Traduction de M. Lacroix
S98 SHAKKgPËÀRE ET L'ANTIQUITÉ.
un dieu, un ange ou un démon, toi qui glaces mon ^apg et fais dresser mes cheveux? Parle, qu'es-tu?
Lu SPBCTH5I, ^ Ton mauvais génie, Brutuif,
Brutus, — Pourquoi viens-tu?
Le spectre. — Pour le dire que tu me verras h PWlJppw,M
Brutus. — Eh bien ! je te verrai à Philippes. Maintenant que j'ai repris courage, tu disparais. Mauvais génie, j'aurais voulu t'entretenir plus longtemps. Enfont! Lucius!... Varron! Claudius ! amis, éveillez- vous ! Claudius I
Lucius, — Les cordes sont fausses, monseigneur.
Brutus. — Il croit être encore à son instrument.,. Lucius, éveille-toi.
Lucius. — Monseigneur?
Brutus. — Est-ce que tu rêvais, Lucius, que tu as crié ainsi?
Lucius. — Monseigneur, je ne crois pas avoir crié.
Brutus. — Oui, tu as crié... As-tu vu quelque chose?
Lucius. — Rien, monseigneur.
Brutus. ^- Rendors-tqi, Lucjus.., Allons, Claudius! E{ loi, camarade, éveille-toi!
Varron, puis Claudius. — Monseigneur?
Brutus» — Pourquoi donc, mes amis, avez-vous crié ainsi dans votre sommeil?
— Avons-nous crié, Monseigneur?
— Oui, avez-vous vu quelque chose?
— Non, Monseigneur, nous n'avons rien vu. j)
Les questions de Brutus prouvent qu'il doute de la réalité de ce qui vient de se passer, et qu'il n'est pas bien sûr de n'avoir pas été sous l'empire d'une h^illucination.
Le phénomène de Thallucination comporte ainsi une succession de degrés, que Shakespeare ménage avec beaucoup de science et d'art. Comme Brutus, Ilamlet se trouve tout préparé par son état physiologique à avoir des visions. Il est, dès le début, en proie à une mélancolie sombre; dégoûté du monde et de la vie, il cherche la solitude, et c'est alors qu'il voit gon père « avec les yeux de la pensée ^ » A ce moment, il n'est pas encore la dupe de sa propre imagination ; il sait que cette vision