‹ Shakespeare et l'antiquitéChapitre 59 sur 127 · Shmktptm^ hk Mind tmi Art · texte numérisé non relu

Shmktptm^ hk Mind tmi Art

Nous voyons que les biens et les maux échoient également à tous les hommes de ce côté-ci de la tombe ; et, comme le principal dessein de la tragédie est d'exciter la pitié et la terreur dans Tàme de l'auditoire, nous manquerons absolument ce grand but si nous montrons toujours la vertu et l'innocence heureuses et couronnées de succès. Quelques contrariétés que soufifre un honnête homme dans le cours de la tragédie, elles ne feront que peu d'impression sur notre âme, si nous savons qu'au dernier acte il doit arriver au terme de ses vœux et de ses désirs. Le voyonsnous plongé dans un abîme d'affliction, nous aurons de quoi nous consoler pour lui, puisque nous sommes sûrs qu'il en sortira, et que son chagrin, si profond qu'il soit, sera changé en joie à la fin. C'est pourquoi les tragiques anciens traitaient les hommes dans leurs pièces comme ils sont traités dans le monde, rendant la vertu tantôt heureuse et tantôt misérable, comme ils le voyaient rapporté dans la fable qu'ils avaient choisie, ou selon qu'ils pensaient, par l'une ou par l'autre fortune, affecter plus agréablement l'auditoire. Aristote examine les tragédies conçues dans l'un et l'autre esprit, et il observe que celles dont la tin était malheureuse ont toujours plu au peuple et remporté le prix dans les concours dramatiques sur celles qui finissaient heureusement. La terreur et la pitié laissent dans l'âme une angoisse qui a sa douceur, et fixent l'auditoire dans un sérieux recueillement plus durable et plus délicieux que tous les petits élans passagers de satisfaction et de joie... En conséquence, nous trouvons que les tragédies anglaises où les favoris du public succombent sous le poids de la calamité, ont eu généralement plus de succès que celles où ils sortent de peine à la fin... Le Roi Lear est une admirable tragédie, telle que Shakespeare l'a écrite; mais remaniée conformément aux chimériques principes de la justice poétique, elle a, dans mon humble opinion, perdu la moitié de sa beauté. »

Ces réflexions sont justes; mais il est permis de creuser la question un peu plus que ne l'a fait Addison. Nous sommes, ne nous y trompons pas, en pleine contradiction : d'une part, la conscience morale et le sentiment esthétique aussi exigent que notre besoin de justice soit satisfait; d'autre part, la grande poésie tragique est lésée par une satisfaction trop rigoureuse et

trop mathématique accordée à cette exigence. Comment concilier ces deux prétentions contradictoires ? jusqu'à quel point le spectateur d'un drame peut-il supporter les injustices ap[)arenlesde la Providence ou du Destin? où finissent la terreur et la pitié tragiques? où la sensibilité humaine commence-t-elle à passer d' € une angoisse qui a sa douceur » à la révolte et à l'indignation? Il n'y a aucune solution théorique de la difficulté; l'art de concilier ces deux exigences contraires est le secret du génie. Ce n'est ni la première ni la dernière fois que nous rencontrons dans les choses de l'ordre esthétique. des contradictions tliéoriquement insolubles. Nous avons vu, dans la première partie de cet ouvrage, la curieuse loi des anachronismes nécessaires de la tra* gédie ; nous verrons, dans la dernière partie, comment l'humour, entant que forme de l'art, repose sur une contradiction; car l'humour est logiquement la ruine et la négation de l'art même. Nous verrons aussi que le problème si complexe et si délicat du goût n'est, pour ainsi dire, qu'un tissu d'antinomies inconciliables : nécessité des disputes esthétiques et impossibilité logique d'y mettre un terme; contradiction entre la notion d'un goût plus pur et celle d'un goût plus large; incompatibilité entre la froide inteUigence qui admet tout, parce qu'elle comprend tout, et la sensibilité, âme de la critique, qui a ses étroitesses naturelles. Les contradictions ne font point mourir; elles font yisre, au contraire. La logique, voilà ce qui nous tuerait, si finconséquence bénie ne venait pas sans cesse nous sauver. 11 n'y a point de beauté tout à fait belle, ni de vérité tout à fait vraie, qui n'ait pour principe caché l'harmonie savante et profonde de plusieurs éléments hostiles; tout le secret de la santé et de la vie, dans les différents ordres de l'activité humaine, est là. Préservé, par sa totale absence d'esprit de système, par son indifférence absolue pour les doctrines et pour les théories, de toute exagération dans un sens comme dans l'autre, Shakespeare ■ est resté dans la juste mesure, unissant dans son théâtre les ex- >r trémas qu'offrait à son observation le spectacle varié du monde féel. Il n'a pas, comme le voulait Johnson, régulièrement puni le crime et récompensé l'innocence, car les choses ne se pas- ^nt pas toujours ainsi dans le gouvernement de Dieu ; il n'a pas ^on plus, comme Klinger l'a fait, systématiquement décerné au

