‹ Shakespeare et son œuvreChapitre 17 sur 93 · AUTRE SOLDAT · texte numérisé non relu

AUTRE SOLDAT

Avec la même forme, semblable au roi qui est mort !

AUTRE sort) v T.

Oueslionnc-le, Horatio!

i:.: SIIAKSl'KAUE.

lloUAi lo.

Qui es-tu , toi qui usurpes l'appareil dans lequel Sa Majesté ensevelie du Danemark marchait naguère? Je te somme , au nom du ciel , parle !

Le spectre, olTensé de l'interrogation, s'éloigne en silence.

Les soldats continuent à causer de ce prodige, et l'exposition claire et complète du drame se fait naturellement dans leur entretien. Le prodige ajoute son autorité et son pressentiment à ce tableau. Jamais fantôme ne fut plus motivé et plus annonciateur de quelque mystère dans un événement. C'est le fantôme de la conscience d'un peuple agité par un grand remords. On s'attend à tout après cet avertissement d'en haut. Ce fantôme hardiment dévoilé, à la première scène du drame, atteste le génie de Shakspeare.

Le fantôme revient; Horatio l'interroge une seconde fois; il se détourne et s'éloigne encore :

<( J'ai ouï dire que le coq, qui est le clairon de l'aurore , avec son cri matinal et aigu éveille le roi du jour, et qu'à ce bruit, qu'ils soient dans la terre, ou dans l'air, ou dans le feu , les esprits égarés et errants regagnent leur retraite, et ce que nous venons de voir en est la preuve ! w

II A. M m; T. IVJ

M \R(:ri.r.(Js.

11 est évanoui au chant du coq; on dit qu'aux approches de la saison où l'on célèhre la naissance de notre Sauveur l'oiseau de l'aurore chante toute la nuit, et alors aucun esprit n'ose s'aventurer dehors: les nuits sont saines alors : pas d'étoile fpii frappe! j)as de féo qui jette des sorts ! pas de sorcière cpii ait le pouvoir de charmer! tant cette époque est bénie et pleine de grâces!

HoR \TIO.

Finissons notre faction, et, si vous m'en croyez, faisons part au jeune Ilamlet de ce que nous avons vu : car cet esprit muet pour nous lui parlera à lui.

MARCF, i.i.rs.

Oui, faisons cela, je vous en prie, je sais ce matin où nous avons chance de le trouver.

Suit unr srène imporlante dans laquelle paraissent le roi, assassin soiu'nois du père iril.niih't . l,i leiin'. moitié coupable, moitié séduite, ilamlet, le fou équi-

i:,l S11AK.SF>EARE.

voqiic, Leartes, le courtisan, IVère d'Opbélia, aimée en secret par le jeune Hamlet, et des ambassadeurs prenant congé pour aller en France.

Après les cérémonies d'usage, le roi criminel se tourne avec une Teinte bonté vers le jeune Hamlet et lui reproche amicalement son humeur mélancolique :

« JN'allcz point en Wittemberg, » lui dit-il, '( restez avec nous. »

HAMLET

Monseigneur, ni le vêtement noir que je porte, ni les larmes qui restent encore dans mes yeux, ni la mine effarée de mon visage, ni aucun semblant extérieur n'équivalent au chagrin de mon cœur. — Je sens, malgré moi, l'absence de celui que j'ai perdu; ceci n'est que l'ornement et l'habit de la douleur.

LE ROI

Voilà qui montre en vous une aimante sollicitude, fils Hamlet; mais, pensez-y bien, votre père avait perdu son père, ce père défunt avait perdu le sien, et il en sera ainsi jusqu'à la lin du monde. Cessez donc vos lamentations. C'est une offense envers le ciel, une offense envers les morts, une offense envers la nature. Et, selon la raison, c'est le cours

H A ML ET. 155

inévitable des choses; nul ue vit sur la terre qui ue soit lié pour mourir.

Page 1