ŒDIPE ET LEAR. — ANTIGONE ET CORDELIA
cette affection mentale une étude plus exacte et plus complète que la tragédie du roi Lear. Le docteur Onimus, dans un article de la Revue des Deux Mondes \ a consigné d'intéressantes remarques sur ce sujet, à la suite de quelques spécialistes étrangers, MM. Bucknill, Pierre de Boismont, Kellog, Brigham, etc. « Tous les prodromes de la maladie du roi, écrit le docteur Onimus, sont nettement indiqués dès le début par la brusquerie de ses décisions, le manque de jugement, l'orgueil effréné, l'amour des hommages flatteurs... Comme il arrive chez beaucoup d'aliénés, Lear a le sentiment de son état, il supplie le ciel de ne pas permettre qu'il devienne fou : a Ohl que je ne devienne pas fou, pas fou, cieux propices! maintenez-moi dans mon bon sens, je ne veux pas devenir fou ! » Lorsque ses filles le laissent dehors par une nuit d'orage: « Par une nuit pareille 1... ORégane! Goneril!... Votre bon vieux père dont le généreux cœur vous a tout donné ! Ohl la folie est sur cette pente; évitons-la. Assez ! »
L'ingratitude de ses filles devient naturellement l'idée fixe du pauvre malade ; désormais, tous les objets extérieurs qui affectent ses sens ramènent par une association fatale sa pensée à cette préoccupation unique :
« Pluie, ventv foudre, flamme, vous n'êtes point mes filles : ô vous, éléments, je ne vous taxe pas d'ingratitude I jamais je ne vous ai donné de royaume, jamais je ne vous ai appelés mes enfants ! Vous ne me devez pas obéissance ; laissez donc tomber sur moi l'horreur à plaisir : me voici pour souffre-douleur, pauvre vieillard infirme, débile et méprisé... Mais non, je vous déclare serviles ministres, vous qui, ligués avec deux filles perfides, lancez les légions d'en haut contre une tête si vieille et si blanche ! »
Cette apostrophe aux éléments complices des crimes de l'homme est d'une poésie sublime, qui a été égalée et même surpassée par l'auteur des Châtiments. J'ose dire surpassée^ parce que, l'expression n'étant pas moins belle, le sentiment qui se fait jour dans les vers du poète français est d'un ordre plus largement humain. Victor Hugo s'adresse à la mer, qui, autour des rochers de l'île de Jersey, joue et parle à son imagination, comme