‹ Shakespeare et l'antiquitéChapitre 3 sur 127 · Traduction de M. Jules Lacroix · texte numérisé non relu

Traduction de M. Jules Lacroix

18 «kakëspëàrë et L'antiquité.

Je ne voudrais pas abuser des rapprochements avec les poètes contemporains; mais Comment ne pas rappeler au moins trois beaux vers des Châtiments :

Toutes les eaux de ton abîme, Hélas! passeraient sur ce crime, 0 vaste mer, sans le îaver !

Nous avons rencontré dans Antoine et Cléopâtre*^ un passage qui nous a remis vivement en mémoire les dernières pages des Perses d'Eschyle : c'est celui où Enobarbus et les autres officiers de l'armée d'Antoine se lamentent sur le désastre d'Actium ; il semble vraiment qu'on entende les cris funèbres, les sanglots entrecoupés qu'échangent Xerxès et le chœur: « Hélas, hélas I notre flotte... Hélas, hélas! nos vaisseaux ont péri. » —L'arrivée du courrier dans la tragédie d'Eschyle, les questions d'Atossa tremblante, composent une situation analogue à celle qui est représentée dans la première scène de la seconde partie du drame historique de Henry /V, où Northumberland lit sur le visage de Morton, avant que celui-ci ait ouvert la bouche, la nouvelle de la défaite et de la mort de son fils :

« Oui, le front de cet homme, comme certains frontispices, annonce une œuvre de nature tragique... Parle, Morton, tu viens de Shrewsbury?

— Oui, mon noble lord, je me suis échappé de Shrewsbury, où la détestable mort a mis son masque le plus hideux pour épouvanter notre parti.

— Comment se portent mon fils et mon frère? Tu trembles, et la pâleur de tes joues, mieux que ta bouche, me dit ton message. Tel était l'homme qui, défaillant, accablé, sinistre, la mort dans les yeux, perdu de douleur, tira le rideau de Priam dans l'horreur de la nuit, et voulut lui dire que la moitié de Troie était en flammes; mais Priam connut l'incendie avant les paroles de l'homme; et moi, je sais la mort de mon Percy, avant que lu Taies annoncée. »

La plus frappante ressemblance qu'ofi're le théâtre de Shakespeare avec la situation développée dans les JPen'^s d'Eschyle se trouve dans la tragédie do Richard IL Une succession de nou-

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