‹ Shakespeare et l'antiquitéChapitre 9 sur 127 · II · texte numérisé non relu

II

de Tari symkpliquej où la matière indomptée^ colossale, écrase de sa masse et de son poids l'esprit humain encore impuissaot et maladroit qui s'efibrce de la faire servir à manifestelr ses idées; celle de Fart classique^ où Tharmonie entre les deux termei) l'esprit et la matière, Thomme et la nature, est parfaite; enfin celle de Tart romantique^ où cette harmonie est rompue de noih veau, mais en sens inverse : ce n'est plus l'esprit de l'hoiomi qui parait petit et misérable à côté de la matière et du monda extérieur; c'est la matière, c'est la nature, qui désormais ait un néant pour l'être spirituel devenu à ses propres yeux la seok | substance et la seule réalité. Quelques exemples rekidi^ont gm ] abstractions plus claires^

Toutes les personnes qui ont traversé un musée d'antiquitii ! égyptiennes ou assyriennes ont présents à la mémoire des échai- : tillons de l'art symbolique. « Ce que l'orient offre aUx regards» ce sont des villes d'une étendue prodigieuse, Ninive^ Babylone) des tours démesurées comme Babel; des pyramides à {'instor des montagnes; des temples qui se prolongent sans fin commi en Egypte; des palais qui font de Versailles une miniature) comme Khorsabad ; des statues gigantesques i.* En outre toutes ces constructions sont peintes et ornementées^ . . L'infini (kns les dimensions, l'infini dans les détails décoratifs, Toilà l'idéil effréné qui entraîne l'artiste à sa suite \ »

L'art grec, avant de devenir classique, a traversé une période de symbolisme à la façon orientale . C'est à ce style qu'appartienneet non seulement les simulacres de bois du \f siècle, qui sentes* core ciréS) frottés, frisés, vêtus de robes bariolées, parés de col' liers, de boucles, de breloques ; mais la sculpture d'or et 9'ivoire^ si généralement pratiquée au siècle de Périclès que le marbre est alors à l'état d'exception. C'est à ce style qu'appar^ tiennent aussi l'architecture et l'ornementation des palais d^ Ménélas et d'Alcinoùs dans Homère^ et tant d'hyperboles 4e V Iliade: Jupiter ébranlant l'Olympe d'un mouvement de 866 sourcils ; l'armée des Grecs enveloppée par l'ombre du casque de Pallas ; Mars couvrant sept plèthres de son corps, et égalant

1. Boutniy, Philosophie de Varchitecture en Grèce, p. 78. J'emprunte à cet ex* cellent livre quelques-uns des exemples qui suivent touchant la période orientale de Fart grec.

lansun^seul cri la clameur de dix mille guerriers. C'est à ce style ^nfin qu'appartiennent les mots « de sept pieds de long » dans Eschyle, son langage au panache flottant, comme disait Aristophane, i<i ses expressions solidement charpentées comme le pont d'un navire, tirées de sa poitrine avec le souflle d'un géant ^ », ses métaphores énormes et incohérentes. Tant que dure la période orientale et symbolique de l'art, la beauté ne fait qu'un nw lai grandeur, la richesse et l'éclata

L'art classique a pour caractère la correction, la justesse^ le fini, l'union idéale de la matière avec l'esprit, la sûre et pleine atteinte d'un but raisonnablement élevé et accessible à un courage honnête. Il a aussi pour caractère la généralité noble du islylc. La poésie dramatique de Sophocle est plastique comme la sculpture de Phidias ou de son école ; elle revêt d'une belle fortne des choses que le poète n'a point tirées de son propre fonds, qu'il n'a pas cherchées dans sa tête ni dans son cœur âon plus, mais qui existaient en substance dans la nature, diaûs la tradition historique ou dans l'imagination d'un peuple entier. Elle est absolument impersonnelle; vous pouvez lire, re* lire d'un bout à l'autre les poèmes de Sophocle, sans y surprendre la plus petite révélation sur lui-même, sur sa vie, son caractère, siesînœurs, ses sentiments secrets, ses idées particulières.

Dans l'art romantique, celte belle plasticité disparaît. L'harmonie est de nouveau détruite entre l'ouvrier et la matière de sfes oeuvres; la richesse d'idées et de sentiments, qui distingue la personne moderne, entraîne un des plateaux de la balance, et du même coup rachète et compense amplement la rupture de Téquilibre. Qui donc ne se consolerait d'avoir perdu les belles lignes pures de l'antique simplicité, quand nous avons à leur placé Tâme d'un Dante, Fimaginalion d'un Shakespeare, le cœur d'un Cottieille, l'esprit d'un Voltaire et la raison d'un Gœthe? L'individualité, la subjectivité infinie, comme s'exprime Hegel, est le principe de l'art romantique, par opposition à la beauté imperjonûelle et objective qui caractérise l'art classique.

Telles sont les grandes lignes de démarcation entre l'art grec et l'art moderne : d'une part, la perfection de la forme, le jQni, \ai sérénité, le caractère noblement général et impersonnel

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