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iules Girard, le Sentiment religieux en Grèce

PROGRÈS DE L*IDÉE MORALE DANS LA TRAGÉDIE. Ul

phocleunepartie de renthousiasme que lui inspire Eschyle. « Dans Euripide et dans Sophocle, comme dans la légende, remarque très bien M. Gourdaveaux, la faute qui est la cause première de tous les malheurs de la famille d'Œdipe est une simple imprudence de Laïus; Apollon lui avait donné dans son seul intérêt le conseil de ne pas avoir d'enfant, et l'imprudent en avait eu. Dans Eschyle, c'est au nom du ^alut de la ville qu'Apollon lui a transmis cet avis, en le répétant jusqu'à trois fois, afin de lui donner plus de poids. Laïus, ici, a donc réellement failli à un devoir, en se refusant à ce qu'exigeait de lui le salut de son pays ; et si notre raison se sent toujours blessée de l'hérédité de la peine, autant que de l'étrange condition mise par les dieux à la conservation de tout un peuple, l'aggravation de la faute allège du moins d'autant l'iniquité du châtiment \ i>

L'étude de M. Gourdaveaux est écrite pour réfuter le grand ouvrage de M. Girard sur le Sentiment religieux en Grèce; le point que le polémiste a particulièrement à cœur d'établir est que le Dieu auquel croyait Eschyle ressemble davantage à la Providence et moins à la Fatalité qu'on ne le suppose communément. Mais, comme il arrive trop souvent dans la discussion, l'auteur exagère la thèse qu'il combat. M, Girard a constaté, lui aussi, les dramatiques efforts de la pensée d'Eschyle pour échapper à la sombre doctrine du Destin, pour retrouver au milieu de toutes les tristesses de la tragédie une idée satisfaisante de la justice divine, et il a dit avec une parfaite inesure :

€ Eschyle cherche la double énigme du gouvernement du monde et de la destinée humaine sous l'impression des ténèbres et de la terreur qui enveloppent ces grands secrets, mais avec un espoir confiant d'en dégager les principes de l'harmonie et de Tordre moral... Plus les pressentiments et les inquiétudes assiègent le poète, plus il se réfugie dans sa foi, et, comme la piété trouve un aliment dans le mystère, sa ferveur s'accroît d'autant plus que les conseils divins lui semblent plus cruels et plus inexplicables : le Dieu souverain ne peut vouloir le mal ; quelque dure que soit sa main, sans doute elle est bienfaisante, et ses actes sont dignes de son invincible puissance. >

i. Gourdaveaux, Eschyle, Xénophon et Virgile, .

« Zeus ! qai que tu sois, s'écrie le chœur d'Agamemnon^ si ce nom t'agrée, c'est sous ce nom que je t'implore! J'ai beau réfléchir, je me perds dans mes pensées, il n'est qu'un Dieu qui puisse soulager l'homme du fardeau des vaines inquiétudes : c'est Zeus... Qui chante à Zeus avec l'élan de l'enthousiasme un hymne d'espérance, verra son vœu tout entier s'accomplir. C'est Zeus qui guide les mortels dans la voie de la sagesse ; c'est lui qui a porté celte loi : « La science au prix de la douleur. > — Quand le crime de Clytemnestre est sur le point d'être expié, le chœur des Choéphores pousse ce cri d'espérance : «Voici enfin la lumière ! rachetez par l'expiation le sang de ceux qui furent immolés. Mais que la mort dans ce palais n'enfante plus, comme jadis, la mort! i

Dans les tragédies de Sophocle, la doctrine de la fatalité n'est pas très intéressante. Elle commençait à vieillir; Anaxagore avail deviné la Providence ; ractivité,la responsabilité,lapersonnalitéde l'homme faisaient leur avènement au théâtre. Grand artiste avant tout, Sophocle admet encore la pression extérieure des dieux, mais moins comme un article de foi religieuse que comme un ressort du drame et un thème poétique. L'humain et le divin se mêlent chez ses héros dans une proportion qui est le degré suprême de la beauté. On peut retrouver dans son théâtre tous les vieux dogmes, le Destin, les dieux tyranniques et malfaisants qui aveuglent l'esprit des mortels pour les entraîner à leur perte; mais, en même temps, on y rencontre déjà les premiers germes d'une croyance plus pure :

Qui pèche malgré soi n'est pas un scélérat,

dit un fragment de tragédie perdue; et ailleurs :

C'est parmi les humains un préjugé fatal Que de croire qu'un mal guérit un autre mal... Certes, c'est un grand point, quand de son innocence On a pour témoin sûr la bonne conscience ^

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