Gcethe et SchUkr, p
d'accorder la liberté à elle et à son frère. Tboascède de mauvaise grâce : < £h bien, partez! » répond-il. < Que cène soit pas ainsi, ô mon roi! Je ne te quitterai pas mécontent, et sans recevoir ta
bénédiction Tu m'es cher et précieux conmie l'était mon père,
et cette impression ne s'effacera pas de mon âme Abt que les
dieux accordent à tes actions et à ta clémence le prix qu'elles méritent I Adieu t De grâce tourne-toi vers nous et réponds-moi par un adieu amical. Le vent enfle'ensuite plus doucement les voiles, elles pleurs coulent avec plus de soulagement des yeux de celui qui s'éloigne. Adieu! Donne-moi ta main droite comme un gage de notre ancienne amitié. »
Thoas, résigné, tend la main à Ipbigénie et lui dit cette seule parole : c Adieu >, qui est le dernier mot de la pièce.
Ce dénouement a beaucoup d'analogie avec celui delà plus délicieuse tragédie de Racine, Bérénice. Quel dommage que ce grand poète n'ait pas terminé son Iphigénie en Tauride! Et cette Alceste, dont il avait récité à ses amis des morceaux admirables au témoignage de ceux-ci, Alcesley son chef-d'œuvre peutêtre, offert par lui en sacrifice à Dieu au moment de sa mort!
Tantum Heligio potuii suadere malorum !
Les ouvrages que, par une exagération de zèle religieux qu'il faut admirer et maudire comme tous les fanatismes. Racine, parvenu après Phèdre à la maturité de l'âge et du talent, a inhumainement tués dans leur germe ou dans leur fleur, sont pour le trésor poétique de la France et du monde une perte incommensurable et le sujet d'un deuil éternel.
Shakespeare a écrit une demi-douzaine de tragédies dont le dénouement est heureux : le Marchand de Venise^ Mesure pour msure^ Cymbeline^ la Tempête^ le Conte d'Hiver, enfin Périclés. Si la langue esthétique était mieux faite, on aurait un nom spécial pour ces pièces de théâtre qui ne sont pas, à propremeut parler, des tragédies, puisqu'elles se terminent heureuseineat, et qui sont encore moins des comédies, puisque le fond ^ est triste ou sérieux.
Tragi-comédie y avait d'abord écrit Corneille pour désigner le Cid; mais cette expression lui parut peu juste, et il ne tarda pas à
la remplacer par celle de tragédie. M. Kreyssig appelle drames les pièces de Shakespeare que je viens d'énumérer : F idée est bonne, mais il ne faut pas espérer que l'usage s'établisse jamais de réduire un mot si général et si vague à cette appropriation précise. La plupart des soi-disant œmédies de notre théâtre contemporain appartiennent à cette classe et sont des drames sérieux, où domine après tout l'élément tragique, quelque satisfaction que le dénouement vienne d'ailleurs procurer à la partie sensible de notre nature.
Tragédie, comédie ou drame, Cymbeline est une œuvre intéressante, qui rentre dans nos études à plus d'un titre.
D'abord, cette pièce a au moins la prétention d'avoir quelque chose d'antique ; l'action se passe au temps de César Auguste et les Romains y jouent un rôle. Comme le sujet en est purement fictif et que la légende n'a sa source dans aucun texte de l'antiquité classique ni même du haut moyen âge, je n'ai pas cru devoir faire une place à l'examen de Cymbeline dans la première partie de ce livre, bien que l'ouvrage de Shakespeare soit rempli d'allusions à l'antiquité, étant contemporain des deux deniières tragédies romaines et peut-être aussi de Troïlus et Cressida; mais je vois plusieurs raisons de ladmettre dans nos études actuelles. C'est une œuvre antique d'inspiration, sereine comme VOdyssée, païenne, toute pleine de la sève et de la santé d'un âge primitif, et dont le sujet est la peinture d'un grand sentimentqui fait aussi le fond de l'épopée d'Homère, la fidélité conjugale.
La fidélité est la vertu par excellence des temps héroïques et chevaleresques. Au moyen âge, comme à l'époque de la guerre de Troie, les chefs de famille, engagés continuellement dans de lointaines expéditions militaires, faisaient d'interminables absences de leur maison, et la fidélité des maris comme des femmes était soumise à une rude épreuve durant ces longues séparations. Dans ces temps d'indépendance personnelle où la force de chacun créait le droit, où rien de légal ne réglait les rapports sociaux ni ne garantissait la propriété, aucun trésor ne pouvait être plus précieux qu'un ami fidèle, un serviteur fidèle, une épouse fidèle. Kent, dans le /?oi Lear, est l'Eumécou plutôt le Pylade du théâtre de Shakespeare ; Imogène dans Cymbeline en est la Pénélope.
LES DÉN011é;M£NTS HliUREUX — CYMBELINE. t93
Cymb^Une est une des dernières productions de la yeine de Shakespeare, Cette pièce (autant qu'il est permis de conjeclurier Içs dispositions morales du plus iinpersonnel des poètes) procède 4u mênîa état d'esprit d'où sont sortis le Conte d'Hiver elh Tempête., A l'époque où Shakespeare la composa, il s'était retiré dans ^^ maison de campagne de Strafford-sur-l'Avon. 11 était en paix avec luii-même et avep le monde. Sa poésie n'avait jamais été plus haute, mais désormais elle semblait faite pour une scène idéale plptôt que pour la scène réelle. En s'éloignant du théâtre, dopt ie^ détails matériels l'avaient longtemps occupé jusqu'au dégoût, la muse de Shakespeare avait pris un lihre et joyeux essor vers
les régions pures, non sans inconvénient et sans dommage pour l'exacte vérité dramatique.
Tqus les reproches qu'on peut adresser à Cymbeline se ramènent en somme à cette seule critique, qui contient un éloge : la pqésie J'emporte sur le drame; elle expède, elle déborde le cadre du théâtre, devenu ppur elle trop étroit. Aussi la représentation de cette pièce est^elle malaisée, on Ta tentée rarement, et elle
n'a jamais réussir H y a trop de fantaisie; la partie épique et lyrique n'est pas assez fondue avec la partie dramatique. L'action e$t invraisemblable et s'enchevêtre d'une excessive complication d'aventures, nœud formé pour le plaisir d'être dénoué à la fin aye(? une dextérité amusante. Les caractères eux-mêmes ne sont pas très vrais ni très forts ; il y a tel personnage qui dit des choses belles s^ns doute et intéressantes, utiles à l'intelligence de la pièce, mais sans rapport logique avec sa propre nature. Tel autre va jusqu'à se donner à lui-même, au dernier acte, un démenti complet et inattendu, faute capitale contre la vérité dramatique. Quorestet-jl 4noe de Cymbeline? un poème charmant, plein de l'imaginatipo Ja plus riche et de la sagesse philosophique la plus élevée. Lô poème se compose de trois éléments distincts : la guerre d^s Bretons et de leur roi Cymbeline contre les Romains, dont Shakejipeare avait lu le récit légendaire dans la chronique d'IIolimh^'f le rpman des amours de Poslhumus et d'Imogène, dir^toment emprunté par le poète à une nouvelle de Boccace; enfin l'idylte d/?s trois héros de la nature (Bélarius et les deux jeunes pliu^»)f qu'il paraît avoir lui-même inventée. Imogène et Posthumus sont les deux personnes centrales du drame ; leur roman