mal la victoire sur cette terre, car cela n'est pas davantage la règle : il a, comme la Divinité, « accompli beaucoup de choses contre notre attente et n'a pas accompli celles que nous attendions ».

Shakespeare n'était point un docteur de morale. Dût une pareille proposition faire tressaillir au fond de son tombeau le grand et honnête Gervinus, j'ose dire que jamais artiste ne s'est moins soucié que lui de moraliser le monde; mais en laisaal œuvre d'artistes, les grands poètes font naturellement œuvre de moralistes. Sans rien d'intentionnel de la part de Shakespeare, il se trouve que, par le fait, la pratique de son Ihéâtrey en matière de catastrophes, est beaucoup plus morale, voire même plus chrétienne, que la doctrine des partisans d'une exacte justice distributive. La rétribution rigoureusement équitable des bons et des méchants est immorale et antichrétienne; car elle ôte à la vertu des uns son désintéressement spirituel, et elle matérialise d'une façon trop grossière le supplice des autres. Le ciel et l'enfer doivent être avant tout dans la conscience, dans la pure joie du devoir accompli et dans le trouble intérieur qui suil Texécution du mal. Le manuel de philosophie que je citais au 1 début de ce chapitre constate les apparentes iniquités de la Providence et dit à ce sujet, fort judicieusement : t Ces anomalies ont leur raison dans la nature même de l'homme et dans le but de la vie; elles sont les conditions mêmes du vice et delà vertu : car si les choses étaient réglées de telle sorte que le vice fût constamment puni et la vertu récompensée, il sulfurait d'un calcul grossier pour nous retenir dans les voies du bien, et nous y resterions sans mérite. » Au théâtre, image de la vie humaine, la soi-disant justice poétique n'est donc pas quelque chose d'aussi moral qu'on le prétend; et ce qui n'est pas chrétien du tout, c'est d'y considérer la mort comme le plus grand des maux. Est-il donc si dur de mourir? La mort, dans certaines conditions, n'est-elle pas un ravissement extatique mille fois plus délicieux et plus désirable que la vie? Il y a une belle remarque d'un commentateur américain de Shakespeare, le révérend lludson, sur la catastrophe d'Othello : « C'est, dit-il, une chose remarquable que notre sympathie soit moins profondément émue par la scène où meurt Desdémona que par celle

