‹ Shakespeare et l'antiquitéChapitre 57 sur 127 · Plutarquci Vie de César, Traduction de M. Picrroii · texte numérisé non relu

Plutarquci Vie de César, Traduction de M. Picrroii

chronique bretonne de Geoffroy de Montmouth, Lear, avec son fils et sa fille et les forces qu'il a levées, livre bataille à ses gendres et les met en déroute ; ayant ainsi réduit tout le royaume en son pouvoir, il règne en paix durant trois années et meurt ; Gordélia ensevelit son père, lui succède sur le trône, et pendant cinq années règne à son tour en paix. Il faut reconnaître que Nahum Tate, en rendant au Roi Lear son dénouement pacifique, restaurait à la fois les traditions de la légende et celles de la poésie antérieure à Shakespeare.

Pour ce qui est de la catastrophe de Roméo et Juliette j on peut se demander si Shakespeare en a renforcé ou, au contraire, adouci l'horreur, en faisant rendre à Roméo le dernier soupir avant que Juliette se soit éveillée? La plupart des commentateurs sont d'accord pour trouver qu'il l'a plutôt adoucie : en effet, la situation des deux amants constatant la fatale erreur dont Roméo périt victime, a quelque chose de plus navrant et de plus horrible mille fois que la mort. Mais cette erreur, il faut bien que Juliette au moins la constate. Roméo expiré, elle est seule à subir ce coiip qui la tue. N'est-il pas permis de penser qu'au milieu de l'inexprimable douleur du réveil de Juliette entre les bras de Roméo, il y aurait eu quelque consolation pour l'un et pour l'autre à échanger des paroles suprêmes et à se dire adieu, ou plutôt au revoir? Quoi qu'il en soit, la question perd un peu de son intérêt par suite de cette circonstance, que Shakespeare a purement et simplement suivi la version du conteur français Pierre Boisteau, traduit en anglais par Arthur Brooke et William Paynter, Dans la tradition italienne, rétablie plus tard au théâtre par Garrick, Juliette ouvre les yeux et reprend ses sens avant que Roméo ait rendu l'âme.

Pourquoi Shakespeare n'exerce-t-il point, dans son théâtre, cette justice absolue que réclamait le docteur Johnson? pourquoi n'a-t-il pas toujours puni le crime et récompensé la vertu? pourquoi a-t-il quelquefois permis l'évasion des méchants et leur apparent succès? pourquoi a-t-il fait souffrir l'innocence? pourquoi enfin n'a-^t-il pas eu soin de mesurer la peine au degré exact de culpabilité de certains personnages qui ont commis des fautes, mais que leur caractère et toutes sortes de circonstances atté-

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