‹ Shakespeare et l'antiquitéChapitre 53 sur 127 · Tournier · texte numérisé non relu

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t. Traduction de M. Guiard.

rances elles affirmations d'une foi toute spiritualiste : « Qui sait, s'écrie un de ses personnages, si vivre n'est pas mourir, et si mourir n'est pas vivre pour ceux qui sont dans les enfers? » Et uii autre, avec plus de force.: « Cette vie n'est qu'une mort, et la mort est sans doute une vie. Le corps i etourne à la terre, et l'âme à Dieu, d'où elle est venue. Or l'âmô, c'est nous-mêmes, i Le corps, c'est nous-mêmes, avait dit Homère ; on peut mesurer le progrès.

La philosophie grecque était allée très loin dans l'exallation de l'âme aux dépens du corps humilié. Heraclite avait soutenp que, a lorsque nous vivons, nos âmes sont mortes et sont ensevelies en nous, et que, lorsque nous mourons, nos âmes reviennent à l'existence et revivent y>. Un tombeau : telle est aussi l'image sous laquelle Pythagore se représente le corps; l'âme y est prisonnière jusqu'à ce que la mort la délivre. Platon prétend qu'Orphée et Musée « enseignaient l'immortalité des âmes, les récompenses réservées aux bons dans une autre vie et les punitions qui attendent les coupables* ». Mais Orphée et Musée sont des personnages d'une antiquité mythologique, auxquels Platon a prèle peut-être ses propres sentiments. Pour lui, il dit dans un langage qui, ainsi que notre dernière citation d'Euripide, rappelle presque mot à mot celui de la liturgie chrétienne des funérailles : « Laissez maintenant la terre recouvrir les cadavres ; chaque chose est retournée aux lieux d'où elle est venue, l'esprit au ciel et le corps à la terre. Car ce corps nous ne le possédons pas en propre ; nous ne faisons que l'habiter pendant la durée de la vie. Après, la terre, qui l'a nourri, doit le reprendre. »

Le christianisme consomma l'œuvre de la glorification de l'esprit, en donnant aux doctrines spiritualistes de la philosophie grecque la consécration d'une religion. Le sang du Fils de Dieu crucifié à cause de ses péchés et pour son salut, révéla pour la première fois à l'homme la valeur infinie de son âme immortelle rachetée au prix d'un tel sacrifice. L'harmonie parfaite de l'esprit et de la matière, qui avait imprimé à toute l'antiquité, hommes et œuvres, le sceau d'une beauté idéale, fut à jamais rompue, et cette rupture d'équilibre se traduisit, dans les mœurs, par le mépris du

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