OÙ les coups et les injures de son mari lui font sentir qu'elle a désormais perdu son amour..* Ce serait lui faire un grand tort, et à là délicatesse de notre tact un tort encore plus grand, que de la supposer capable un instant de ne pas aimer mille fois mieux mourir de la main de son mari que de sauver sa vie par l'intervention d'un protecteur quelconque. Que serait la vie, en effet, que pourrait-elle être pour elle, depuis que le soupçon s'est abattu sur son innocence ? i> Sur la catastrophe du Roi Leai\ Mrs Jameson a aussi une page éloquente : « Cordélia est une sainte toute prête pour le ciel. Et Lear! Oh ! qui donc, après des souffrances et des tortures telles que les siennes, qui donc peut souhaiter de prolonger sa vie? Quoi! replacer un sceptre dans cette main tremblante? une couronne sur cette tôle blanchie par râgé et par le désespoir, où le vent et la pluie, la foudre et les éclairs ont épuisé leur fureur! Oh! jamais! jamais!,.. Laissez-le partir, nous dit son fidèle Kent; c'est le haïr que vouloir sur la roue de cette rude existence l'étendre plus longtemps, d Schiller a conclu sa tragédie de la Fiancée de Messine par une sentence qui est la vraie devise morale et religieuse du drame moderne : « Ce que je sens, dit le chœur, ce que je vois clairement, c'est que la vie n'est pas le plus grand des biens et que le crime est le plus grand des maux. »

Shakespeare demeure constamment dans la vérité morale, parce que sa fidélité aux faits et son indifférence pour les doctrines le gardent de tomber dans aucun paradoxe comme dans aucune niaiserie. On parle beaucoup de la morahté nécessaire au théâtre; cette expression est vide de sens, elle est pleine de confusion et d'erreur si elle veut dire autre chose que ceci : poètes, soyez vrais. Il n'y a point d'autre moralité dramatique cjue celle-là. L'élément immoral d'une œuvre d'art ne consiste jamais dans la vérité avec laquelle le poète peint le vice, le crime ou la passion, bien que cette vérité puisse être cynique; il consiste dans le sophisme, dans le faux, c'est-à-dire dans les doctrines; et là où il n'y a point de doctrines, là où il n'y a que la vérité toute nue, comme dans Shakespeare, Molière et tous les grands poètes, il ne saurait y avoir d'immoralité. Celle-ci vient des docteurs qui ont donné à l'art un but didactique. En prenant

I8i SHAKESPEARE ET L'ATîTIQUITÉ.

charge d'Ames, le poète accepte une lourde responsabilité, et qui nous répond que son enseignement ne sera point corrupteur? N'esl-il pas évident que la morale est mieux garantie quand le poêle s'en tient à la grande nature, quand il la représente telle qu'elle esl, sans souci du bien ni du mal et sans autre préoccupation que celle de la vérité ?

L'indifférence de Shakespeare pour les doctrines s'étend à tout, la religion inclusivement. La question si vivement débattue de la fraction de l'Église chrétienne à laquelle appartenait le poète paraît ridicule à qui peut comprendre la hauteur et la liberté de son esprit. Shakespeare était plus que protestant y je veux dire qu'il avait pris des franchises que Luther et Calvin auraient trouvées mauvaises. 11 est aussi loin d'eux que du pape; à la distance où il voit, et le pape, et Luther, et Calvin, Shakespeare est effrayé de leur petitesse. Dan't les temps d'ardentes passions religieuses où le sort l'avait fait naître, il avait déjà la sérénité d'un éclectique du xix" siècle, éclairé sur la valeur des opinions humaines, persuadé que dans cet ordre rien n'est absolument vrai ni faux, et que toutes les croyances sont respectables, parce que toutes contiennent une part de vérité. Demandez donc à un missionnaire quels esprits sont les plus rebelles à l'Évangile, il vous répondra que ce sont justement ces sages si tolérants et si doux. En matière religieuse, l'indifférence du cœur, la curiosité et la sympathie tout intellectuelles, sont une disposition morale mille fois pire que l'hostilité passionnée. La haine n'est qu'un amour retourné ; c'est une force dirigée à contre-sens : emparez-vous de cette force vive et dirigez-la bien, cela est possible ; mais que faire avec une intelligence pure, qui comprend, qui respecte et refuse de croire? On convertirait au christianisme Voltaire, avant d'y convertir Renan.

Je n'ai garde d'oublier qu'en religion, comme en politique, Shakespeare jouit des immunités du drame ; il ne parle pas en son nom personnel, il est objectif. On peut recueillir dans son théâtre un grand nombre de maximes plus ou moins irréligieuses, qui ne prouvent rien, car elles sont conformes au caractère des personnages; et d'ailleurs à ces maximes il est aisé d'en opposer d'autres, en nombre égal, dont l'esprit est tout différent.

