‹ Shakespeare et l'antiquitéChapitre 50 sur 127 · Boutmy, Philosophie de Varchitecture en Grèce, p · texte numérisé non relu

Boutmy, Philosophie de Varchitecture en Grèce, p

tout imprégné de l'esprit de Tantiquité, qui peut, je crois, nous offrir une vive et fidèle image de ce que devait être la religion des Grecs sous sa forme la plus naïve et la plus pure. Sterne raconte qu'en traversant la Bourgogne il entra dans la ferme d'un paysan français, patriarche d'une nombreuse famille, qui l'invita cordialement à s'asseoir à sa table, et qu'après le souper, sur l'invitation du vieillard, jeunes gens et jeunes filles se mirent à danser :

€ Au milieu de ladanseje crus apercevoir, à certaines pauses pendant lesquelles ils paraissaient tous lever les yeux, une élévation de l'âme différente de celle qui est la cause ou l'effet de la simple gaieté. En un mot, il me sembla que je contemplais la Religion se mêlant à la danse ; mais comme je ne l'avais jamais vue à pareille fête, j'aurais regardé cela comme une des illusions d'une imagination qui m'égare perpétuellement, si le vieillard, aussitôt que la danse fut finie, ne m'eût dit que c'était leur constante habitude, et que, toute sa vie, il s'était fait une règle, après chaque souper, d'inviter sa famille à danser et à se réjouir ; croyant, disait-il, qu'un coeur joyeux et content était la meilleure espèce d'action de grâces qu'un paysan sans instruction pût offrir au ciel. »

Peut-être trouverait-on dans les tragiques grecs quelques exemples des impertinences, petites ou grosses, qu'une foi solide et naïve peut se permettre avec les dieux; témérités sans conséquence, analogues à celles qui remplissent le théâtre d'Aristophane: tel est probablement ce passage des Trachiniennes, où Jupiter est appelé en toutes lettres un sot, un étourdi, oSovXoç, cryvw^wv, pour avoir traité comme il l'a fait son propre fils Hercule *. Mais en général les libertés religieuses des tragiques sont graves; elles sont inspirées par un esprit philosophique volontairement ou involontairement contraire à la piété. Sans vouloir de mal à la religion, Thucydide lui porta un coup sensible lorsqu'il expliqua, comme dit M. Patin, « par les combinaisons delà politique et de la guerre, par les chances hasardeuses des combats, par les mouvements de la passion, par les' calculs de

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