Tournier, Némésis et la jalousie des dieux
2. Maury, Histoire des religions de la Grèce antique, t. II L
ilO SHAKESPEARE ET L'AïfTIQmTÉ.
est celle de la Fatalité personnifiée, véritable antear de ce déchaînement de passions furieuses. Ce génie des Tantalides, c'est le même qu'Érinnys, Até, Âlastor, noms divers de la puissance vengeresse, fidèle gardienne des souvenirs terribles, qui est tout entière à son œuvre de sang et de destruction, à ces enfantements renouvelés de crimes dont cette famille maudite forme comme la trame de son existence. . . Clytemnestre voit ce qui se passe en elle, et s'aperçoit, au milieu de ses plus grandes violences , qu'elle n'est qu'un instiniment *. >
De son côté, le chœur reconnaît dans cette audace surhumaine d'une femme la puissance du fatal génie qui pèse sur la race de Pélops et qui la pousse sans fin à de nouveaux crimes pour venger les crimes précédents : c Ah! il t'aura aidée, ce fatal génie qui venge les crimes des pères! Oui, maïs l'affreux combat dure encore; le sang coulera encore, versé par le parricide: forfait à glacer d'horreur celui-là même qui dévora la chair de ses lils!^
Au-dessusde la tragédie des Perses — etc'estlàcequi lui donne, comme ànotre Athalie,un caractère sublime — planela Divinité, qui a résolu d'humilier toutes les forces de l'Asie devant la petite ville d'Athènes. Si solennel est le sentiment de la présence et de l'action de cette puissance fatale (qu'on pourrait bien ici nommer providentielle), que pas une parole de colère ni d'injure ne tombe sur l'agresseur poussé et brisé par Dieu lui-même sur les écueils de Salamine.
Eschyle est un poète, non seulement religieux, mais grave. 11 croit aux légendes sacrées ; mais leur puérilité, leur immoralité l'embarrassent, car il a soif de la justice divine. Il fait donc tous ses efforts pour diminuer chez les dieux la part du caprice, et pour introduire au moins une ombre d'équité au point de départ de toutes les horreurs qui sont le thème de l'antique tragédie. Un savant professeur de littérature ancienne, M. Courdaveaux, a fortement mis en lumière ce point dans une élude pleine d'intérêt, qui serait excellente, si d'étranges vivacités littéraires n'y altéraient pas quelquefois l'expression de la vérité et si l'auteur n'avait pas traduit en injuste dédain pour Euripide et pour So-