II
Oreste
Clytemnestre et Gertrude. — Égisthe et Glaudius. — L'Oreste de la haute tragédie- — Différences de ce rôle dans Eschyle et dans Sophocle. — L'Oreste d'Euripide et llamlet. — Résumé et conclusion.
Oreste et sa tragique famille ont été si souvent produits à titre d'exemples dans le cours de cette seconde partie, qu'on ne pourra guère, dans un chapitre consacré spécialement à ce sujet, que rassembler des^ remarques déjà faites et disséminées partout; mais ce chapitre étant la conclusion de nos études sur la tragédie antique et moderne, une récapitulation des matières n'y paraîtra point déplacée.
Au seuil de ces études comparatives, avant d'entrer dans le détail des caractères et des passions, j'ai cru pouvoir signaler entre le théâtre de Shakespeare et celui des Grecs quelques ressemblances que j'ai nommées superficielles, parce qu'elles n'intéressent que la curiosité sans offrir à la réflexion un aliment sérieux, et qu'elles ne sont que les rencontres fortuites du génie puisant, à vingt siècles de distance, aux mêmes sources éternelles. — Ainsi, l'Electre de Sophocle, inconsolable comme Hamlet de la mort de son père, envisage avec la même horreur que lui la conduite de sa mère : « Quelle doit être, dit-elle, ma triste vie, quand je vois Égisthe assis sur le trône de mon père... quand je vois, pour dernier outrage, le meurtrier entrer dans le lit d'Agamemnon avec ma misérable mère, si je dois encore appeler de ce nom celle qui partage sa couche!... Et moi, témoin de ces horreurs au sein du palais, je gémis, je me consume dans l'affliction... Et encore ne m'est-il pas permis de donner, autant que le voudrait mon cœur, un libre cours à mes lamentations;