‹ Shakespeare et l'antiquitéChapitre 5 sur 127 · DE QUELQUES RESSEMBLANCES SUPERFICIELLES, ETC. JS · texte numérisé non relu

DE QUELQUES RESSEMBLANCES SUPERFICIELLES, ETC. JS

tendre les cris des enfants queMédéo égorge ; puis, lenjeurlreaccorapli, il produit surla scène leurs deux petits cadavres. Ilécube arrache les yeux à Polymnestor et tue les enfants de ce roi presque sur la scène; Polymnestor apparaît bientôt dans le même état qu'Œdipe, et l'on voit les corps inanimés des deux innocentes créatures. Dans les Troyennes, le cadavre d'Agamemnon est apporté sur un bouclier. Dans Hercule furieux^ le héros s'entoure des cadavres de sa femme et de ses enfants égorgés. Dans les Phéniciennes , il n'y a pas moins de quatre cadavres réunis à la fois sur la scène. — On voit, dans Iphigénie en Tauride^ les ossements blanchis des victimes immolées à Diane, et dans le Philoctète de Sophocle les linges saignants et tachés de pus qui enveloppent la jambe du héros.

» À l'exception de l'horrible tragédie de TitusAndronicus^ dont l'aulhenticité est plus que douteuse*, à l'exception aussi de la Scène du Roi Lear où les yeux de Glocester sont arrachés et écrasés sur le théâtre, Shakespeare n'a rien de particulièrement cruel. Comparé aux dramaturges de son temps, il est doux et humam. 11 faut, en somme, nous représenter ses pièces comme moins barbares et celles des Grecs comme plus hardies qu'on ne le croit communément.

Shakespeare se rapproche de l'antiquité dans la proportion oi\ il se rapproche de la nature, ce modèle éternel des grands poètes de tous les temps. Il admet dans ses tragédies un style comique ou familier : nos classiques proscrivent rigoureusement ce mélâtige; sur ce point encore Shakespeare est moins éloigné et les Français sont moins voisins de la pratique des Grecs que le préjugé commun ne le dit. Le Prométhée d'Eschyle contient une scène à moitié comique, dans laquelle le vieil Océan vient proposer au Titan enchaîné sa médiation auprès de Jupiter, a C'est peut-être, dit M. Patiii. l'exemplele plus remarquable qu'on puisse citer de l'aisance avec laquelle les Grecs savaient varier le ton de leurs ouvrages. Le poète, dans là plus haute et la plus sublime production dont l'histoire du théâtre conserve le souvenir, ne craint pas de s'approcher des limites de la comédie. » Pour la

Page 1