‹ Shakespeare et l'antiquitéChapitre 48 sur 127 · Oreste. Traduction de M. Artaud · texte numérisé non relu

Oreste. Traduction de M. Artaud

principe le poète prononce-Uil cette condamnation ? On pourrait g*y tromper; les personnes qui ont étudié de près le texte grec nous avertissent ici de prendre garde à une nuance impor^ tanta, que les traductions ne rendent guère sensible. Ce n'est pas précisément au nom de la justice, c'est au nom de ce qui est beau, uîkéç^ qu'Euripide condamne la loi du talion; il semble s'inspirer, moins de la conscience d'un devoir moral que du sentiment d'une convenance esthétique, hhjustice, selon lui, est toujours que le meurtre soit vengé par le meurtre : mais il n'est pas heau que d'un premier crime il en résulte d'autres, auxquels on ne pourra assigner un terme, t L'erreur du poète, conclut l'auteur d'une thèse intéressante sur la morale d'Euripide, M. Maignen, con«siste à croire, contrairement à Socrate, qu'il puisse jamais être juste de faire du mal à quelqu'un, et que le juste soit distinct du beau. »

A cet égard, le progrès de Socrate (ou de Platon) sur Euripide est considérable, en effet. Un contemporain d'Eschyle, le poète Simonide, avait écrit que le caractère propre de la justice est de rendre à chacun ce qu'on lui doit. « Si quelqu'un, répond Socrate dans la République de Platon, si quelqu'un dit que la justice consiste à rendre à chacun ce qu'on lui doit, et s'il entend par là que l'homme juste doit du mal à ses ennemis, comme il doit du bien à ses amis, ce langage n'est pas celui d'un sage, car il n'est pas conforme à la vérité; jamais il n'est juste de faire du mal à personne. )> « C'est une obligation sacrée, dit encore Socrate dans un autre ouvrage de Platon, de ne jamais rendre injustice pour injustice, ni mal pour mal. »

Voilà le plus beau précepte de la morale humaine. Il n'appartenait qu'à une morale divine d'ajouter: « Aimez vos ennemis. >

M. Egger remarque que dans la Poétique d'Aristote il n'est point question de la fatalité, c De son temps, l'idée antique de la fatalité perdait chaque jour son influence sur la scène tragique, parce qu'elle perdait de sa force dans les consciences *. >

Le théâtre de Shakespeare n'a rien de la sombre théologie de celui d'Eschyle ; il ne représente pas, comme celui de Sophocle,

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