‹ Shakespeare et l'antiquitéChapitre 6 sur 127 · Voy. t. I, p · texte numérisé non relu

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naïveté et la crudité du langage, la nourrice d'Oreste dans les Choéphores rivalise avec la nourrice de Juliette. « Je vois, dit le portier du palais, la nourrice d'Oreste; elle est toute en larmes, Où vas-tu donc, Gilissa, hors de la maison? Le chagrin te faiteompagnie; tu ne le payes^pas sans doute pour cela?

Gilissa. — 0 malheureuse que je suis !... Mon Oreste, Tunique objet de mes soins, celui que j'ai.nourriau sortir du sein maternel, dont les cris m'appelaient sans cesse dans la nuit ! Tant ^ de peines, tant de fatigues perdues pour moi ! C'est que, pour élever un être qui ne pense pas encore, tout semblable à la brute, il faut deviner ses besoins; il le faut bien. Un enfant encore dans les langes ne sait rien dire, soit que la faim, ou la soif, ou quelque autre besoin le presse; l'instinct naissant auquel il obéit est son seul guide (ici le texte dit des choses que la traduction de M^Pier^ ron n'a pas osé rendre; les mots précis sont remplacés par ces termes généraux et vagues qui ennoblissent tout, selon le précepte de Buffon)... J'avais beau tout prévoir; souvent, on s'en doute, ma prévoyance était en défaut. Et puis, après, il fallait laver les langes : blanchisseuse et nourrice, c'était un seul et même emploi. J'avais pris cette double charge, en recevant Oreste de son père. Et voilà, infortunée ! qu'on m'annonce sa mort. >

Telle est parfois la simplicité d'Eschyle ; elle est égale à celle d'Homère. Dans Homère, Phœnix rappelle à son élève Achille le temps où il lui mettait les aliments dans la bouche et le faisait boire, au grand danger d'être éclaboussé par l'enfant capricieux qui refusait d'avaler le vin. Un grand poète a dit avec autant de grâce que de raison : « Les hautes montagnes ont ' sur leur versant tous les climats, et les grands poètes tous les styles... On ne sait quel mois de mai perpétuel est blotti dans les précipices... Ces grands vieux monts horribles (les Alpes) sont de merveilleux faiseurs de roses et de violettes; ils se servent de l'aube et de la rosée mieux que toutes vos prairies et que toutes vos collines, dont c'est l'état pourtant; l'avril de la plaine est plat et vulgaire à côté du leur, et ils ont, ces vieillards immenses, dans leur ravin le plus farouche, un charmant petit printemps à eux, bien connu des abeilles * ».

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