Mais pourquoi frère Laurence, dans Roméo et Jxdietie^ administre-t-il aux deux amants les consolations de la philosophie et non celles de la religion? Son caractère sacré rendrait naturel dans sa bouche un plus fréquent usage du vocabulaire de la piété. Je ne sais qui a dit que Dieu n'était point nommé dans les pièces de Shakespeare : c'est faux; mais si on a pu le prétendre, s'il faut feuilleter quelque temps les œuvres du poète pour toucher du doigt l'erreur matérielle de cette assertion, cela prouve au moins qu'à l'inverse de Sophocle il n'a pas prodigué dans son théâtre le nom de Dieu*. Gomment se fait-il que, dans les transports de leur amour, Roméo et Juliette n'échangent jamais la certitude ni l'espoir d'une éternelle union au séjour de la félicité infinie? Ils étaient, je le comprends, trop ivres de bonheur terrestre pour y songer : voilà pourquoi j'aurais voulu les voir mourir ensemble et entendre leur suprême adieu. Chose étrange ! pendant que les époux chrétiens descendent au tombeau sans la perspective d'un prochain revoir, les païens, les voluptueux, un Antoine, une Gléopâlre, nourrissent cette douce espérance. « Il me semble, dit Cléopàtre, que j'entends Antoine qui m'appelle... J'arrive, ô mon époux! » Et Antoine : « Je viens, ma reine... attends-moi. Là où les âmes couchent sur des fleurs, nous irons la main dans la main, et nous éblouirons les esprits de notre auguste apparition. Didon et son Énée perdront leur cortège, et la foule des spectres nous suivra. » Pourquoi Kent, le pieux serviteur du roi Lear, ne reconnaît-il pas d'autre gouvernement du monde que la fortune? a Ce sont les astres, ditil, les astres d'en haut qui gouvernent nos natures. » Ce type romantique de la fidélité n'a-t-il donc rien appris depuis le temps d'Homère, et ne devrait-il pas avoir de la Providence une idée plus juste que le vieil Eumée? Quelle raison y a-t-il pour que le duc de Vienne, voulant fortifier l'âme de Claudio qu'on va mettre à mort, dans Mesure pour Mesure^ ne lui

1. Cette rareté du nom de Dieu peut aussi n'être pas toujours le fait du poète. Dans les éditions que Shakespeare a données du Marchand de Venisey acte I, scène 2, on Ht : « I pray God grant tliem a fair departure » ; l'édition de 1G23 remplace f pray God par / wish. Cette altération était exigée par le statut de Jacques !<>' qui prohibait sur la scène l'invocation à Dieu. Il est bien possible que les premiers éditeurs des œuvres complètes de Shakespeare, coniraints par la censure, aient fait plusieurs autres changements analogues.

i86 SHAKESPEARE ET L'ANTIQÛItÉ.

parle que da néanl de la vie présente sans sonfQer mot de celle qui est à venir? Les grands criminels du théâtre de Shakespeare meurent non seulement sans le moindre remords, mais en véritables héros, solides jusqu*au bout comme des caractères antiques, superbes comme Satan dans leur révolte contre Dieu, maudissant le ciel et la vie, et ayant tous Tair de penser ce que Macbeth ne craint pas de dire : c Éteins-toi, éteins-toi, court flambeau ! La vie n'est qu'un fantôme errant, un pauvre comédien qui se pavane et s'agite durant son heure sur la scène, etqu*ensuite on n'entend plus ; c'est une histoire dite par un idiot, pleine de fracas et de furie, et qui ne signifie rien. > Au contraire, les personnages dévots du théâtre de Shakespeare sont souvent faibles de cœur et d'esprit : voyez Richard II et Henry VL

