, le Sentiment réHgieux en Grèce.

changer les individus en types généraux, c Dans les derniers temps encore, écrit Thistorien de la comédie ancienne, M. Edelestand Duméril, les costumes gardaient pour chaque condition une forme particulière, pour chaque âge une couleur tranchée, pour chaque espèce de caractère un signe extérieur et voyant : les femmes libres portaient une robe blanche, le» courtisanes une robe de couleur ordinairement jaune, les suivantes une chemise serrée à la taille par une ceinture ; les marchands avaient un surtout bariolé, les campagnards un surtout de peau de chèvre et une besace, les parasites un surtout noir ou brun, une brosse, une boîte de parfumerie, et un masque dont le nez ressemblait au bec d'un oiseau de proie. » De même, dans la tragédie, les rois paraissaient, le front ceint d'un diadème, un sceptre d'or à la main et vêtus de longues robes de pourpre ; les héros étaient couverts d'une peau de lion où Afi tigre, et portaient les armes que leur attribuait la tradition *• L'acteur antique, avec son masque, ses cothurnes, son plaS' tron, était, vu de près, une chose assurément fort étrange, qu*i^ est aisé de tourner en ridicule et qui a été jugée grotesque ^^ bizarre, non seulement par les modernes, mais par quelque^'^ uns des anciens eux-mêmes ^ « Examinons, disait le satûriqu^ Lucien, la tragédie au point de vue du costume. Quel spectacle affreux que de voir un personnage d'une grandeur gigantesque^ monté sur des cothurnes d'une hauteur démesurée, et dont te masque, placé au-dessus de la tête, ouvre la bouche d'une manière effrayante comme pour avaler les spectateurs! Faut-il rappeler ces plastrons qui garnissent la poitrine et le ventre de l'acteur, et qui lui donnent une grosseur factice et artificielle pour empêcher que sa maigreur ne rende ridicule sa taille disproportionnée? Ensuite, lorsque du fond de ces habits il se met à débiter, d'un son de voix sourd ou forcé, ses tirades de vers ïambiques, quoi de plus ridicule qu'en chantant ses infortunes il ne songe qu'à soigner ses inflexions ! Tant que c'est une Andromaque ou une Hécube qui paraît sur la scène, le chant est encore supportable ; mais, quand c'est Hercule qui vient chanter

1 . Chassang, le Spiritualisme et Vidéal dans l'art et la poésie des Grecs,

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