‹ Shakespeare et l'antiquitéChapitre 73 sur 127 · Kreyssig, Vorlewngen Uber Shakespeare^ t. II , p · texte numérisé non relu

Kreyssig, Vorlewngen Uber Shakespeare^ t. II , p

i* Trtduetion dd Mi Âlcido Gayrou.

3. M. Hebler {Auf$àtie iiber Shakespeare) remarque que Descartes» dans sa pro*

étant un fait hors de contestation, il faut reconnaître que les apparitions subjectives y sont beaucoup plus nombreuses et qu'elles ont toujours eu la préférence du grand poète. Dans la plupart des cas, en effet, leur valeur poétique et morale est incomparablement supérieure. Il faut tout l'art d'un Eschyle ou d'un Shakespeare, il faut surtout le sérieux d'une inspiration puisée dans les croyances populaires, pour faire accepter sur la scène, sans provoquer un sourire incrédule et moqueur, la réalité d'êtres surnaturels; supprimez ces deux conditions : à la place d'apparitions qui font trembler l'assistance, vous n'avez qu'une vulgaire machine de mélodrame: des diablotins ridicules au lieu de démons, des fantoches au lieu de fantômes. Mais les apparitions subjectives, c'est-à-dire les créations fantastiques du cerveau de l'homme qui se trouve dans un certain état physique, moral ou intellectuel, appartiennent à l'ordre des faits de nature, et voilà pourquoi elles ont surtout attiré la curiosité d'un poète qui, quoi qu'en aient dit ses détracteurs, songeait moins à amuser la populace qu'à offrir à la pensée des savants comme des artistes des œuvres éternellement dignes d'étude.

La première forme d'apparition subjective est le songe. — La veille de la bataille de Bosworth, Richard lU dort dans sa tente. 11 voit les spectres de ses victimes se dresser devant lui, et lui prédire la défaite et la mort; il s'éveille en sursaut, et s'écrie: « Oh! lâche conscience, comme tu me tourmentes! >

Ce sont des rêves de cette nature qui agitaient aussi le sommeil d'un roi plus faible d'esprit, Charles IX; mais au rêve se joignait chez lui un commencement d'hallucination :

« Le roi Charles tira à part maître Ambroise Paré, son premier chirurgien, et lui dit: Ambroise, je ne sçay ce qui m'est survenu depuis deux ou trois jours; mais je me trouve l'esprit et le corps grandement esmeus, me semblant à tout moment, aussi bien veillant que dormant, que ces corps massacrés se présentent à moy les faces hideuses et couvertes de sang. »

mièrc Méditation, fait une supposition semblable à celle d*Hamlet : Supponam,*. genium aliquem malignurriy eumdemque summe poteniem et callidum, omnem iuam industriam in eo posuisse, ut me (aller et.

Ce qu'il y a de remarquable dans ces paroles de Charles IX, c'est que l'hallucination dont il se plaint n'est pas encore assez forte pour lui faire l'impression de la réalité. — Dans cette classe de phénomèmes intermédiaires rentre la vision qui surgit aux yeux de Macbeth, d'un poignard fantastique :

Est-ce un poignard qui brille?... Viens, oh! vite! Tourné vers moi, ton manche à te saisir m'invite!... Viens donc!... Mais je te vois et ne puis t'approcher! Fatale vision, n'es-tu pas, au toucher.

Sensible comme aux yeux? Ou n'es-tu qu'un mensonge, D*un cerveau qui bouillonne épouvantable songe, Un poignard en idée?... Oui, je te vois, luisant, Réel comme ce fer que je tire à présent l Tu m'indiques ma route, et l'instrument terrible Dont je vais me servir dans cette nuit horrible!... Je rêve ! ou mon œil vaut tous mes sens à la fois ! Je te vois toujours là! Toujours!;.. Et j'aperçois Du sang, qui tout à coup vient de rougir ta lame!... Non, ce n'est pas réel!... J'ai ce poignard dans l'àme^ !

L'hallucination, ici, a conscience d'elle-même. Je range dans la même catégorie l'apparition de l'ombre de César à Brutus, la veille de Philippes.

Brutus est préparé à toutes les impressions qu'une sensibilité surexcitée peut recevoir. C'est la nuit ; nuit précédée d'une bien sombre journée : il vient d'apprendre à la fois le suicide de sa noble femme, Portia, et les progrès menaçants de l'armée ennemie; il est non seulement triste, mais mécontent de lui, car il a eu une violente querelle avec son frère Cassius, et dans cette querelle il avait tous les torts. Il veille dans sa tente, pendant qu'autour de lui règne un silence profond. Il prend un livre, essaie délire, mais en vain ; il prie alors son jeune esclave Lucius de lui faire un peu de musique. L'enfant tire de son instrument un accord ou deux, succombe à la fatigue et s'endort. C'est alors qu'à la clarté vacillante du flambeau qui va s'éteindre, le spectre de César apparaît,

• € Comme ce flambeau brûle mal!... Ah! qui entre ici? C'est,

je crois, l'affaiblissement de ma vue qui produit cette monstrueuse

apparition! Elle vient sur moi!... Es-tu quelque chose? Es-tu

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