‹ Shakespeare et l'antiquitéChapitre 37 sur 127 · Traduetion de M. Barthélémy Saint-Hilatre · texte numérisé non relu

Traduetion de M. Barthélémy Saint-Hilatre

Bref, raction ou la fable est, selon Aristote, non seulement le squelette, mais l'âme même de la tragédie; les caractères ne viennent qu'en seconde ligne. Dans le cercle de Tari antique, cette préférence est raisonnable ; mais elle se justilie par des raisons plus profondes et plus intéressantes que celles qu'Aristote a fait valoir. Les légendes héroïques et religieuses que la tra^fcdie f»recque développait sur la scène étaient en elles-mêmes dos traditions d*une valeur considérable, qui, pour offrir un intérêt substantiel à des spectateurs délicats, n'avaient pas besoin d'être relevées par unepeinture savante du cœur humain; un simple trail aucra;/on saffisait. Un philosophe beaucoup mieux placé qu'Aristote pour apercevoir les traits dislinctifs de la tragédie grecque, par IVxcellente raison qu'il en était plus éloigné et qu'il avait des points decomparaison qui manquaient au Stagirite,M. Littré,a dit, avec une précision et une justesse qui ne laissent rien à désirer : « Le drame classique, tiré des mythes héroïques et ne peignant que des œuvres divines ou demi-divines, n'a conçu du drame que l'action, sans être obligé d'y rien mettre que les traits généraux de l'humanité, toujours cachée par l'anthropomorphisme sous les images de la Divinité; et quand, passant en d'autres mains, il a passé à d'autres sujets, il a traité les personnages historiques comme il avait traité ces dieux et ces demi-dieux, et il acondensé de tragiques destinées en une action où l'intérêt du nœud ne permet qu'une esquisse des personnages *. »

Cette haute valeur de la matière tragique en soi, avant toute mise en œuvre et indépendamment de l'art dos poètes, diminuait jusqu'à un certain point le mérite, d'ailleurs secondaire, de la difficulté vaincue. Antiphane, vieux poète comique, s'écrie avec humeur : a La tragédie est vraiment bien favorisée! D'abord los sujets qu'elle traite sont connus de tous les spectateurs avant qu'un seul personnage ail parlé ; le poète n'a qu'à rappeler des souvenirs. Que je nomme seulement Œdipe, et l'on sait déjà tout le reste : Laïus son père, Jocaste sa mère, ses fils, ses filles, ses crimes, ses malheurs. Au seul nom d'Alcméon, on entendra les enfants eux-mêmes s'écrier : Il a tué sa mère ! .. . Puis, quand il s n'ont plus

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