Conclurons-nous que Shakespeare était un païen? Très volontiers, pourvu qu'on ait soin de définir ce mot et que l'on convienne d'entendre par là, purement et simplement, que Shakespeare était un artiste. L'art, conçu dans sa belle humanité, dans son indépendance de toute fin extérieure à lui, dans la plénitude de sa santé, de son embonpoint et de sa force, est toujours quelque chose de païen. Mais qu'on n'aille pas s'imaginer que Shakespeare ait voulu faire du prosélytisme antichrétien, comme ses contemporains Greene et Marlowe, ou quMl se soit complu, comme Euripide, à tenir école de scepticisme. Fi donc! est-ce que Shakespeare serait un journaliste ou un professeur? On peut dire de lui ce qu'on a dit d'Homère : « Il est trop grand pour entrer en lice » ; et pour monter dans une chaire quelconque, il est trop artiste et trop poète. Bonnes âmes, n*ayez pas peur qu'il froisse jamais vos croyances; vous pouvez vous fier à son impartialité : il saura, quand il le faut, donner un beau rôle à la religion. L'orthodoxe évêque de Carliste est un grand esprit et un grand cœur. La pieuse et sympathique reine Catherine ne montre aucune faiblesse morale, et elle ne meurt pas Seins consolations religieuses. Le cardinal Wolsey, grand par son repentir, quitte la scène en disant : « Mes espérances sont au ciel. » Le roi Claudius, l'oncle d'IIamlet, reconnaît avec terreur l'existence d'un Dieu, juste vengeur du crime; la Divinité, dans Cymbeliney prononce ces paroles consolantes : c Je châtie (|iii j'aime, je diffère mes bienfaits afin qu'ils soient plus doui. »

. . . Mais faut-il ajouter que le Dieu qui parle si bien est Jupiter?

Shakespeare n'offense aucune âme religieuse en général; et, de plus, aucun catholique,- aucun protestant, aucun juif même ne peut être choqué par lui dans sa croyance particulière. Le grand argument en faveur du protestantisme du poète, c'est que le principe de la Réforme était seule capable de donner à son esprit l'indépendance et la vigueur première grâce à laquelle il a pu s'affranchir de tous les dogmes et s'élever au-dessus de toutes les églises; mais il n'y a point trace de zèle huguenot dans son théâtre. Comme le remarque très justement M. Mézières, c le poète ne craint pas, dans un pays protestant et sous un gouvernement fanatique, de peindre le cathoUcisme sous ses plus belles couleurs : il introduit, dans Roméo et Juliette et dans Beaucoup de bruit pour rieriy des moines sages, éclairés, exempts de tous les vices que leur attribue la superstition populaire, et, au lieu de les livrer au ridicule, comme l'auraient voulu les puritains, il les désigne à la vénération publique ». L'admirable apologie du juif Shylock, au troisième acte du Marchand de Venise^ et la profonde vérité humaine de tout son rôle, sont une des preuves les plus étonnantes d'impartialité religieuse que Shakespeare ait données.

Nous nous étions posé plus haut deux questions : 1° Shakespeare fait-il régner sur la terre une exacte justice distributive ? 2" A défaut d'une satisfaction complète donnée dès cette vie aux exigences légitimes de notre cœur, le poète nous autorise-t-il à espérer qu'une réparation aura lieu dans une autre existence?

A la première question, il faut répondre négativement. Non, Shakespeare ne fait pas régner sur la terre une exacte justice distributive, et cela pour le plus grand bien de la poésie et même de la morale. A la seconde question, on peut répondre par l'affirmative. Nous restons libres avec lui de croire ce que nous voulons; il n'exerce, ni sur nos sentiments religieux en général, ni sur notre foi ecclésiastique particulière, aucune sorte dépression importune : mais sa propre pensée échappe dans la suprême objectivité de son art. Voici la troisième fois que nous

188 SHAKKSPEARE ET L'ANTIQUITÉ.

constatons le même fait dans le cours de ces études, d'abord à propos de la poétique de Shakespeare, puis à propos de sa politique, enfin à propos de sa religion : indifférence profonde du poète à regard de toutes les doctrines; caractère purement pratique de son activité créatrice.

Page 1