‹ Shakespeare et l'antiquitéChapitre 70 sur 127 · I. Courdaveaux, Eschykt Xénophon et Virgile · texte numérisé non relu

I. Courdaveaux, Eschykt Xénophon et Virgile

SPEfiTnEg KT DÉMONS AU THÉÂTRE. Mf

duit à rextrémitA de la prostration physique et morale. Quand on lui demande le nom du mal qui le consume : < Ma conscience, répond'il, le sentiment de l'atrocité de mon forfait*, i L'in* tensité de l'idée fixe qui l'obsède le fait tomber dans un véritable délire^ expression qui manquerait de justesse si on l'appliquait aux épouvantes sacrées de TOreste d'Eschyle; mais celui d'Euripide a des hallucinations proprement dites.

Sa sœur Electre veille auprès du malade couché dans son Ut, « Hélas! mon frère, ton œil se trouble; tout à coup te voilà rendu à tes fureurs, toi tout à l'heure dans ton bon sens.

— 0 ma mère! je t'en conjure, n'excite pas contre moi ces filles au visage sanglant et à la tète hérissée de serpents. Les voici, les voici qui fondent sur moi!

— Infortuné, demeure tranquille sur ta couche; car tu ne vois rien de ce que tu crois si bien voir.

— 0 Phébus! elles vont m'immoler, ces prêtresses des enfers, ces déesses redoutables, aux visages de chien et aux regards terribles.

— Non, je ne te lâcherai point, je te serrerai dans mes bras, je contiendrai tes élans furieux.

— Lâche-moi, furie Impitoyable, qui me saisis par le milieu du corps pour me précipiter dans le Tartare !

— Ah! malheureuse que je suis! quel secours invoquer?...

— Donne-mol cet arc de corne, présent d'Apollon, avec lequel il in*a dit de repousser les déesses, si elles m'épouvantaient par leurs transports frénétiques. . . N'entendez-vous pas, ne voyez-vous pas la flèche ailée qui s'échappe de l'arc inévitable? Eh bien! qu'attendez-vous donc? élancez-vous dans les airs sur vos ailes, et accusez les oracles de Phébus. . . Hélas ! quelle est cette défais lance? Pourquoi suis-je hors d'haleine, et me suis-je élancé hors

de mon lit? »

Ainsi rOreste d'Euripide est un malade d'esprit, un simple aliéné; le spectateur n'a pas autre chose sous les yeux qu'un accès naturel de démence, et les seules apparitions que le poète libre penseur consente à admettre dans son théâtre, sont celles que la science reconnaît: des apparltionssubjectlves, en d'autres termes,

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